L'histoire du festival d'Avignon se vit… et se lit. A l’occasion de son 60e anniversaire, plusieurs livres lui sont consacrés. Images et mots pour une mémoire imprimée. Focus sur les deux ouvrages : Une histoire du festival d’Avignon, d’Antoine de Baecque et Emmanuelle Loyer et Avignon, vue du pont 60 ans de festival, de Bernard Faivre d’Arcier.

L’an dernier, le soixantième festival d’Avignon et avec lui, son cortège de réjouissances : colloque sur l’héritage de Jean Vilar, mise en scène de ses écrits par Olivier Py dans la Cour d’honneur. Cette année, le festival a soixante ans (vous saisissez l’infime nuance ?) et avec cet anniversaire, son nouveau cortège de publications.

Antoine de Baecque et Emmanuelle Loyer, respectivement critique, ancien responsable des pages cultures de Libé, et historienne ont plongé dans les –riches- archives de l’événement pour livrer une riche histoire du festival d’Avignon. Depuis le premier acte de la Semaine d’art fondée par Vilar, en septembre 47 jusqu’à un passé proche, un rendez-vous secoué par de grands bonheurs et de grands débats. Un festival en mouvement, qui a écrit ses temps forts sur une histoire culturelle et politique parfois (ainsi en 68).

Une histoire du festival d’Avignon, Gallimard, 608 pages. 39 €. Parution le 5 juillet.

De son côté, Bernard Faivre d’Arcier dresse un portrait sensible de la manifestation. Une histoire vécue du dehors… et du dedans, et conjuguée à la première personne. Car l’homme en fut spectateur, et directeur. A 35 ans, il devient le plus jeune responsable du festival (ses successeurs en ont 34 et 36 lors de leur nomination, en 2004). Il occupe ce poste de 1980 à 1984, puis de 1993 à 2003. « Récit forcément partiel et partial qui n’aspire pas à la vérité historique mais relate, en un bouquet d’anecdotes, la mémoire vécue que j’ai gardée du festival », écrit-il en introduction. BFA évoque naturellement l’histoire du festival, sa création et son âge d’or, sa refondation, ses refondations pourrait-on dire.
Intéressante, l’évocation de 1968 entrecoupée de photos réjouissantes : le Living Theatre et Julian Beck, artiste-artisan de la révolution d’alors, le ballet du XXe Siècle répétant sous le pont d’Avignon, ou le dialogue musclé entre police et manifestants. Toujours côté images, se succèdent, au fil des pages Ariel Garcia Valdès et Merce Cunningham, Le Mahâbhârata et Antoine Vitez.
Et puis l’homme se souvient, forcément, de son dernier festival, un festival déchiré, déchirant, celui de 2003, emporté par le mouvement des intermittents du spectacle. Une comédienne baillonnée, une place du Palais envahie de manifestants et un directeur qui regarde Ariane Mnouchkine, alors invitée avec son Dernier Caravansérail et soucieuse du public.
Voilà pour les images. Côté mots, il y a l’émotion, encore palpable. « Il me fallut prendre la décision qui fut sans doute la plus douloureuse de toute ma vie professionnelle. Ce jour-là, 10 juillet, à midi (…) dans un climat d’émotion ô combien partagée est annoncée l’annulation du festival pour la première fois de son histoire. Comme c’est ma dernière édition, je sais que je ne verrai l’accomplissement de cette année de travail. » Puis il se penche avec un regard paternel sur la succession de ses poulains, depuis la réussite de 2004 jusqu’aux controverses suscitées par « le forgeron du théâtre Jan Fabre » (sic) . Il qualifie alors le festival de « réacteur nucléaire », avant de s’intéresser à tous les acteurs du festival, capitaux : le public, les critiques, les équipes : « Présenter quarante premières, c’est avoir quarante fois le trac », confie l’ancien manitou. Qui s’interroge enfin sur l’avenir du festival. La suite reste à écrire.

Avignon, vue du pont 60 ans de festival, éditions Actes Sud, 240 pages. 39 €.

Nedjma Van Egmond



A lire sur Flu :
- Voir aussi l'histoire du Festival d'Avignon en 7 dates clé.
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