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Une Vieille maîtresse

Critique

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Liaisons dangereuses

Trois ans après Anatomie de l’enfer et la « perf’ » de Rocco Siffredi, Catherine Breillat revient en force avec un film en costumes. Cette sage adaptation d’un roman signé Barbey d'Aurevilly lui offre l’occasion de réunir le plus improbable des castings, rassemblant presque toutes ses précédentes actrices. Pour le pire, diront ses habituels détracteurs. Pour le meilleur, dirons-nous plutôt.

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Ceux qui en attendent du sexe et du graveleux risquent d’être déçus. Tout au plus a-t-on droit à deux ou trois galipettes si peu érotiques et si artificielles qu’elles refroidiraient tout priapisme. En cela, Catherine Breillat reste fidèle à elle-même, loin de la réputation sulfureuse qu’on lui a faite : chez elle, le sexe se dit plus qu’il ne se montre. Le verbe est le vrai moteur du désir, en même temps qu’il en fait l’analyse. La vraie différence de cette Vieille maîtresse avec ses films précédents tient dans autre chose – et pas seulement dans le budget un peu plus conséquent qui lui a été alloué. Elle réside dans ce que ce film est une adaptation de roman, la première de Breillat si l’on excepte celles de ses propres écrits (Une vraie jeune fille, Tapage nocturne, 36 fillette).

Cette fois, la cinéaste nous sert un texte qu’elle n’a pas signé, au sens propre. Elle se met au service de Barbey d’Aurevilly, se soumet à ses écrits. Pas d’ironie ou de distance, juste un accord parfait entre sa vision, répétée de film en film, et ce que ces mots expriment. Cette mise en images concrétise l’union de nature entre Breillat la rebelle et le dandy du XIXème siècle. Elle montre cet abîme de sentiments qui tout à la fois rapproche et sépare les hommes et les femmes, encore et toujours. Eternelle histoire qui s’incarne ici dans les amours de Ryno de Marigny. Ce libertin auquel la vie a souri en tout doit se marier avec la délicate Hermangarde, beauté parfaite née au sein de l’aristocratie la plus respectable. Leurs sentiments sont réciproques. Pourtant un mal ronge ce trop bel accouplement : les charmes capiteux de la Vellini. Marigny et elle vivent depuis dix ans une passion que rien ne saurait tarir, sinon une volonté que le jeune homme voudrait croire souveraine. Mais rien y fait.

De brûlant, le récit, par sa transformation en images, se fait presque glacial. Les esprits chagrins diraient plats et ennuyeux. Ce ne serait pas voir - et partager… - le plaisir de Breillat à le filmer. Cette excitation, elle ne la transmet pas par la facilité du corps dénudé ou d’une exubérance verbale. Non, elle choisit plutôt la voie de la tempérance. Tout au plus, s’autorise-t-elle quelques excès, très brefs, à la limite de l’onirisme, tel Marigny et la Vellini, faisant l’amour nus dans le désert, près d’un bûcher où repose le fruit de leur union. Retenue et recherche de la grâce, telles sont ici les moyens et la fin. Breillat traque cette grâce cachée derrière l’hypocrisie et le mensonge parfois involontaire, étant entendu que nous sommes toujours les premiers dupes de nous-mêmes. Elle regarde les sentiments se débattre dans la fange où chacun cherche à la jeter. Et en retour, elle montre le triomphe d’une passion, certes destructrice mais qui s’affranchit de tout ordre.

Le vœu de la cinéaste est de filmer la beauté. Celle des visages, des corps, du cinéma. Elle cherche à capter ce qui rend l’image si fascinante, si unique par rapport à tous les autres arts. C’est pourquoi elle s’attache à enregistrer chaque geste, chaque parole comme un rituel, un acte sacré. Les choses y acquièrent une résonance étrange, suspendue dans l’air et hors du temps. Il ne faut pas y voir de métaphysique, juste la recherche d’une permanence, d’une transcendance des émotions qui unissent les deux sexes, hors de tout contexte. Par ce geste, Catherine Breillat reste dans le territoire du cinéma, s’éloignant du « tableau vivant » et du théâtre filmé. On peut même dire qu’elle tente de s’y perdre. Car il ne faut pas se méprendre sur sa démarche. Si le ton peut paraître péremptoire, si elle nous assène « ses » vérités, le questionnement et le doute sont toujours là. Breillat ne se ferme pas de portes. Elle est en quête d’un absolu. C’est ce qui rend son œuvre si belle, mais aussi si ouverte à la critique.

Une vieille maîtresse
Un film de Catherine Breillat
Avec : Fu’ad Aït Aattou, Roxane Mesquida, Asia Argento, Claude Sarraute, Yolande Moreau, Michael Lonsdale, Anne Parillaud, Amira Casar, Lio, Caroline Ducey, Isabelle Renauld.
Sortie en salles : 30 mai 2007

Illus. © Studio Canal

Manuel Merlet