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Passé inaperçu au Festival de Cannes où on l’avait rangé dans un coin, limite à l’abri des regards, Boxes le premier film de Jane Birkin est un concentré de cinéma français neuneu. Petit film de famille fantastico-poétique irregardable passées trois minutes, Boxes ne tire rien de son concept à la mise en scène inexistante. On reste étranger à son monde, pire on ne veut surtout pas le rencontrer.
Là on touche le fond et franchement, c’est dur d’en sortir. Non parce qu’on a déjà du mal avec tout ce qui touche de près ou de loin à la famille Birkin (le film d’Andrew, Ciment Garden, ceux de Gainsbourg père irregardables, la fille, tout le côté Doillon hyper surestimé), mais parce que Boxes, premier film de Jane, est un concentré de nullité qui ferait passer Patrice Leconte, ou n’importe quel réalisateur franchouillard de navet, pour un génie. Boxes est au-delà de toutes descriptions. Tout lui est préférable, même un film d’Iñárritu. Pourquoi ? Parce que Boxes accumule de manière inimaginable et avec une candeur insupportable tout ce que le cinéma français pseudo auteuriste aurait de pire. Boxes c’est ni plus ni moins que la consécration d’un cinéma neuneu complaisant, c’est la mort.
Le passé au présent
Pour justifier tant de rejet il faut bien s’expliquer. Allons-y. Boxes raconte mal, très mal, l’histoire d’une femme (Jane of course) qui depuis sa grande demeure bourgeoise où s’entassent des cartons (boxes, attention métaphore), se remémore et revisite son passé au présent. Elle erre d’une pièce à l’autre, les rencontres se suivent, se croisent, ses ex-maris (Tcheky Karyo, John Hurt, Maurice Bénichou), ses filles (Lou Doillon, Natacha Régnier, toutes nulles), son père (Piccoli, complètement gaga), sa mère (Géraldine Chaplin) et Annie Girardot dans un coin pour prendre la pose. On comprend vite qu’il s’agit d’un dialogue avec soi-même, que les personnages sont tous ou presque des fantômes, et la caméra tentant de jouer entre le vrai et le faux, le fantasme et la réalité, sans la moindre idée de mise en scène (le cadre atteint des sommets de n’importe quoi). C’est tellement mal foutu et grossier, si littéral alors que Birkin tente vainement de donner une dimension multiple et symbolique à son film, qu’on n’hésite pas une seconde. On crie à l’aide, on consulte ses SMS, au mieux on se casse.
Logorrhée fantastico-poétique
Bon, l’idée en soi n’était pas mauvaise. Le principe du film mémoire où l’espace renvoie à autant de cases souvenirs, des personnages du passé avec lesquels on se réconcilie comme au fil d’une psychanalyse matérialisée, c’était presque du Resnais. Le résultat serait plutôt du côté d’un Iosseliani bavard et d’un Bartas (The House) pour les nuls. Dur. Mais ce qui rend d’autant plus imbitable cette logorrhée fantastico-poétique, c’est sa petite prétention au film de famille. Avec ses scènes décalées, sa fausse bizarrerie, sa volonté surfaite de jouer avec l’abstraction, tout en maniant un aspect simili autobiographique, Jane Birkin tente laborieusement de nous parler d’amour sur le ton de la folie douce. Comment dire que rien ne marche, qu’on en veut pas à Jane mais que la tonalité globale de son film, passé le concept foiré, rend chaque nouvelle scène encore plus pénible que la précédente ? Peut-être est-ce une forme de connivence à laquelle on n’adhère pas, l’idée d’un centre (la famille du film et Birkin) dont on reste étranger. Encore une famille du cinéma français qui non seulement nous exclut d’office mais avec qui on a plus que tout envie d’éviter toute proximité.
Boxes
De Jane Birkin
Avec Jane Birkin, Lou Doillon, Michel Piccoli, Natacha Régnier, John Hurt, Géraldine Chaplin
Sortie en salles le 6 juin 2007

Illus. © Pyramide Distribution