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Enquête sur le business du little girl gaming
Vous passez devant à chaque fois que vous allez faire les courses, et vous notez leur présence d’un grand éclat de rire ou d’un regard indigné. C’est le genre de jeux vidéo que les Micromania, Score Game et autres magasins spécialisés cachent dans un coin ou ne commandent même pas. Et pourtant, ils tournent. Ces jeux, auxquels vous ne jouerez jamais, sont connus en anglais sous le terme de "little girl gaming". Ils feront les premiers émois vidéoludiques de votre petite sœur. Et vous l'aimez, alors vous tenez à lui éviter ça.
Il existe, pratiquement depuis la naissance du jeu vidéo, un marché petit et tenace qui a la vie dure et l'âme vide. C'est le N.I.Q.U.E. ("Nous les Industriels Qui Usurpons les Enfants"), qui tourne en vendant aux enfants naïfs des jeux vite torchés à la qualité minimum pour un prix maximum. Une bonne partie de ces softs s'adressent aux petites filles, parce que les petits garçons de huit ans, personne n'éprouve beaucoup de difficultés à leur faire aimer GTA, alors qu’à contrario, il faut bien trouver des moyens détournés pour extirper les billets des portefeuilles maternels de nos brunettes et blondinettes en culottes courtes.L'appât, c'est la télé. Le recyclage de l'univers télé girlie version Jeux Vidéo, qui fera tomber dans le piège du jeu pourri les jeunes naïves. Entre Nintendogs et Animal Crossing, softs respectables qui prennent du temps à la conception, on a donc vu fleurir - l'air de rien - Barbie au bal des 12 Princesses (on ne présente plus Barbie) ou Princesse Natasha : Student, Secret Agent (du nom d'un cartoon américain). Deux grosses daubes infinies dont le package brillant est apte à susciter la convoitise immédiate. Il s'agit de deux softs de plateformes : Barbie doit retrouver les princesses enlevées juste avant une grande réception et saute de tables en rideaux pour ouvrir la porte au bout de la salle, bis repetita ad lib... On se fait attaquer par des oiseaux, alors on apprend à donner des coups d'ombrelle magique. C'est comme le tout premier Castlevania, sauf qu'on ne se fritterait qu'avec des chauve-souris. Ce jeu palpitant ne vous demandera l'utilisation que de deux boutons et pourcents de votre cerveau.
Le second est un beat'em all injouable qui m'a donné envie de me pendre dans la salle de bains avec mes couettes (même si j'étais plutôt en mode "organisation capillaire chaotique", "grand bol de café noir" et "diantre, quelles cernes ! Où est ma truelle à fond de teint ?" au moment de le tester). Pour faire court, il fat sauver des gens transformés en zombis et fracasser des robots qui se fractionnent en petits robots se fractionnant eux-mêmes en autres petits robots... Rien que d'en parler j'ai la nausée. Les armes sont toutes pourries et on se retrouve à faire en boucle l'unique combo un tant soit peu efficace, saut-coup-de-pied pour massacrer les douzaines de robots complètement identiques qui parsèment les douzaines d’écrans tout aussi identiques. Berk. Evidemment, ça coûte 40 euros la cartouche... alors qu'on se demande si les éditeurs ont investi autant dans la réalisation des jeux eux-mêmes.
Et pourtant, il y'a encore plus vicieux ! Le soft qui table sur les ambitions enfantines pour se faire acheter. Celui-ci est une vipère infâme qui existe depuis que les responsables marketing véreux découvrirent qu'il y'avait quasiment autant de filles que de garçons capables de clavioter sur un PC sans hurler à la mort. La série Jeune Styliste sur PC brille déjà comme un programme dont la vacuité égale la popularité "par défaut" : les petites filles qui aiment la mode, si elles veulent un jeu de mode, n'ont que ce choix, et se retrouvent ens
uite sur des forums où elles critiquent plus qu'elles ne défendent un soft qui, même mal torché, a le mérite d'exister.
Sur DS, le dernier équivalent "à vocation" que j'ai eu entre les doigts était Ma première clinique vétérinaire, et c'était tellement vide d'intérêt que j'ai failli me pendre dans la sal... mince j'ai déjà faite celle-ci. C'est d’une incroyable nullité, et en 2007, à l’ère du tactile, les développeurs nous font soigner les animaux à travers une interface TEXTUELLE ! Moi qui m'attendait à du sous-Trauma Center me suis retrouvée, non seulement à lire un breafing qui me détaillait ce que j'avais à faire ("injecter solution anti-parasite, appliquer anti-désinfectant") mais à cliquer 2 secondes après sur les cases "injecter solution anti-parasite", toucher l'animal (vous pouvez lui injecter ça dans l'oeil ou au bout d'une griffe, c'est kiff-kiff), cliquer "appliquer anti-désinfectant", toucher l'animal, c'est fini, attendre 4 minutes le prochain client. Pendant ce temps, on peut aller « en ville », c'est-à-dire une image avec des enseignes sur lesquelles on clique pour acheter des médicaments, faire de la pub pour avoir plus de clients ou obtenir en trois questions la licence pour soigner des chevaux. Le plus grand challenge du soft, c'est de réussir à y jouer 25 minutes d'affilée sans mourir d'ennui.
On s’ennuie aussi sec dans Pony Friends, la dernière trouvaille girl-friendly sur DS, croisement dégénéré entre Nintendogs et Alexandra Letermann. Elevez des poneys moches et montez en selle pour admirer les horribles textures de paysages en cliquant sur des animaux laids pour les prendre en photos. Malheureusement, dans le sillage du succès inattendu (mais respectable) du jeu de chevaux d’Alexandra Letermann, on peut désormais s’attendre à une bonne série de sous-produits cheaps remplis d’animaux recréés par des graphistes fous. Aucun doute que Hamsterz, soft bancal d’élevage de hamsters où tous les animaux ont exactement la même tête (choisissez entre trois coloris), pour l’instant disponible aux Etats-Unis, viendra montrer le bout de son museau du côté de l’hexagone.
Et l’un des problèmes majeurs de toute cette bourbe caricature de jeu vidéo : c'est qu'elle sort sur DS. Ce n'est pas que je révère par dessus tout la portable de Nintendo et que je considère ces horreurs comme blasphématoires, mais la DS est encore la console la plus vendue en France en 2007 (et de loin), totalisant quasiment autant que les ventes PSP + PS2 + PS3 + XBox360 en France. L'une des principales raisons réside dans l'engouement féminin massif pour la bête, ce qui nous explique aussi pourquoi le type de jeu sus-cité truste autant la console. Le danger (en tout cas, mon angoisse personnelle que j'aimerai élever au rang polémique), c'est qu'à l'heure où le gaming féminin s'étend, s'affirme et se décomplexe, on pourrisse l'esprit et l'envie des gameuses en herbe avec des "jeux" qui, dans un monde parfait, n'auraient même pas l'honneur de sortir sur Lynx.
La solution ? Volez-les, brûlez-les et offrez Phoenix Wright : Justice for All à toutes les petites soeurs du monde.
