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Année 1990

Les origines

Histoire du cinéma anglais

Petite histoire du cinéma anglais (1/10)

« On peut se demander s’il n’y a pas incompatibilité entre le mot cinéma et le mot Angleterre ». * François Truffaut
« Les Russes ont fait des films de martyre. Les Américains ont fait des films de publicité. Les Anglais ont fait ce qu'ils font toujours dans le cinéma, rien. » Jean-Luc Godard, Histoires du cinéma.
Le cinéma anglais a longtemps été méprisé, pour ne pas dire plus, par la critique française tendance Cahiers du cinéma. Passées la virulence et la mauvaise fois (et il en fallait de la part de Truffaut pour dire une chose pareille à Alfred Hitchcock), l’histoire du cinéma d’outre-Manche ne manque pas de cinéastes « auteurs », inventeurs de formes et de discours passionnants. La preuve, par le début.

1. Histoire du cinéma anglais
2. La littérature à l'écran
3. Les années 1940
4. L'humour anglais
5. Le cinéma d'horreur
6. Hitchcock et Powell
7. Le réalisme social
8. Swinging Sixties
9. Les années 1970
10. La gueule de bois
La naissance du cinéma chez les Britanniques ressemble à s’y méprendre à ce qui se déroula en France à la même période… à quelques brevets de retard près. En effet, la concurrence battait son plein pour savoir qui des scientifiques français ou britanniques réussiraient les premiers à inventer l’enregistrement du mouvement. Les frères Lumière ne précédèrent que de peu des chercheurs tels que R.W.Paul et Birt Acres. Et les premiers films anglais, dépassant le simple geste de la prise de vue, se rapprochent des expériences réalisées en France et aux Etats-Unis. Jeux de montage (les fameux effets Méliès) que l’on retrouve dans The Big Swallow réalisé par James Williamson en 1901 et sur les cadrages comme dans Grandma's Reading Glass réalisé par G.A. Smith en 1900, qui s’intéresse particulièrement au gros plan. Les Anglais auraient même inspiré aux Américains ce qu’on leur attribue trop facilement : le premier film d’action, puisque A Daring Daylight Burglary de Frank Mottershaw (1903) serait à l’origine du bien plus fameux The Great Train Robbery de Edwin S.Porter (1903). British first !

Un cinéma naissant
Jusqu’aux années 1920, les premiers pas de l’industrie cinématographique anglaise consistent en une exploration de tous les genres susceptibles de plaire au public. Les comédies, inspirées du théâtre et de son burlesque corporel, les films noirs ou d’espions, tout comme les adaptations littéraires constituent les genres par excellence du cinéma naissant. Les artistes venant du Music Hall s’adaptent tout naturellement à ce nouveau medium, auquel il ne manque encore que le son. Bien que les films soient nombreux, bien peu trouvent une place dans l’Histoire du cinéma, peut-être écrasée à cet instant par un certain D. W. Griffith. Il faut attendre 1914 pour qu’un Anglais se fasse connaître du monde entier… mais depuis les Etat-Unis. En effet, le clochard céleste inventé par Charlie Chaplin naît sur le sol américain, l’acteur et cinéaste n’ayant connu de son pays natal que la misère la plus totale.

Un certain Alfred
Né la même année que Chaplin, un fils de la prude bourgeoisie londonienne profite de l’ouverture d’un studio américain dans la capitale anglaise pour faire ses premiers pas dans le cinéma… il dessine les panneaux d’intertitres qui ponctuent les films muets. Comme il doit être curieux et pas idiot, on lui confie aussi bientôt des retouches de scénario, des tournages de plans complémentaires, puis alors qu’il a 26 ans, la réalisation de son premier film : Pleasure Garden (1925). Alfred Hitchcock fait une entrée qui lui ressemble : discrète mais très sûre d’elle-même. « A partir d’une narration simple, j’ai été constamment animé par la volonté de présenter pour la première fois mes idées dans une forme purement visuelle »*. À 27 ans, un jeune Anglais commence à inventer un langage qui va révolutionner l’art cinématographique, n’en déplaise aux critiques français… qui vouent par ailleurs un culte paradoxal au grand Alfred.

Apparition du cinéma fantastique
Dans les années 1930, c’est au tour du cinéma fantastique et horrifique de faire son apparition, avant même la création des studios Hammer. Des acteurs comme Boris Karloff et l’oublié Tod Slaughter font frémir les spectateurs avides de sensations fortes dans des films comme The Ghoul (1933, réalisé par Tod Hunter), Sweeney Todd, The Demon Barber of Fleet Street ou The face at the Window (1936 et 1939, réalisé par Georges King). Enfin, un tout autre monstre débarque à Londres en 1930 : le producteur et réalisateur d’origine hongroise Alexander Korda, qui deviendra le David O. Selznick de la production locale. Avec sa forte personnalité, il va bâtir London Film, une société qui produira ses propres films, de grosses productions au style volontiers luxuriant telle que La Vie Privée d’Henry VIII (1933), mais aussi de nombreux cinéastes qui trouvèrent en lui un aventurier et un joueur cinéphile et passionné. Il produit ainsi les films de David Lean, Carol Reed (Le Troisième homme) des expatriées Jacques Feyder et René Clair, Julien Duviver, et forme un duo majeur du cinéma anglais : Michael Powell et Emeric Pressburger.

*Les Entretiens Hitchcock/Truffaut, ed. Ramsay

Illus.1 : Grandma's Reading Glass, G.A. Smith (1900)
Illus.2 : Sweeney Todd, l'affiche de 1936
Illus.3 : La Vie Privée d’Henry VIII, Alexander Korda (1933)


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Laurence Reymond - 13 octobre 2007

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