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Petite histoire du cinéma mexicain (1/6)
Proche des Etats-Unis géographiquement, le Mexique va développer une industrie cinématographique sous influence. Pourtant, ses débuts artisanaux et pauvres lui donnent une base solidement accrochée aux coutumes et traditions locales. Un paradoxe qui se ressent encore aujourd’hui.
Le développement d’une industrie du cinéma au Mexique a été contraint à son début par la pauvreté et le sous-développement global du pays. En 1906, le nombre de salles de projection augmente, et des films documentaires sont réalisés, de manière plus ou moins professionnelle, tel que Fiestas Presidenciales en Merida (Fêtes présidentielles à Mérida, Enrique Rosas). La fiction met du temps à démarrer, l’outil cinéma semble conserver son aspect documentaire, les frères Lumière restent ainsi la grande influence, alors que de par le monde, des cinéastes explorent l’outil et ses potentialités, façon Georges Méliès. Les documentaires consacrés à la Révolution mexicaine sont un genre en soi. En 1910, la Révolution menée par Sancho Panza, Emiliano Zapata et Francisco Madero vient paradoxalement renforcer le cinéma dans le pays. Entre 1907 et 1911, les Mexicains vont en foule voir les films : Pelea de Gallos (Combat de coqs), Bueyes pasando un rio (Bœufs traversant une rivière), Tribulaciones de un bombero (Mésaventures d’un pompier), mais aussi les actualités, qui leur permettent de suivre les évènements politiques complexes, comme Asalto y toma de Ciudad Juarez (Assaut et prise de Cuidad Juarez) ou Insureccion de Mexico (Insurrection au Mexique, 1911).
Pendant cette période, les cinéastes expérimentent les possibilités du montage. Salvador Toscano, considéré comme le premier véritable cinéaste mexicain, filme le voyage du général Porfirio Diaz, en élaborant un montage qui le différencie des actualités et des reportages de l’époque. En 1907, les deux premières fictions voient le jour : El grito de Dolores (le Cri de Dolorès) et Aventuras de TipTop (Aventures de Tip Top). En 1912, les frères Alva présentent La Révolution Orozquiste, tentative de représentation « objective » des troubles insurrectionnels, en filmant les protagonistes des deux camps.
Curieusement, c’est pendant la prise de pouvoir du révolutionnaire Madero que naît une censure au Mexique. Celle-ci perdurera avec sa chute en 1913, et les films consacrés à la Révolution disparaissent des écrans à partir de 1916. Jusqu’aux années 1920, ce ne sera plus l’influence des Lumière qui prévaudra, mais celle du cinéma italien et de ses mélodrames familiaux (La sonadora, La Luz, En Defensa Propria…). Puis vient l’influence américaine et ses thèmes bien plus consensuels que la révolution ou les révoltes syndicales. Jusqu’aux années 1930, le cinéma mexicain produit très peu de longs-métrages, mais l’imaginaire de la révolution demeure, et le Russe Sergueï Eisenstein se lancera en 1931 dans son projet de fresque ambitieuse Que Viva Mexico !, qui ne sera achevé qu’après sa mort, les rushs ayant été confisqués après le tournage.

Illus. Que Viva Mexico !
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