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Spiderman 3 - le jeu vidéo

Le street tisseur se fait désirer


Spiderman 3 - le jeu vidéo


PS3, Wii, Xbox 360 et PS2 - Sortie en France le 4 mai 2007

Les licences de cinéma sont les poules aux œufs d’or de l’industrie vidéoludique. D’une parte parce qu’une bonne partie du contenu a été déjà établie, et d’autre part, parce que la campagne de publicité aura été portée par ce très long spot appelé « film ». Le public, pour sa part, attend avec impatience de pouvoir prendre le contrôle du héros qu’il a vu s’ébattre sur la toile. Ce qui devrait être une situation win-win en théorie n’est souvent qu’un prétexte pour sortir des jeux bâclés dont la vente est assurée par la renommée de la licence. Spiderman avait échappé à ce destin jusqu’à présent. Jusqu’à présent.


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Activision avait fait fort avec Spiderman 1 & 2. En dépit d’une maniabilité un peu brouillonne et de graphismes tout juste honnêtes, l’éditeur nous avait livré des jeux dérivés des films qui rendaient justice au travail jubilatoire de Sam Raimi. On découvrait des possibilités dont on ne faisait que rêver jusqu’à présent, comme s’élancer de toit en toit accroché à sa toile, frôler le sol à 200km/k, super-corriger de super-vilains en saupoudrant les affrontements de réparties cinglantes. On était plongé dans Manhattan comme dans un bac à sables géant, pouvant nous balancer ou nous accrocher où bon nous semblait. Les pouvoirs de l’araignée étaient nôtres et les sensations de jeu dépassaient les limitations techniques de la réalisation globale.

Avec Spiderman 3, Activision posait le résultat comme résolument orienté next-gen, optimisé pour la PS3, la 360 et la Wii. On espérait des prouesses graphiques et des ajustements de-ci de-là. C’était une grande fête à laquelle on se préparait. Seulement, la gueule de bois nous prend par surprise dès le premier verre.
Au fur et à mesure de la découverte du contenu, on oscille entre grande dépression et pulsion meurtrière. Alors que Manhattan se déploie à perte de vue, révélant ses buildings jusqu’à l’horizon, la sensation d’embrasser toute la ville d’un seul regard nous remplit d’orgueil justicier. A cela s’ajoute la vivacité d’un Spidey en grande forme, reléguant n’importe quel champion olympique d’acrobatie au statut de tétraplégique aux jambes de bois. Les animations du personnage sont fluides, variées, et s’adaptent à l’environnement avec brio. Sauf à ce moment fatidique où vous vous écrasez contre la façade d’un immeuble et que votre héros pend comme un lamentable pendule inerte. Vous vous êtes encore fait avoir par une caméra sournoise, encore plus buggée que dans le précédent opus.

Le parfum d’euphorie se dissipe et nous renvoie à l’expérience traumatisante de l’intro du jeu. En effet, avant de caresser l’air entre deux buildings, on doit subir un tutorial nous enseignant les rudiments du super-héroïsme. Alors que l’argument-massue de l’éditeur avait été la présence de tout le casting original du film pour doubler le jeu et restituer l’expérience Spiderman 3, la voix-off qui nous guide est désespérément française. Et médiocre. Exit Bruce Campbell, Tobey Maguire et autres Kirsten Dunst. Bonjour les autres. En plus de manquer de punch et jouer comme des savates, les remplaçants sont contraints de dire des répliques écrites par le stagiaire dialoguiste.
S’il n’y avait que les voix. La ressemblance entre les acteurs et leurs doubles de 3D est très hasardeuse. New York est peuplé d’être humains recouverts de lubrifiant, dont les yeux globuleux et la bouche en pâte à modeler donneraient des cauchemars au premier chirurgien plasticien venu. C’est la nuit des sosies dans vos pires cauchemars. Quand on sait qu’Activision a laissé les noms des acteurs au générique, on crierait presque à l’escroquerie.

La désillusion formelle rejoint celle du fond quand on se plonge sérieusement dans le jeu. Le film avait déçu les fans et les cinéastes sensibles par cette surcompression d’évènements et de super-vilains dans un si court laps de temps. Evidemment, les pivots narratifs, les évènements marquants de la saga, les personnages-clés des comics se voyaient amputés de milliers de page pour tenir sur le prospectus de Sam Raimi.
Dites-vous qu’ils ont trouvé le moyen de réduire encore plus la trame du film en élaborant celle du jeu. La fin du scénario revisité touche à l’absurde. On reste assis quelques instants, pétrifiés par le n’importe quoi que l’on nous a jeté au visage. C’est d’ailleurs inquiétant de voir que les gouffres scénaristiques du film sont encore plus énormes dans le jeu. Ne comptez pas avoir le moindre indice sur la raison de la rédemption d’Harry Osborn. Jamais.

