Le meeting du Zenith était la denière répétition générale avant la grande tournée des législatives qu'on n'annonce pas pour eux à guichets fermés. A deux doigts du split, Bertrand Delanoë, Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et François Hollande ont finalement hier accordé leur guitare. Et tenté le set de la rédemption. Socialism's not dead ?
DSK chahuté
Les socialistes ne craignent rien tant que la démobilisation d’un électorat passablement dépité par les querelles à la tête de l’appareil depuis le 06 mai. Dominique Strauss–Kahn, troisième intervenant de la soirée, a rappelé que la mise en échec du gouvernement Villepin sur le contrat première embauche (CPE) n’aurait pu se faire si la gauche n’avait pas eu un nombre conséquent de députés. Le député du Val d’Oise tentait un come back rédempteur après un solo catastrophique le 06 mai à 20H 02 (il avait alors entamé le procès de la direction du PS). Il n'a donc pas ménagé sa peine pour vanter les mérites de l’union et de l’affirmation des valeurs socialistes. Un court set en partie réussie : DSK a été hué par une partie des militants à son arrivée sur scène mais très applaudi à la sortie.
"La France de la rente"
Mais les socialistes ont aussi trouvé des arrangements qui donnent un peu d'ampleur à leur complainte en lo-fi, quelques prises pour faire une campagne plus axée sur le fond, la plupart d'entre elle tournant autour de la fiscalité.
Le bouclier fiscal à 50 % fut l’une de leur principales fenêtre de tir. « On ne peut pas réduire les impôts de 50 000 français et financer l’enseignement, la recherche, l’innovation, les services publics pour tous. Ce n'est pas vrai » a matraqué Bertrand Delanoë. « Le bouclier fiscal c’est pour quelques uns, les franchises de santé c’est pour tous », complètera Ségolène Royal (enchainant un beau riff : « la France de la rente qui n’est pas celle de la valeur travail". )
La franchise santé c’est LE sujet sensible pour le gouvernement. Après le désaveu public (certes vite rattrapé) du Haut commissaire aux inégalités Martin Hirsh, un sondage a montré récemment que 60 % des Français désapprouvaient la mise en place de ce que les socialistes ont tous appelé mardi soir une « taxe sur la santé ».
A charge pour l’économiste Dominique Strauss-Kahn de mathématiser l’incurie du président. « 10 € ne financeront que 600 millions d'un déficit qui est de 4 milliards. La franchise sera donc plutôt 70 € par Français et par an. Pour une famille de 4 personnes cela fait 280 €. Et j'ai dans ma circonscription des familles qui ne peuvent pas payer cette somme".
La révision prévue des droits de succession a aussi fait l'objet d'un tir nourri, tout comme la défiscalisation prévue des heures supplémentaires, "une aberration économique" selon Laurent Fabius, "le travail au noir légalisé'" selon François Hollande. Chaque intervenant la spéciale dédicace à l'un de ses amis, "comme l'a dit Laurent, comme l'expliquait Dominique etc..." Le meilleur moyen de remettre l'ambiance étant l'ode à Ségolène, refrain connu qu'on reprend pour s'attirer sans peine les faveurs du public.
Alors c'est qui la star ?
Un bon show c'est surtout une grande vedette et à l'applaudimètre, Ségolène Royal est sans conteste la star des militants. A la fin d'une intervention couverte en grande partie par les cris de soutien, l'ex candidate à la présidentielle a salué longtemps debout la tribune puis foule avant de se rasseoir au premier rang.
François Hollande, dont le discours fut moins musclé que crié a été lui aussi plébiscité par le public mais pas par ses pairs à l'exception de Bertrand Delanoë qui le regardera longuement dans les yeux à la fin de son hommage.
"Fabius a fait son temps je crois", lâche un militant en souriant. Applaudi avec mesure - vu la capacité d'enthousiasme des groupies - l'ex star des eighties a lui aussi marqué quelques points en saluant la nouvelle vague, "notre amie Ségolène". Laurent Fabius n'est finalement que des cadres, il a été écouté par cent personnes mais elle ont toute monté un groupe de rock, pour paraphraser ce qu'on disait du Velvet underground pour expliquer son incoyable influence.
Vedette d'un tour (de présidentielles), Ségolène Royal a sorti le single de l'année. La pérennité de sa carrière dépend en partie du prochain scrutin. Hier soir, le député Patrick Bloche a en revanche fait un bide, en reprenant "unplugged" une lettre de Lionel Jospin. L'ancien leader du groupe a été copieusement hué. Si le parti socialiste est loin d'être sur de sa nouvelle formation, cette page là au moins est définitivement tournée.

Reportage photos de Julien Foucher ( droits réservés)
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