PS2 - Sortie en France le 27 avril 2007
De mémoire de joueur, Kratos est certainement l’antihéros le plus caractériel qu’il nous ait été donné d’incarner. Un homme qui se lève en colère et qui se couche déchaîné, un rageur pour qui tous les jours sont des lundis. Dans God of War, il avait vendu son âme à Arès, le Dieu de la Guerre, pour terrasser ses adversaires, devenant ainsi le redoutable fantôme de Sparte. Manipulé, dépossédé de son seul amour et de son humanité, il se vengea d’Arès et prit sa place au Panthéon. Pourtant, même arrivé on top, Kratos reste un outsider qui ronge son frein. C’est avec une trahison que commence God of War II, entamant un processus qui réécrira la mythologie et le monde des hommes. Quand un héros normal prend son destin en main, Kratos, lui, le saisit à la gorge pour l’étrangler.
God of War avait redéfini le standard de la bataille épique, il avait puisé tout ce qu’il y avait de bon chez la concurrence pour en retirer l’essence du gaming le plus défoulant. Mélange d’énigmes simples, de combats acharnés et de duels avec des boss gigantesques, Gof of War était aussi une prouesse visuelle qui nous laissait assis la bouche ouverte devant ce que la PS2 arrivait à sortir de ses tripes. Autant dire que la suite était attendue avec fébrilité, avec dévotion, même.
Kratos possède son siège au Panthéon. Il est Dieu de la Guerre, mène le carnage sur terre, et son pouvoir fait trembler ses rares adversaires dans leurs sandalettes. C’est un homme dangereux qui mène sa barque comme il l’entend, ce qui n’est pas du goût du grand patron.
Alors que Kratos descend sur terre pour aider les Spartiates à faire tomber l’île de Rhodes, le colosse prend vie et s’attaque à lui. Diminué par une intervention extérieure, il s’avère incapable d’achever la statue jusqu’à ce que Zeus lui offre l’épée d’Olympe, une arme qui peut annihiler n’importe quel être mystique. Kratos y tranfère donc toute son essence divine et vainc le Colosse. Mais à quel prix. Tout cela n’était qu’une manipulation de Zeus qui saisit l’occasion pour le tuer et l’envoyer en enfer.
Sauvé de justesse par Gaia, la mère nourricière, Kratos se voit proposé l’opportunité de ressusciter et de se venger de Zeus. Il devra rencontrer chacun des principaux Titans et obtenir leur force, avant d’aller rencontrer les trois sœurs du destin, les tisseuses Atropos, Clotho et Lakhesis. Le but final étant de remonter le cours du temps et de revenir au moment où Zeus le tue pour retourner la situation à son avantage.
Cette aide semble inespérée, mais les Titans ont mal digéré leur défaite face aux Olympiens. Cronus s’était soulevé contre son père Uranus, puis Zeus avait ensuite fait de même avec son père Cronus, menant la bataille qui signa la fin de l’Âge d’or. C’est ainsi que presque tous les Titans finirent emprisonnés dans le Tartare, le backroom déplaisant de l’enfer.
En dépit de son indépendance apparente, Kratos deviendra l’outil d’un bouleversement mythologique et spatio-temporel dépassant l’entendement.
C’est cruel de vous laisser ainsi sur votre faim, mais comprenez que le scénario de God of War II est mis entre parenthèses, entre la mort de Kratos et son retour face à Zeus à la fin du jeu. L’entre-deux est en fait une longue pérégrination de l’enfer jusqu’à l’île du destin, comprenant même un retour touristique au Tartare. Certainement pour la beauté du paysage et le pittoresque des coutumes locales. Il faut se dire que l’intensité scénaristique de l’alpha et de l’oméga se substitue, pendant le voyage initiatique, à une intensité dans l’action riche en adrénaline.
Plus que les batailles fiévreuses et les boss en pagaille, c’est le gigantisme de God of War II qui nous ébouriffe. On ne se bat pas, on flamboie au milieu de déluges de sang, on ne finit pas un niveau, on gravit des espaces de pierre construits par des mains démesurées. Kratos n’est parfois qu’un grouillot minuscule avec qui la caméra fixe joue pour le mettre en scène dans des décors époustouflants. L’imagination des concepteurs donne au jeu des lieux superbes, qui réinventent avec intelligence les visions floues que nos lectures sur la mythologie grecque avaient pu faire germer.
