« Est-ce que je préfère être aimé ou craint ? Hum. Les deux. Je veux que les gens soient effrayés par l’amour qu’ils me portent ». La citation est de Michael Scott, patron régional de Dunder Mifflin, une société qui vend du papier aux entreprises. Un ego surdimensionné mis en scène avec talent dans ce faux documentaire, remake américain de la série britannique au même titre : The Office.
La race des patrons appartient au patrimoine universel. Le succès à travers le monde de The Office, série britannique créée, écrite et réalisée par Ricky Gervais et Stephen Merchant, l’a démontré. D’abord diffusé sur BBC Two de 2001 à 2003 sous la forme de deux saisons de six épisodes et de deux spéciales pour Noël 2003, The Office a ensuite été repris sur les chaînes internationales de la BBC, BBC Prime, America et Canada avant d’être vendu dans plus de quatre-vingts pays. Grosse réussite pour la British Broadcasting Corporation, la série a mis à l’abri du besoin ses deux créateurs qui se sont ensuite consacrés à un projet plus personnel, introspectif et cruel sous le nom de Extras. Dans sa version originale, The Office met en scène un patron tout à la fois arrogant, misogyne, par moments raciste, mauvais joueur, comique raté et régulièrement pathétique. La série, réalisée sous la forme d’un documentaire, s’intéresse également au rapport de ce dernier avec ses salariés et la façon dont ceux-ci gèrent l’incompétence de leur chef. En 2005, NBC a lancé une version américaine sous le même nom avec comme producteurs exécutifs Ricky Gervais et Stephen Merchant. Contrairement au clone français produit par Canal+, Le Bureau, la version américaine a cherché à se démarquer dès les premiers épisodes de son modèle original.
Une structure proche de l'original
Ainsi, l’organigramme de « The Office / US » est identique ou presque à celui de la version anglaise. À la tête de Dunder Mifflin, l’entreprise fictive qui sert de lieu d’action à la série, Michael Scott. Petit chefaillon au tempérament d’enfant gâté, il est interprété par Steve Carell qui à l’époque de la première saison n’était pas encore la star qu’il est devenu. Sous-fifre aux origines redneck ou mormones, Dwight Schrute (excellent Rainn Wilson, déjà vu dans Six Feet Under) est un authentique malade mental qui prône une vision radicalement républicaine de l’Amérique fondée sur la performance et la suprématie. « J’aurais dû avoir un frère jumeau, mais à la naissance j’étais seul : j’ai absorbé mon frère alors que j’étais dans le ventre de ma mère », explique-t-il. Jeune commercial désabusé, Jim Halpert (John Krasinski) se paie la tête de Dwight durant les heures de bureau. Il s’intéresse aussi de près à la jeune Pam Beesly, la standardiste de l’entreprise. Mais elle est déjà prise.
Humour moins sombre
La grande force de la version US (nécessaire pour tenir le public sur plusieurs saisons) tient à la richesse des personnages secondaires, là où la version anglaise concentrait presque chaque épisode sur David Brent, le patron, interprété par Ricky Gervais. Il y a ainsi la rigide et frigide Angela, Keith, un ovni qui n’a qu’une passion : broyer des documents confidentiels, Ryan un intérimaire aux dents qui rayent le plancher ou bien encore Creed (joué par un ancien membre du groupe The Grassroots, Creed Bratton, biographie reprise au crédit du personnage de la série), toujours sous acide depuis le Summer of Love, capable de manger une pomme de terre à la place d’une Golden sans s’en apercevoir. Et si le talent des scénaristes et le travail d’adaptation sont parfaitement à la hauteur, l’humour semble un peu moins noir et peut-être un peu plus potache. Il faut dire que la BBC Two n’est pas NBC et que pour pouvoir diffuser la série sur un Network américain sans risque de heurter un public sensible, il a fallu aseptiser la rugosité de certains personnages. La tragédie humaine de Gervais et Merchant s’efface alors devant l’efficacité roborative des gagmans américains et le talent d’improvisation de Steve Carell, qui s’en donne à cœur joie dans le rôle du patron imbu de lui-même, sûr de son sens comique et finalement arriviste et niaiseux, vantard et inefficace. Oui. Exactement comme le vôtre.
The Office (US)
Créé par Greg Daniels et Ricky Gervais
Avec Steve Carell, Jenna Fischer, Rainn Wilson
Le dimanche à 22h45 sur Canal+

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