Dans le cadre de la biennale d'art vocal, du 22 mai au 3 juin 2007
Jamais la Cité de la Musique n’est plus accueillante que lorsqu’elle laisse la place à la spontanéité du public. Certains programmes s’y prêtent plus que d’autres, mais quand le répertoire est issu d’une tradition dansée, il serait contre nature de castrer les réactions de toute une partie des spectateurs, liés à ce patrimoine. La démonstration en a encore été brillamment faite, le week-end dernier, face à ces Femmes d’Orient qui ponctuaient la Biennale d’art vocal. Impressions.
Les Fqiret d’Annaba (Algérie) sont des chanteuses professionnelles spécialisées dans l’animation des mariages. Dans la rue musicale, sans doute pas optimale en termes acoustiques, c’est à un véritable déchaînement du gynécée que l’on a pu assister. Les Maghrébines venues assister au concert s’en sont donné à cœur joie, reprenant la gestuelle lancinante et hallucinée de balancement qui peut mener à la transe. Et les gamins, comme dans un vrai mariage, de courir dans leurs jambes, entre les chaises, en poussant des cris de joie. Chaude ambiance ! Et permise comme dans aucune autre salle respectable, car le contexte se prêtait parfaitement à ce genre de musique festive.
Un peu moins de liberté dans l’amphithéâtre, où seules les spectatrices des bouts de rangée peuvent se lever et gesticuler avec Cherifa, l’extravagante poétesse du Moyen-Atlas marocain. Parée d’un harnachement multicolore, oscillant entre mine froncée et sourire éclatant, elle oublie parfois le micro (dont elle n’a guère besoin) pour mieux donner de la voix à tue-tête et du postérieur généreux. Quel dommage de devoir rester calé dans son fauteuil quand tout amène à la joie de la danse.
Enfin, dans un autre registre mais tout aussi communicatif, Abida Parveen, la « grande prêtresse » pakistanaise (illustration en haut de page), a clôturé ce week-end avec des chants soufis relevant de la tradition des cérémonies rituelles, mais quelle cérémonie ! Eructant, de la voix et du geste, alpagant le Seigneur et les mortels, entraînant ses musiciens et le public, elle réussit à transporter la grande salle tout en restant assise au milieu des tapis. Au balcon, quelques hommes ne résistent pas à se lever et à danser, bras levés, comme « là-bas », car c’est ainsi que se vit cette musique. Dans ce pays, où les femmes ne sont pas autorisées à chanter, sauf si elles sont « touchées par la grâce », ce sont les mâles qui dansent le Seigneur.
Il serait injuste de ne pas souligner la délicatesse de deux autres prestations de ce week-end : celle de Wang Shin-Shin, incroyable chanteuse comédienne de Taiwan qui réussit à nous faire trouver doux le rude parler chinois, et celle des sœurs Vahdat, deux Iraniennes utilisant les formes traditionnelles de la musique persane pour traiter de sujets contemporains.
Joli week-end, vraiment, dû en grande partie à la qualité exceptionnelle des interprètes, mais aussi au public dont la participation devrait être encore davantage sollicitée, face à ce genre de musique.
Femmes d'Orient, les 26 et 27 mai 2007 à la Cité de la Musique.
Illustrations (de haut en bas) :
- Abida Parveen, DR
- Cherifa, photo de Ludovic Leleu
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