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A grandes espérances, grandes déceptions. Après lui de Gaël Morel, avec sa star Catherine Deneuve, peut largement prétendre au titre de film français le plus académique de ce festival : approche ultra psychologisante, scènes dramatiques imposées et performances d’acteurs attendues : difficile d’être touché par un tel plaidoyer sans saveur pour le mélodrame made in France.
Après la mort de son fils, Camille (Catherine Deneuve) se prend d’une tendresse pour Franck, l’ami qui conduisait la voiture lors de l’accident mortel. Traitant de l’affection comme d’une infection, avec ses symptômes inquiétants, Après lui est avant tout un portrait de femme au bord du gouffre, offrant un rôle sur le fil du rasoir à sa star d’actrice, qui ne peut malheureusement pas toujours s’en sortir.
Il n’est pas innocent de retrouver ici Christophe Honoré au scénario, accompagnant Gaël Morel vers son sujet. Après la magie de Dans Paris, on retrouve ainsi dans certaines scènes cette façon dont le cinéaste ancrait son film dans le présent, l’instant pur et à la fois le souvenir, d’où la naissance d’un sentiment de réel inouï. Ainsi, dans la scène d’ouverture, inoubliable, lorsque les post ado Franck et le fils de Camille (Catherine Deneuve) s’amusent dans une chambre, se maquillent et s’habillent en femme, bataillent tendrement, puis lorsque Camille les découvre, éclate de rire et les aide à se maquiller, on retrouve toute cette vitalité et ce style qui mêle fulgurance et tendresse pour les personnages. Ce sont les 10 premières minute du film, et de loin les meilleures.
Le film ne tient ainsi pas plus longtemps cet état de grâce et, alors que le fils tant aimé trouve la mort dans un accident d’une voiture que Franck conduisait, Camille commence à nouer avec ce dernier une relation trouble et malsaine. On assiste alors au parcours trop bien tracé d’une démence naissante, alors que la souffrance envahit le personnage. Dès lors, tout personnage en dehors de Franck sera pour Camille un élément perturbateur, et pour le film, un second rôle inexistant. Quid des excellents Guy Marchand, Ellie Medeiros, Elodie Bouchez, cantonnés ici à des caméo sans grande importance ? L’échec d’Après lui, c’est celui d’un regard qui se concentre sur une psyché, mais qui se refuse pour autant à éliminer le contexte socio-culturel, nécessairement bourgeois, et s’enfonce dans une contradiction fatale. Filmé par Morel, le monde extérieur à Camille se résume à une succession de jeunes éphèbes aux limites du kitsch gay, que ce soit au café, dans la rue, dans la librairie… Perdue au milieu, Catherine Deneuve fait bien ce qu’elle peut, mais ne peut sauver des scènes bancales, comme lorsqu’elle fait la sortie du lycée pour draguer/marcher à côté d’un jeune homme, et lui offrir finalement une clope avant de s’enfuir.
La comparaison est triste et pourtant inévitable : là où Honoré trouve le rythme, le style et la profondeur, Morel reste irrémédiablement bloqué sur une surface, qu’il tente d’habiter par des effets sans reliefs et des scènes de mélodrame où toute la bravoure de ses acteurs ne peut évacuer totalement le ridicule.
Après lui
De Gaël Morel
Avec Catherine Deneuve, Thomas Dumerchez, Guy Marchand
Sortie en salles le 23 mai 2007
Présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes

Illus. © Philippe Quaisse
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