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Tous les jeudis à 20h50 sur Canal+
Tueur en série à la perceuse électrique, mais aussi expert scientifique pour la police criminelle de Miami, Dexter cache depuis vingt ans sa double vie. L'arrivée soudaine d'un serial killer rival qui semble le connaître remet en cause son modus operandi.
Chaque épisode de Dexter débute par une succession de vignettes, gestes anodins d'un réveil sur une musique délicate au cours d'un générique en guise de signature. Un moustique, un bras, un œil ouvert, une main qui écrase le moustique. Son visage dans la glace, un rasoir, une goutte de sang dans l'évier. Un morceau de viande que l'on découpe, que l'on cuit et que l'on mâche, un œuf, du café, un couteau, une orange – sanguine, bien sûr –, du fil dentaire, une paire de chaussures un tee-shirt et derrière tous ces gestes rituels, Dexter.
Surveiller & Punir
Qui se cache derrière Dexter ? Un expert en tâche de sang de la police criminelle de Miami qui dissimule difficilement le serial killer qui le hante. Sans se chercher d'excuse, Dexter explique au gré d'une voix off linéaire et monocorde qu'il est vide depuis son enfance.
Orphelin, recueilli à trois ans par un père de famille policier à Miami, il se dit différent, singulier, dénué de ce qui fait l'humain : les émotions. Dexter cache cette absence en singeant ces sentiments qui lui sont étrangers. Pour assouvir ses pulsions de meurtres sans se mettre en danger, son père adoptif lui a inculqué un code de conduite, un mode opératoire. Dexter s'y tient à la lettre. Première règle : ne tuer que des gens qui l'ont mérité. Pédophiles, violeurs, assassins sont ses victimes. Deuxième règle : vérifier les faits. Troisième règle : ne pas laisser de trace. Tout va (presque) bien lorsqu'un serial killer arrive en ville et vient jouer avec Dexter et ses souvenirs familiaux. Ce nouveau criminel vide de leur sang et découpe des prostituées de Miami. Et laisse des traces de ses méfaits dans le superbe duplex de Dexter comme une petite poupée découpée en morceau qu'il retrouvera dans son congélateur. Commence alors une traque entre Dexter et son mystérieux alter ego.
Limites du anti-héros
Dexter serait-il aussi nauséabond que Paul Kersey (Charles Bronson) dans la série des Justiciers dans la Ville ? La réponse est ambiguë. Si la voix off ne venait éclairer les pensées de Dexter, il faudrait répondre “oui”. Mais en assumant son vide de soi, son absence d'empathie, son manque d'intérêt pour quiconque mis à part les tueurs, Dexter se dédouane d'être un justicier. Il est un tueur en série qui a dévié pour commettre ses méfaits sans risquer sa peau. Comme le dit son père adoptif, il est question pour Dexter de survie.
Intéressant encore, la manière dont il joue des rapports sociaux. Certains se laissent berner par son manège, d'autres perçoivent le malaise qui l'accompagne. Tout ceci est accentuée par une réalisation en extérieur, à Miami même. Les couleurs sont saturées, les ciels légèrement surexposés, et le montage nerveux. Chaque plan où Dexter apparaît au milieu d'une foule, tout rappelle son étrangeté, sa différence : caméra subjective avec ralenti, les gens qui s'écartent sur son passage, rituels de mise à mort filmés avec une symétrie parfaite du cadrage.
Il faut dire que derrière Dexter, outre un livre (Darkly Dreaming Dexter de Jeff Lindsay), il y a Michael Cuesta, le réalisateur de L.I.E. et Twelve and Holding qui officia également sur le plateau de Six Feet Under. Il a (re)trouvé avec Michael C. Hall, un impeccable Dexter qui parvient à se départir avec une aisance remarquable du rôle de fossoyeur de David Fisher.
Tout ceci mis à bout font de la première saison de Dexter une série efficace. Mais, en dépit de qualités indéniables, son petit malheur tient à la touche de rédemption, finement amenée mais bien réelle qui dessert tout un pan de la mythologie du personnage et dénature ce que raconte la voix off. Dexter devenant sympathique, la série n'assume pas l'étrangeté de son anti-héros.

Dexter
Série créée par James Manos Jr - réalisée par Michael Cuesta
Avec Michael C. Hall, Jennifer Carpenter
Diffusion US : Showtime
Diffusion France : le jeudi à 20h50 sur Canal+
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