Xbox 360, PS3, Wii, PC PS2, DS et PSP - Sortie en France le 22 mai 2007
Les pirates sont un excellent fond de commerce pour le jeu vidéo. Depuis Sid Meier et Pirates !, ou LucasArts et Monkey Island, ils se disputent la sympathie des geeks avec leurs rivaux de toujours, les ninjas. Avec des films aussi réussis et agités que ceux de Gore Verbinski, on est en droit d’espérer des adaptations à la hauteur, regorgeant de passages d’anthologie. Hélas, Le secret du coffre maudit avait donné lieu à un jeu de piètre qualité que l’on a vite fait d’oublier. Ce nouvel épisode, réalisé par une toute autre équipe, porte le titre du dernier chapitre de la trilogie, tout en regroupant en fait celui-ci et le précédent. Double dose de Davy Jones. Faites attention : hollandais volant, mort au tournant.
Devant une licence aussi énorme que celle de Pirates des Caraïbes, on peut se demander à qui Buena Vista a pu confier la tâche de développer le nouveau ramasse-billets de l’été. C’est Eurocom qui a eu cette chance, le studio déjà responsable de Batman Begins. Dans nos souvenirs, le jeu était visuellement supportable, assez amusant à jouer avec quelques bonnes idées, mais doté d’une maniabilité délicate, d’adversaires à l’IA inexistante et d’un concept global honteusement photocopié sur Splinter Cell.
Dès les premières minutes de jeu sur Jusqu’au bout du monde, le même constat s’impose, avec un fossé entre faiblesses et forces bien plus creusé.
Au registre des bonnes surprises, on note que les doublages VO sont exécutés par des acteurs qui imitent les originaux à la perfection, accompagnant des personnages très ressemblants et animés avec ce qu’il faut de talent. Les décors sont assez riches, dotés de quelques friandises visuelles, et correspondent parfaitement au design du film, restituant ainsi les différentes ambiances des lieux traversés. La musique, quant à elle, est un dérivatif de la BO, mais reste plus qu’audible. C’est un emballage scintillant qui laisse entrevoir un jeu à la hauteur de nos fantasmes de piraterie les plus fous, et l’on fouille déjà dans la malle de Mardi-Gras pour retrouver ce cache-œil en feutrine. Histoire de s’y croire pour de bon.
Une fois revenu de sa pause-déguisement, on se surprend à pester contre le mauvais plaisantin qui a remplacé votre jeu par Prince of Persia ou Tomb Raider. Sauf que ce n’est pas une plaisanterie. La ressemblance entre Jusqu’au bout du monde et ces deux autres jeux est tellement flagrante que certains mouvements ont l’air directement attribués à Johnny Depp / Jack Sparrow. Que ce soit marcher aux murs, longer une corniche, s’accrocher à des rebords, ouvrir des coffres, tout semble sortir de licences concurrentes mais néanmoins amies. Le Capitaine Sparrow se différencie de ses collègues par l’utilisation de son sabre indestructible pour bouger des caisses qu’il embroche ou qu’il plante dans les parois pour prendre appui.
Au-delà de ces similitudes, le gameplay de Jusqu’au bout du monde s’avère fastidieux et répétitif. Les ennemis sont des imbéciles dont on se débarrasse en trois tours de sabre à pot. Littéralement. Les deux premiers coups déstabilisent l’adversaire, le dernier l’achève. Ce qui pourrait nous simplifier la vie souligne en fait le côté redondant des affrontements. Que soit le gardien de prison au marin-rascasse mutant, tous se font écraser de la même façon. Seuls quelques spécimens, plus résistants nécessiteront de votre part que vous massacriez assez d’ennemis en variant les combos, pour remplir une jauge d’escrime qui vous donnera assez de jus pour asséner une contre-attaque salvatrice et remporter la confrontation. Ca n’a rien de difficile en soi, vu que l’IA est catastrophique et que vous ne croulerez jamais sous le poids des assaillants, ni ne flancherez face à leurs tactique. Ils n’en connaissent qu’une, qui est d’attendre son tour et ses trois petits coups de canif. La vacuité des combats omniprésents au long du jeu ne fait qu’aggraver le manque d’originalité de tous les mécanismes de jeu.
Enigmes à base de caisses à pousser et de leviers très mal cachés, système de visée aléatoire, quêtes d’objets bonus disposés dans des caisses en travers de votre chemin. On a souvent l’étrange sensation que les concepteurs insultent notre intelligence, aussi faible soit-elle, tant tout est transparent et grossier. Il ne faut pas se fier au classement « 16 ans et plus » qui orne la jaquette. Il fait référence au contenu riche en pirates empalés, pas à la difficulté.
Un élément de jeu aurait pu sauver les meubles : Les duels. En guise de boss, vous aurez à vaincre un adversaire possédant une jauge de vie égale à la votre, mano a mano. Trois marqueurs indiquent d’où vont venir les coups de l’ennemi et vous devrez répondre par les bonnes commandes afin de parer puis contre-attaquer. On peut donc remplir une jauge de contres qui nous laisse placer des estocades vicieuses en plus de nos fentes habituelles. Cette phase de mini-jeu avait un certain potentiel, mais le temps de réponse mollasson du personnage et la lenteur honteuse des échanges nous mettent directement dans les bottes de Jack. Le monde tourne au ralenti. Ce qu’on pourrait mettre sur le compte d’une overdose de rhum est en fait issu d’une maniabilité ratée.
Ce manque de dynamisme, remarquable dans les duels, transparait dans tous les combats de manière générale. A l’audace des passes d’armes de Jack Sparrow s’opposent des déplacements pénibles et approximatifs.
Alors que le jeu fusionne en une seule épopée les deux derniers chapitres de la trilogie, nous faisant ainsi vivre tout l’arc narratif de Davy Jones, on se voit découragé bien avant la fin de l’aventure. Trop d’erreurs de conception, de défauts dans la maniabilité. Trop de déjà-vu. Tout ce qui a été pillé ailleurs ne parvient pas à faire décoller un jeu dont le look agréable ne peut pas masquer les lacunes flagrantes.
Pirates des Caraïbes : Jusqu’au bout du monde n’est pas un échec complet, mais il y a tellement mieux ailleurs que les pirates et leur rayonnement nerd ne suffiront pas. C’est la planche, sans regrets. Pas de Yo-ho pour Jack Sparrow.

Pirates des Caraïbes : Jusqu’au bout du monde
Editeur : Buena Vista Games
Développeur : Eurocom
Plateformes : Xbox 360, PS3, Wii, PC PS2, DS et PSP
Sortie en France : 22 mai 2007
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