Baser un jeu uniquement sur la trame du film aurait assuré une énorme durée de vie de 30 minutes au soft. Dans leur grande générosité, les concepteurs ont ainsi rajouté des histoires parallèles découpées en épisodes, que vous pourrez, voire devrez compléter pour faire avancer l’histoire principale.
On se retrouve donc face à au Gang de l’Apocalypse, des Arsenic Candy, des Dragon Tails, tous plus mal designés les uns que les autres. Entre les punks échappés de Mad Max et les gothbabes énervées, vous n’aurez que le choix dans l’embarras. Des missions simplistes, qui n’ont d’autre but que de faire apparaître le Caïd/Kingpin en guise de boss de fin. A ces pugilats de fonctionnaires, s’ajoutent des arcs narratifs comme celui du Scorpion et celui du Professeur Connors, alias le Lézard. Plus intéressants, mais encore une fois tronçonnés à la va-vite, on perd ce qui faisait la substance de la rivalité entre le héros et ces anti-héros. Ce ne sont pas les apparitions en guest star de Rhino ou du Chasseur, de Morbius le vampire ou de Shriek qui viendront sauver les meubles.
Le plus inquiétant dans tout ça, c’est qu’on en vient à se moquer totalement de Venom. Bien que le costume noir nous apporte force et combos dévastateurs, le système de combat est tellement anarchique que l’on se contente de presser les boutons au petit bonheur la chance en admirant la farandole des mandales. Le bullet time automatique de Spidey écrase aussi toute opposition, dans le sens où vous pouvez virtuellement esquiver toutes les attaques d’une pression de bouton. Costume rouge, costume noir, peu importe en fin de compte.
La vraie difficulté, celle qui vous transformera en champion de lancer de manette par la fenêtre, ce sera celle des boss. Par moments dans le jeu, vous serez convié à des cinématiques interactives, où vous devrez entrer des commandes précises pour vous en tirer. Cet élément en Quick Time Event, un concept cher à Shenmue et God of War, est ici repris dans une version spéciale crise de nerfs.

Lorsque vous aurez réussi à faire baisser la jauge de vie d’un boss à un certain niveau, vous aurez la possibilité d’entamer une cinématique-affrontement spéciale qui vous permettra de lui asséner un coup décisif, vous menant à la suite de l’affrontement dans de nouvelles conditions, ou vous laissant achever la bête. Ce qui semble sur le papier prétexte à un coup d’éclat devient un calvaire quand on doit enchaîner une dizaine de commandes. L’échec est puni par une raclée punitive de la part de l’adversaire, mais surtout par une remontée fulgurante de sa jauge de vie. La double peine, c’est aussi une réalité pour les super-héros. En plus de disposer d’une résistance à l’épreuve des ogives nucléaires, faisant trainer les duels jusqu’à saturation, les boss peuvent vous tuer en trois coups et régénérer au moindre faux pas. La parité héroïque en prend un coup.

Spiderman 3 a réussi à plomber tout ce que ses prédécesseurs avaient accompli. Au-delà d’un emballage next-gen du pauvre perclus de ralentissements indignes, les lacunes techniques n’ont pas été comblées et le contenu n’est qu’artificiellement augmenté. Les innovations dans la jouabilité, dirigées vers des affrontements cinématiques, sont exploitées en dépit du bon sens dans des mises en scènes médiocres. On regrettera aussi que tous les défauts narratifs du film n’aient pas été comblés par le jeu, comme une extension naturelle, mais qu’ils aient été aggravés. De même, on est privé de la joie de semer le chaos, chaque passant étant immunisé contre nos ruades, tout comme chaque voiture. Négligence ou fainéantise, on a la ferme opinion que le projet a été terminé à la hâte pour sortir en même temps que le film dans les salles. Une impression confirmée par la programmation étrange du jeu, où les textures disparaissent par magie sur Wii, où les bugs de scripts sont légion sur toutes plateformes.

Le jeu est donc à l’image du film. Un fourre-tout à l’action omniprésente, mais d’une platitude désarmante. Ajoutons à cela une longue liste de handicaps techniques ou formels et Spiderman 3 se révèle être un jeu très décevant. Après un X-Men 3 raté, un Ghost Rider faiblard et un Superman Returns atterrant, Spiderman 3 vient grossir le rang des adptations jeu vidéo à oublier.

Au pays des super-héros, le spandex est en berne, les ventes de Xanax sont en hausse.

Spiderman 3
Editeur : Activision
Plateformes : PS3, Xbox 360, PC, PS2, Wii, DS, GBA
Sortie en France : 4 mai 2007

Rémi Vermont
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