Si Kevin Shields n’a jamais su donner de suite à Loveless, d’autres l’ont fait pour lui. Mogwai a emmené le son énorme du chef d’œuvre de My Bloody Valentine dans les terres du post rock, M83 a plutôt penché vers la pop ambient et maintenant l’Anglais Maps s’en sert comme base pour un superbe album d’électro-pop.
L’une des plus grande qualité de Loveless était son refus de jouer du temps : tout était espace dans ce son si vaste, si imposant. Les drones et les répétitions, traditionnellement outils temporels parce qu’ils trouvent leur sens dans la durée ne servaient dans cet album qu’à l’effacement de toute notion de temps. Ces morceaux auraient pu durer une ou dix minutes, peu importe, on ne saurait le dire à la sortie. Maps donc porte un nom qui convient parfaitement à un héritier des Irlandais : ce son qu’il emprunte convient parfaitement à l’évocation de paysages, de grands espaces. Mais quiconque a encore un globe terrestre sur lequel apparaît l’URSS (j’en connais) ou a récemment profité des soldes sur toutes les cartes du système solaire qui incluait encore Pluton sait qu’une carte n’est jamais que le produit éphémère de son temps. Maps donc induit dans ce son un élément indissociable de toute véritable pop : la dynamique.
Couplet/refrain/couplet, envolées, intro, pont… : tous ces signifiants pop ont en commun la recherche de dynamique, de variété, de changement dans la chanson, parce qu’il faut en donner beaucoup et vite dans un single de trois minutes. James Chapman, l’homme derrière Maps, l’a compris et toute l’originalité de sa démarche tient dans cet apport du temps dans une musique fondamentalement spatiale.
Ce n’est pas pourtant qu’il ait renoncé aux drones et aux répétitions, ces deux éléments essentiels de la musique expérimentale des cinquante dernières années. "So Low So High", le titre d’ouverture, sonne dans ses premières secondes comme "Soon" avant l’arrivée d’un riff théâtral de cordes synthétiques qui, pour pop qu’il soit, se répétera avec une insistance et une pugnacité digne de Ségolène Royal débattant avec Nicolas Sarkozy. Ailleurs comme sur "Liquid Sugar" ou "To The Sky" c’est un sample d’instrument acoustique qui se répète pour donner sa dynamique à la chanson. Bien sûr, la sauce ne prend cependant pas toujours, notamment dans "Glory Verse", ballade saccharinée où les synthés ne sont plus que des violons pas chers et où géographiquement on est beaucoup trop proche de James Blunt.
Il y a cependant plus dans ce disque que le son de My Bloody Valentine passé à la moulinette pop. Il y a aussi l’électro charnelle et analogique de Four Tet ou de l’electronica à la Boards of Canada dans son son. Et puis, puisque ce sont des chansons, de la pop, il faut bien parler d’autre chose que du son : Chapman a l’art de faire passer pour intimiste avec sa petite voix cachée sous des couches de filtres ce qui s’avère en fait être une pop orchestrale, pleine de grands gestes théâtraux et d’émotions fortes. On pense un peu aux Stars et à Depeche Mode et puis, parce que James Chapman est un peu plus que l’accumulation de ses influences, on pense beaucoup à Maps.
Maps - We Can Create
Chez Mute, mai 2007
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