Presque synchrone avec sa création en France, le Japon rencontre le cinéma dès sa naissance. Les premières prises de vues et les premières séances en public voient le jour dans un pays qui s’ouvre en même temps vers l’occident. Une période qui est aussi l’heure de gloire du Benshi. Première partie de notre dossier Histoire du cinéma japonais.


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Lorsque naît le cinéma en 1895, le Japon est encore fermé sur lui-même. Quiconque, comme l’explique Donald Richie dans son Histoire du cinéma japonais, aurait tenté de quitter le pays se serait vu condamné à mort. Quand le premier film débarque ainsi un an plus tard sur l’archipel, de nombreux Japonais ont appris à vivre dans le monde féodal aux règles strictes de l’ère Edo (1600 à 1867). L’abandon de ce système et l’adoption du modèle socio-économique occidental durant l’ère suivante (Meiji, 1868-1912) les incita à adopter tout ce qui venait de l’occident tout en essayant de conserver, tant bien que mal, leur japonité. Ce moment appelé Bunmei Kaika (civilisation des lumières) reflète la nature de ce nouvel ordre désiré, qui plus tard et jusqu’à aujourd’hui, y compris dans le cinéma, continue d’être perceptible.

Cette confrontation entre une modernité occidentale et des traditions fortes, ancestrales (un des slogans de l’époque était Wakon Yosai, esprit japonais, techniques occidentales), influença durablement le cinéma japonais qui longtemps fut en quête de sa singularité. À l’origine, le cinéma fut, comme partout à travers le monde, importé par les frères Lumière. Les premières images tournées par un Japonais se situant en 1897, via l’importation d’une caméra par le photographe Shiro Asano qui filma quelques scènes de rues à Tokyo. En 1899, après avoir tourné des vues de Geisha, le même Asano organisa ainsi une grande projection à Tokyo qui malgré le prix exorbitant des billets fit salle comble et sensation. Inspirés par ce succès, plusieurs programmes virent alors le jour, notamment des captations de spectacle Kabuki telle que Deux personnes au temple Dojo.

Pendant sa période primitive, le cinéma japonais resta aussi très tributaire du théâtre. Qu’il s’agisse du kabuki (l’essentiel de la production, notamment avec le célèbre Les quarante-sept ronins, tourné des dizaines de fois et qui imposa les bases du jidai-geki, film d’époque), du shingeki (nouveau théâtre, inspiré par l’occident et notamment le répertoire russe) ou du shimpa (un kabuki modernisé). A l’époque, les films n’existaient pas sans benshi, sorte de bonimenteur ou de « récitant commentateur ». Une fonction dont est à l’origine l’un des premiers preneurs d’images japonais, Koyo Komada. Le benshi a eu une influence durable sur le cinéma japonais, plus qu’aux USA où les besoins d’un narrateur disparurent dès 1910. Il fallut attendre 1932 et non sans tensions (jusqu’à des grèves) pour les voir enfin être écartés, le succès colossal du film parlant Morocco (Josef Von Sternberg) aidant.

La prédominance du benshi au Japon s’explique en partie, selon Donald Richie, par le fait que face à cet art étranger ou des films occidentaux, « ils étaient une présence indigène rassurante dotée d’une familiarité supposée avec l’objet étranger ». Les spectateurs venaient alors autant pour eux que pour le film, des disques de benshi ayant même été gravés et remportant un joli succès. Le rôle du benshi était ainsi multiple : il permettait de rallonger les programmes disparates de courts-métrages tout en leur donnant une cohérence, de combler le manque de narration des films à renfort de digressions, en somme de faire l’histoire du film. L’évolution de la narration filmique vers une autonomie progressive du récit marqua leur déclin ; le grand tremblement de terre qui frappa Tokyo en 1923 l’entérina, via l’arrivée massive en salles de films américains visant à combler l’absence d’une production locale suffisante causée par la destruction des studios.

Illus. 1 : Katioucha, de Kiyomatsu Hosoyama
Illus. 2 : Nezumi-kozo Jirokichi, de Shozo Makino
in Le cinéma japonais, de Tadao Sato

Dossier Histoire du cinéma japonais, featuring (sans ordre d'apparition particulier) : Akira Kurosawa, Daisuke Ito, Goro Miyazaki, Hayao Miyazaki, Heinosuke Gosho, Hideaki Anno, Hideo Gosha, Hideo Nakata, Hiroshi Teshigahara, Inoshiro Honda, Isao Takahata, Jo Shishido, Kaizo Hayashi, Katsuhiro Otomo, Katsuhito Ishii, Kazunari Ninomiya, Ken Watanabe, Kenji Misumi, Kenji Mizoguchi, Kiju Yoshida, Kinji Fukasaku, Kiyoshi Kurosawa, Ko Nakahira, Kohei Oguri, Kon Ichikawa, Leiji Matsumoto, Mamoru Oshii, Masahiro Shinoda, Masaki Kobayashi, Masaru Konuma, Masato Harada, Meiko Kaji, Mikio Naruse, Mitsuo Yanagimachi, Nagisa Oshima, Naomi Kawase, Satoshi Kon, Seijun Suzuki, Shido Nakamura, Shinji Aoyama, Shinya Tsukamoto, Shohei Imamura, Shuji Terayama, Shunji Iwai, Shunya Ito, Sogo Ishii, Sonny Chiba, Takashi Ishii, Takashi Shimizu, Takeshi Kitano, Tatsumi Kumashiro, Teinosuke Kinusaga, Ten Shimoyama, Tomu Uchida, Toshiaki Toyoda, Toshiro Mifune, Toshiya Fujita, Yasujiro Ozu, Yasuzo Masumura

Jérôme Dittmar




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