à Varna, Bulgarie, mer Noire
Varna , le festival international de théâtre, existe depuis quinze ans. Et si toutes les troupes bulgares y ont arpenté les planches, de nombreux artistes internationaux s’y sont aussi pressés. Comme rien ne remplace jamais l’expérience en direct, nous avons décidé d’y assister. Compte rendu.
L’une des premières impressions qui frappent, lorsque l’on passe quelques jours au festival, c’est l’engouement du public pour les propositions artistiques variées qui lui sont faites. Si de nombreux professionnels viennent de Sofia pour découvrir, dans cette cité balnéaire, les spectacles internationaux présentés, c’est aussi toute la population cultivée locale qui remplit les théâtres, et cette foule rassemble toutes les générations. Les organisateurs soulignent avec le plaisir que le public, ici, est particulièrement ouvert et curieux. Bref, en quinze ans, le festival a su asseoir solidement sa réputation et fidéliser ses spectateurs.
Le théâtre au-delà des frontières
Si la programmation proprement dite comporte trois volets - deux consacrés aux créations des troupes bulgares, l’autre pour les artistes internationaux -, le festival s’enorgueillit d’organiser, chaque année, une rencontre thématique à laquelle sont invités des intellectuels et des artistes d’envergure. Cette année, entrée dans l’Union européenne oblige, c’est sur la question des frontières que l’assemblée s’est concentrée, sous la houlette de Kamelia Nikolova : frontières esthétiques, géographiques, psychologiques qui génèrent différentes formes de théâtre et de circulations.
Inutile de se voiler la face, la Bulgarie est aujourd’hui le pays européen au plus bas taux de salaire et si l’argent n’est pas la solution à tout, il peut s’avérer un réel obstacle pour le renouvellement et le rayonnement des productions culturelles.
Un festival de caractère
Peu d’argent, une dépendance chronique au support des centres culturels étrangers implantés dans le pays, et pourtant Nikolay Iordanov, en charge de la programmation internationale, garde un niveau d’exigence rare dans ce genre de situation. Pas question pour lui d’accepter, les yeux fermés, toutes les propositions des différentes institutions. Si des spectacles étrangers sont invités à Varna, c’est pour former le goût du public et pour faire évoluer la scène locale. Il n’y a pas, en effet, en Bulgarie tant d’occasions de pouvoir assister à des spectacles de théâtre ou de danse internationaux. Et sans doute, dans cette perspective, l’ouverture à l’Europe est-elle cruciale, ne fût-ce qu’en termes de mobilité.
Sfumato, mais pas seulement
Autant l’avouer, le Théâtre Sfumato est quasi la seule compagnie bulgare connue en France. Pourtant, les échanges ne manquent pas et les metteurs en scène commencent à s’imposer sur la scène internationale. Alexandre Morfov, dont le plaisant Don Juan était présenté à Varna, s’est fait un nom à l’étranger; Javor Gardev collabore avec la Rose des vents de Villeneuve d’Asq ; un projet de publication en français de pièces d’auteurs bulgares est menée actuellement avec la Maison Antoine Vitez.
A Varna, le théâtre-laboratoire Sfumato présentait trois Strindberg, trois œuvres graphiques, picturales et au travail d’acteurs exigeant, tout en puissance et en distanciation. Morfov jouait avec les éléments scénographiques et lançait Don Juan et Sganarelle à vélo sur les routes nocturnes (larges applaudissements dans la salle). Le Krum de Gardev, pièce de poche, « envoie » davantage, dans la proximité des spectateurs. Tout cela est du beau travail vraiment, basé sur de vrais savoir faire de théâtre dont la scène bulgare a su, contre vents et marées, conserver la qualité et l’exigence.
Pourtant, le public se plaît également à découvrir d’autres horizons : la danse théâtre de Senza tempo (Espagne), le jeu en solo de Gareth Armstrong, anglais jusqu’au bout de la diction, dans une redécouverte bluffante du personnage de Tubal, « le seul ami de Shylock ». Succès aussi pour Bruce Meyers, mis en scène par Peter Brook dont le seul nom reste mythique là-bas. Mais c’est aussi d’expériences nouvelles que le public est friand, comme de cette « Box with holes » des Norvégiens de Deep Blue qui offrent dix minutes de massage des mains à des spectateurs ravis de pouvoir se livrer à cette expérience d’interactivité sensitive.
Il semblerait qu’à Sofia, le public soit plus frileux, plus craintif ( ?). En tout cas, à Varna, la douceur de la mer Noire et l’exigence des organisateurs ont su donner à ce festival international de théâtre une véritable identité, un véritable cap !
Varna, 15e festival international de Théâtre
du 2 au 12 juin 2007 à Varna, Bulgarie
[illustration : photo Sanza Tempo DR]
Sur le web
Sur le web :
- Le site du festival de Varna
- Le site de deep blue
- Le site du Sfumato théâtre
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