13 m² de Barthélémy Grossmann

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Projet d’un seul homme, 13m2 se veut un thriller social avec pour contexte la banlieue. Un film sur l’enfermement et les rêves impossibles qu’essayent de s’acheter ceux qui choisissent de s’en sortir un AK-47 à la main. Un film de la désillusion bien sûr, à tous points de vue.

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La banlieue, ses tours, son béton armé comme unique horizon, ses murs en ruine, ses tags tels une constellation abstraite tissée sur une carte sans boussole. La grisaille, les parkings, les lieux vides, les usines désaffectées, la déprime, la crasse, partout, comment en sortir ? Que faire lorsqu’on est un petit malfrat, un fils spirituel de Tony Montana et de Rocky Balboa (cités dans les remerciements) et qu’on veut pas « crever pauvre » ? On trafique, on braque, on tente de s’acheter une vie meilleure en prenant le pire comme raison d’être, le pire comme sortie de secours. Il n’y a pas d’autres morale ou signification à chercher que celles-ci dans 13m2, petit film bricolé, monté, produit, écrit, tourné comme un hold-up, par un seul homme, partout au générique, Barthélemy Grossmann.

13m2 c’est l’histoire vue et revue d’un braquage qui tourne mal et de trois types en planque. Un huis clos serré, anxiogène, paranoïaque, tendu et forcément social par procuration. Un premier film à la fois fauché mais quand même en 35 mm et en scope sans trop qu’on sache si c’était vraiment nécessaire. Car inutile de vraiment miser sur ce 13m2 dont on a vite fait le tour. Passé le petit effet coup de poing entre néo-réalisme et Reservoir Dogs sur Seine, les scènes qui passent à la trappe (le braquage) par économie de moyens tout en se donnant l’air d’être une « puissante » intention de mise en scène, le film de Barthélemy Grossmann n’a pas grand chose à montrer. Autant dire qu’il tourne vite en rond au fond de son allée, dans sa planque qui à elle seule est tout un symbole de ses vies rattrapées par le réel.

Le souci avec 13m2, c’est un problème de calcul. Il ne sait pas choisir entre d’un côté le thriller, avec son intrigue, ses rebondissements, son suspens, le tout aussi mal écrit que prévisible (le briquet) et mal foutu, et de l’autre un film plus symbolique, théorique, voire abstrait qui se concentrerait sur l’enfermement comme conséquence sociale, presque politique en exagérant un peu. A vouloir mélanger les deux, ce qui était pourtant une bonne idée, Grossmann s’embrouille, perd le fil de son récit là où il est le plus intéressant. Certes 13m2 est un film de jeunesse, comme l’était Etat des lieux de Richet, le matérialisme-dialectique en moins, quoique. Mais ça n’excuse rien, surtout si on ajoute la laideur de l’image (même si elle sied aux espaces), l’absence totale de cadre, les effets de montage en accéléré absolument horribles et périmés, la bande son grossière comme c’est pas possible, on en passe.

Le problème qui se pose alors c’est de vouloir lui trouver des excuses et un peu de sens pour pas cher, au détriment de la forme, faute de tenue. Facile donc d’y voir tout ce qu’on voudra bien y voir, un film de notre temps, notre époque, alors que bien entendu il raconte une histoire que le cinéma narre depuis ses débuts, ce qu’on soupçonne d’ailleurs Barthélemy Grossman de savoir parfaitement. Du coup, 13m2 est bien trop étriqué dans ses réels moyens et sa vision pour être un peu plus qu’un film au discours moralisateur dont on connaît la chanson (l’argent toujours, mal idéal). Il a peut-être de l’ambition (même si on cherche un peu laquelle en vérité), mais ça n’a jamais sauvé un film.

13m2
De Barthélémy Grossmann
Avec Barthélémy Grossmann, Lucien Jean-Baptiste, Youssef Hajdi, Bérénice Bejo
Sortie en salles le 20 juin 2007

Illus. © Rezo Films

Jérôme Dittmar Le 20 June 2007

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