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Au TEP jusqu'au 17 juin 2007
Des occidentaux tout juste débarqués sur l’archipel nippon et qui ont du mal à comprendre ce qui leur arrive, des spectateurs tout aussi paumés qu’eux en entendant des tirades en japonais non surtitrées... cela ne vous rappelle rien ? Eh bien non, ce n’est pas l’adaptation théâtrale du Lost in translation de Sofia Coppola, c’est beaucoup mieux. C’est une pièce qu’Horiza Hirata a écrite tout exprès pour une distribution franco-japonaise et que Laurent Gutmann a mis en scène. Une veillée mortuaire, pour tout dire, réjouissante !
Tout se passe dans la pièce de réception d’une maison japonaise dont il est dit que c’est une maison ancienne, où règne, en général, le culte du neuf. Toute la scène est couverte de tatamis ; au centre, une table basse ; autour, des coussins. Une voiture d’enfant que Yukiko, la sœur de Takeo s’empressera d’aller ranger, évoque, au début de la pièce la présence de l’enfant qu’on ne verra pas. Sur un meuble, sur le côté, sont alignés de jolis sacs en papier : tous identiques, il contiennent chacun un cadeau que Yukiko offre aux visiteurs de cette veillée funèbre en souvenir de Marie.
Dans ce décor minimaliste, les français semblent des intrus. Michel, le frère renverse de la bière sur un tatami. Se voyant seul, il s’empresse de dissimuler son forfait avec un coussin. Les parents manquent de souplesse corporelle pour s’asseoir sur leurs genoux à la japonaise. La mère accepte une chaise, le père préfère vivre son calvaire jusqu’au bout. Anne, une amie française de Marie est là qui leur sert de guide dans cet univers dont ils ignorent les us et les coutumes. Anne, Takeo et Yukiko, qui parlent français, vont patiemment entreprendre de leur expliquer.
Et la conversation qui contourne sans cesse le vrai objet de leur pensée, divague au gré des souvenirs qu’ils évoquent et de micro-événements qui ponctuent la soirée. Le plus inattendu étant l’arrivée impromptue de l’ex-mari de la défunte qui, en coulisse, échangera des coups avec l’organisateur des pompes funèbres, parce que ce dernier prétend l’empêcher d’embrasser la morte.
L’ensemble laisse une impression de tristesse et de nostalgie, mais le spectacle est en lui-même réjouissant : les acteurs ne sont jamais dans la caricature. Chaque personnage est travaillé pour laisser transparaître une humanité propre. La fatigue et l’incompréhension mutuelle sont palpables, les échanges sous-tendus par de fortes charges émotionnelles. La pièce ne prétend pas faire accéder à un universalisme des sentiments, pas plus qu’elle n’enferme ses personnages dans des mondes clos. Elle mise sur la construction de liens ténus qui rendent vivable l’humaine condition.

Chants d’adieu
De Horiza Hirata, mise en scène de Laurent Gutmann, avec Adrien Cauchetier, Bruno Forget, Reine Kakudate, Annie Mercier, Hiroshi Ota, Yves Pignot, Catherine Vinatier, Kenji Yamauchi.
Jusqu’au 17 juin 2007 au TEP (www)
Photos : Pierre Grosbois.
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