Le mélange entre l’irrévérence faite aux mythes et le soin du détail apporté à leur incarnation participent d’un ensemble séduisant. Les héros sont perçus comme des humains monomaniaques et illuminés, Jason, Persée et Icare en tête, pendant que les Titans sont d’anciennes puissances blasées qui vivent dans l’amertume de la défaite, transformées en mobilier géant d’un monde qui les a oubliées.
Le vent épique qui balaie God of War II se retrouve dans le gameplay fortement inspiré de Devil May Cry, la précision du timing en moins. Les combats de masse sont nerveux et violents, favorisant le goût du combo à deux chiffres, pendant que la tuerie vous récompensera d’orbes magiques vous permettant d’augmenter la puissance de vos armes. Un arsenal secondaire viendra aussi étoffer la panoplie de boucher de Kratos, ajoutant un peu de variété dans la douleur. C’est une discipline élevée au rang d’Art chez le grec en colère. Le nombre de coups de grâce que l’on peut infliger aux ennemis affaiblis est impressionnant, rivalisant tous de brutalité et de sadisme jubilatoire. La différence avec Devil May Cry ne s’arrête pas là, car là ou le jeu de Capcom prône une précision du combo quasi mathématique, God of War II plébiscite la baston à l’emporte-pièce gratifiante pour le joueur. Un des moments d’anthologie du jeu restera le passage à dos de Pégase où l’on corrige des escadrons de griffons en vue de dos.
Bien que les rencontres tournent parfois au fouillis sanglant, on s’en tire très bien sans traumatisme oculaire. Un désagrément que risquent néanmoins de provoquer les sautes d’humeur du v-synch, opérant des variations désagréables de l’image par moments. C’est assez dommage quand on constate la précision des textures et la netteté quasi-irréprochable de l’image.
Dernier point du gameplay, et non des moindres, les duels avec les boss. Ils tiennent parfois du puzzle, découpés en phases distinctes, vous poussant à trouver une stratégie bien précise. En cela, God of War II est très vieille école, nous renvoyant des années en arrière du temps de Contra et autres jeux d’action où l’opposition mesurait 34m au garrot, mais appliquait des attaques redondantes que l’on devait analyser, esquiver, puis repousser pour ressortir victorieux. Ce principe arthritique est pourtant étoffé de Quick Time Events où vous devrez entrer des commandes précises pour que Kratos inflige une botte à un ennemi en situation épineuse. La compassion n’est pas le fort de Kratos et sa façon d’achever ses rivaux fera tourner de l’œil les âmes sensibles. Le spectacle est énorme, la mise en scène devient plus une fin qu’un moyen, mais l’effet est incontestablement réussi.
Le petit goût de déjà-vu, aussi bien dans les duels que dans le déroulement du scénario, rappellera immanquablement une autre référence en son temps. Soul Reaver.
Raziel le vampire, privé de ses ailes par Kain et jeté dans les profondeurs d’une cascade abyssale, réveillé par un grand ancien mystérieux qui veut la perte du tyran. Dans cette soif de pouvoirs supplémentaires, ces affrontements sous forme de puzzles et cette pugnacité revancharde, on voit un parallèle flagrant entre Kratos et Raziel. Tous deux revenus de l’enfer où le grand patron les a plongés, bannis d’un panthéon qu’ils veulent maintenant anéantir. Ils sont en quête d’un voyage dans le temps qui pourrait modifier le cours de leurs destinées avant leur déchéance, et par là même, la face du monde. Les plus critiques diront de God of War II qu’il n’est un Soul Reaver travesti et amélioré. On pourra toutefois espérer que God of War ne suive pas la même voie, en engendrant des suites toutes plus mauvaises les unes que les autres. Là où Soul Reaver s’est étiolé, God of War se consolide et le troisième épisode auquel la fin du jeu fait appel est l’annonce d’une apothéose.
Si God of War II est très inspiré, par de nombreux modèles de haute volée, il a réussi à se forger ses lettres de noblesse, dans le sang et l’acier. Probablement le dernier grand cri d’amour de la PS2, il est l’un des ornements les plus flamboyants de cette console, une super-production époustouflante, épique et brutale.
Faites l’amour au Dieu de la Guerre.

God of War II: Divine Retribution
Editeur : Sony
Plateforme : PS2
Sortie en France : 27 avril 2007
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