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Fragile(s)

Critique

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L'insoutenable fragilité de l'être

Un film chorale à la française qui ne pêche ni par manque ni par excès. Bien calé au juste milieu de son sujet, Fragile(s) trouve la bonne foulée, le ton qu’il faut, et touche souvent. Un très beau film, somme toute solide comme rarement.

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Des femmes, des hommes, brusqués par le destin. Sara (Sara Martins) embarquée par sa copine Isa en week-end à Lisbonne. Paul (François Berléand), là pour un festival même si son dernier film a fait un bide, promenant sa langueur de vivre et un envahissant sac poubelle ô combien symbolique. Yves entouré de vide jusqu’à ce qu’un grand chien jaune ne s’impose à lui. Nina, musicienne cocaïnée et mère indigne repentante, qui s’impose également. Vince (Jacques Gamblin), exemplaire pour sa femme dans le coma, et qui croise Hélène, la femme de Paul, nouvelle grand-mère mal assumée. Ils sont six. Six solitudes parmi la foule, qui vont se croisent, s’accrocher…

Simplement beaux. Les personnages de Martin Valente ploient sans rompre, épousent les courbes du temps, s’offrent aux rafales de vent. A l’écran leurs blessures s’exhibent sans impudeur, justes failles d’humains dans la norme, c’est-à-dire en ballotage permanent. Intelligent, le réalisateur compose son drame avec une étonnante légèreté, parvenant à faire en sorte que ces fragilités catapultées à l’écran, finement sculptées, esquivent le piège de la déprime programmée. Magistral, il livre au passage un splendide exemplaire de ce que l’on baptise souvent trop hâtivement Comédie Dramatique.

Resserré sur l’humain

Constellé de perles d’humour (vive François Berléand !) dont l’irrésistible pétillance déplombe les séquences plus graves, Fragile(s) jongle ainsi à merveille entre le terrestre et l’aérien. Le film parle de l’existence en explorant ses facettes essentielles, glissant de l’une à l’autre afin qu’elles se répondent en écho. La mort la vie, l’amour le manque, la séparation la rencontre, la fin le renouveau… Chaque thème puise sa force dans son pendant, chaque solitude s’amalgame avec une autre. Résultat : lorsqu’un équilibre s’esquisse, il est magnifique car vif autant que précaire.

Elan cohérent côté caméra. Gourmande en cadrages serrés, la mise en scène colle au sujet, au sens propre comme au figuré. Elle met l’humain au cœur du plan, capte l’intention à la source. Servi par un casting quasi irréprochable, Valente pouvait se permettre l’exercice difficile de nourrir l’image des subtilités de ses comédiens. Bien au rendez-vous, tous livrent le meilleur d’eux-mêmes, avec une petite réserve pour Elodie Yung, alias Isa, qui force un brin le trait - peut-être parce que son personnage est le moins bien ciselé.

Chorale et B.O.

Evoquant une ellipse, rond et fluide, le scénario évolue puis se boucle sans effort. A sa place, il joue sans erreur la carte du film chorale, construit et stabilise chaque personnage, ne laisse aucun prendre la place de l’autre. Simples et bien écrits, les dialogues sonnent comme dans la vie ce qui est appréciable. Mieux encore, un bonus : tout ancré dans une réalité où chacun peut se retrouver, Fragile(s) parvient à s’échapper pour quelques moments de grâce. Plus besoin de mots alors, c’est la musique qui porte les images. Emporté loin, on se laisse aller volontiers à ces instants de contemplation bien dosée, forts en B.O. et riches en émotions, parfaitement amenés. Une bien belle manière d’élever la réflexion sur cette vie de fous qui aime nous malmener.

Fragile(s)
De Martin Valente
Avec Jean-Pierre Darroussin, François Berléand, Jacques Gamblin, Marie Gillain
Sortie en salles le 20 juin 2007

Illus. © Bac Films

Julie Deh