| . | Entretien avec Albert Serra |
| . | Entretien avec Rachida Brakni |
| . | Entretien avec George Clooney |
| . | Entretien avec John Hurt |
| . | Entretien avec Alex de la Iglesia |
| . | Toutes les interviews ciné |
| . | La Mouche |
| . | Les Sept jours |
| . | Sonic Mirror |
| . | Valse avec Bachir |
| . | Diary Of The Dead - Chronique des Morts-Vivants |
| . | Toutes les critiques ciné |
| . | Les films de l'été |
| . | Palmarès Cannes |
| . | Histoire du cinéma mexicain |
| . | Super héros et cinéma |
| . | Cinéma et Rock'n'roll |
| . | Tous les dossiers ciné |
Après les fastes de la sélection officielle cannoise, retour au calme sur une programmation méconnue mais loin de faire de la figuration pendant le festival : le choix de l’ACID, l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion.
Guy Maddin ouvrait la sélection, avec son magnifique Des trous dans la tête , et donnait de ce que nous allions voir : des films frondeurs, indépendants, sûr d’eux-mêmes, dans leurs doutes et leur fragilité. Avec Prisonniers de Beckett , Michka Saäl tient un sujet passionnant : à l’aide d’images d’archive, il retrouve une troupe d’anciens prisonniers suédois, qui lors de leur incarcération, s’étaient vu proposer de jouer En attendant Godot de Beckett, mis en scène par un fameux acteur de l’époque, Jan Jonson. L’expérience se révéla si fructueuse, pour eux-mêmes comme pour le public, qui leur fit un triomphe, qu’ils se mirent alors à parcourir les théâtres nationaux. Peut-être parce que Beckett résonne particulièrement bien avec l’univers carcéral, l’enchevêtrement des différentes chronologies d’images tisse une narration passionnante, tout juste perturbée par les irruptions légèrement agaçantes de Jan Jonson, caricature du théâtreux fou de lui-même.
Tout aussi fragile, mais porté par la grâce de ses interprètes, Rêves de poussière de Laurent Salgues nous entraîne sur les pas d’un paysan émigré nigérien, qui arrive au Burkina Faso pour travailler dans une mine d’or, laissant femme et enfant mystérieusement derrière lui. Si les acteurs sont probablement non professionnels, cela donne au film un ton et un impact décuplés. Dans cette mine faite de bric et de broc, la narration se concentre sur l’histoire de ces individus aux histoires personnelles blessées, tordues par une autre Histoire. Dans ces paysages où le vent charrie des nuages de poussière, certaines images se dotent d’un onirisme qui les rapproche d’images mentales. Un rêve embrumé et pourtant clair comme une fable africaine.
Dans un genre bien moins pictural, So long my heart de Stefan Hillebrand et Olivier Paulus est une comédie allemande comme on n’espérait plus en voir : filmée dans ce style ultra réaliste (lumières crues, acteurs non maquillés, espace du quotidien le plus commun), les réalisateurs apportent une touche de folie et un décalage salvateurs. Dans une maison de retraite, on suit en effet la vie de certains pensionnaires, et surtout l’arrivée d’un infirmier dans une véritable basse-cour d’infirmières. Les petits détails du morne quotidien de l’hôpital sont transcendés ici par une folie, une fantaisie qui nous valent des scènes souvent très touchantes, où la solitude de chacun trouve à s’exprimer par un fantasme réalisé ou un désir qui s’exprime soudain.
Enfin, deux jeunes cinéastes français se sont fait particulièrement remarquer : Aurélia Georges avec L’Homme qui marche et Sébastien Jaudeau avec La Part Animale . Chez la première, c’est l’ampleur et la délicatesse du regard qui touchent juste. Un film basé sur la vie d’un auteur d’origine sibérienne, Viktor Atemian, ayant vécu à Paris dans les années 70/80, figure classieuse et germanopratine, avant de tomber dans l’oublie jusqu’à finir sa vie dans la rue. Histoire bouleversante et intemporelle, mais intelligemment rendue à son contexte politico-culturel. La vie de cet homme, interprété par le fascinant César Sarachu, profil tranchant sur silhouette burlesque, est ainsi reconstituée par étapes et ellipses, et creuse lentement son sillon dans nos esprits.
Avec La Part Animale, Sébastien Jaudeau tranche dans le vif d’un cinéma français ronronnant : il y est en effet question des troubles qui s’emparent d’Etienne, alors qu’il débute dans une ferme où son travail consiste à masturber des dindons pour récupérer leur sperme. Dirigée par un homme égoïste et mégalomane (le parfait Niels Arestrup), la ferme devient le cœur du film, lieu de l’étrange et du quasi fantastique. La vie de famille d’Etienne va progressivement être affectée, alors que le film avance vers l’inconnu. Si le montage alterné peut parfois gêner, il ne reste pas moins au film un style percutant, qui cherche en permanence la limite de l’insupportable. Si l’on pense parfois à Harry, un ami qui vous veut du bien, on reste surtout impressionné par l’originalité de ton et de style de ce film à la force peu commune.
La programmation complète:
- Des trous dans le tête
De Guy Maddin
- Prisonniers de Beckett
De Michka Saäl
- Rêves de poussière
De Laurent Salgues
- L’homme qui marche
D’Aurélia Georges
- La Part animale
De Sébastien Jaudeau
- Les Ballets de ci de là
D’Alain Platel
- Combalion
De Raphaël Mathié
- So long my heart !
De Stefan Hllebrand et Olivier Paulus
- Sur ma ligne
De Rachid Djaïdani

Illus.1 : Prisonniers de Beckett
Illus.2 : L'Homme qui marche
Illus.3 : La Part animale
Illus. 4 : Des trous dans la tête