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Mystique, musical, intense, Black Snake Moan livre sa complainte blues sans fausse note. Un étrange OVNI à la facture indé, hors genre et bien pensé. Bienvenue dans un coin paumé d’Amérique où cohabitent la musique, la nymphomanie et la foi.
Il a la soixantaine, il est Noir, sa femme vient de le quitter pour son frère cadet, il fait pousser des légumes autour de sa maisonnette isolée. Dans le temps, le blues ça le connaissait. Guitare, voix, et c’était parti pour la soirée. Il aurait tendance à boire un coup de trop mais fait attention à ne pas laisser exploser souffrance et violence mais essaye de s’en remettre à la foi. Elle a peut-être 25 ans, elle est Blanche, son seul amour vient de repartir pour l’armée. Abusée dans son enfance, elle souffre d’une nymphomanie avancée que tout le coin a constaté et dont pas mal ont profité. Entre Lazarus (Samuel L. Jackson) et Rae (Christina Ricci), la rencontre promet.
Un point de départ fort : la musique blues. Deux personnages touchants et bien interprétés. Et cette cohérence du thème, respectée de bout en bout. Souffrance, violence, désir, amour, tension. Tout ce qui habite le blues est dans ce film. Attendu, et donc sans surprise, le rapprochement des deux protagonistes fonctionne cependant à merveille. Si chaque profil psychologique est relativement évident, de leur confrontation naît quelque chose de plus. Une émotion ? Une curiosité ? Un attachement inattendu ? Sans doute un peu de tout ça, et avec, la satisfaction de voir à l’écran des êtres définitivement humains, dont les failles béantes font la force et l’intérêt.
Alléluia !
Chacun ses vices ici, personne n’est parfait. En contrepoids, le discours sur la rédemption et le pardon, truffé de références bibliques, pourrait gêner. Les péchés et le Seigneur sont partout, les démons des excès et de la tromperie s’opposent à la pureté de l’union bénie par les liens sacrés du mariage, les dérapages et la luxure doivent trouver le chemin vers la guérison. Cette omniprésente opposition du Bien et du Mal pourrait sembler réductrice. Elle illustre au contraire les tiraillements des personnages. In fine, le parti pris manichéen ne gêne jamais, d’autant qu’il figure les racines religieuses de la musique blues, en partie née du negro-spiritual. Cohérence du thème, encore une fois, dont la constance ne peut qu’être saluée.
Nul prosélytisme, par ailleurs. Juste une histoire qui vient des tripes, au cœur de laquelle les envolées lyriques, les prêches enflammés, occupent une place bien choisie. Par instant, La Nuit du chasseur n’est pas loin... Sans cette dimension mystique, Black Snake Moan tomberait sans doute à plat. Comme la musique blues, qui transcende la douleur, il devait prendre un peu de hauteur pour coller au sujet. Pari réussi. En soutien, une mise en scène plutôt classique, des cadrages simples et volontairement sans ambiguïté, laissent les comédiens œuvrer, les personnages prendre corps. Devant l’image à grain, presque salie, avec ce petit côté indé pas déplaisant, on se laisse aller sans peine, emporté par l’univers bien posé de ce film à la marge. Un drôle de petit OVNI.
Black Snake Moan
De Craig Brewer
Samuel L. Jackson, Christina Ricci, Justin Timberlake
Sortie en salles le 30 mai 2007

Illus. © Paramount Pictures France
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