Après Barthes, Cocteau ou Hitchcock, le Centre Pompidou consacre une nouvelle exposition à un grand créateur du XXe siècle, resitué dans le champ artistique. La complexité de l'œuvre de Samuel Beckett est encore enrichie par cette confrontation avec l’art contemporain.
Beckett et l’art contemporain
Parmi elles, certaines peuvent paraître artificielles, comme la commande réalisée par Alain Fleischer sur le thème du livre et de l’écriture. D’autres sonnent juste, ainsi les nombreuses références à Bruce Nauman. L’artiste remet en question, dans ses œuvres vidéo où il se met en scène, la perception du temps et de l’espace : ainsi dans Boucing in the Corner 1 and 2 (Upside Down) (1969), l’absence de repère physique et mental fait écho très justement avec la mise en scène beckettienne, hors du temps et dans un espace non-humain. L’œuvre télévisuelle Quad, écrite par Beckett, entretient des rapports étroits avec le minimalisme vidéo : annihilées, les figures humaines, formes non signifiantes dans un espace arbitraire, se croisent sans se toucher dans une danse absurde. Joueur d’échecs impénitent, comme Marcel Duchamp avec lequel il partage le goût de la dérision, voire du dérisoire, Beckett est obsédé par le cube de la scène de théâtre, par l’enfermement dans un espace abstrait. Cette notion est mise en relation avec l’art minimal de Sol LeWitt, Robert Motherwell[/people] ou [people_restrictif]Sean Scully, qui semblent répondre à cette phrase d’Innommable : « Va donc pour la monotonie, c’est plus stimulant »…
La section intitulée « Noir » est également très pertinente. S’amenuisant, la parole atteint peu à peu le silence, illustré par le dessin Silenzio, de Claudio Parmiggiani. Auparavant, on s’est contenté de chuchoter les mots, à défaut de rendre le texte intelligible : le Triptyque lumière (1970-1971) de Geneviève Asse, amie de Samuel Beckett, est une peinture chuchotée, où la lumière garde un souvenir léger des formes, pour frôler l’abstraction. Le chuchotement inaudible est aussi le sujet du court-métrage d’Anthony Minghella, Play (Comédie), d’après l’œuvre de Beckett : comme Winnie dans Oh les beaux jours, on ne voit que la tête des trois personnages dans des jarres.
Pour beaucoup, la grande découverte sera cependant la vision de Film, tourné en 1966 avec Buster Keaton. Ce court-métrage muet rend un hommage magnifique à l’immense acteur Keaton, et aborde en même temps les thèmes essentiels de l’œuvre de Beckett : solitude, absurdité des gestes et des actions, espace clos et hors du temps, ambiguïté de la perception. O est traqué par Oe, l’œil, qui est aussi le sien. S’inspirant de l’affirmation de Berkeley, « Être, c’est être perçu », Beckett renverse la formule et montre, par l’obsession de son personnage à ne pas être vu, l’angoisse d’être… Le conflit psychologique, au cœur de l’œuvre de Beckett, trouve ici sa parfaite expression.
Exposition « Samuel Beckett»
A Beaubourg jusqu’au 25 juin 2007
Illustrations :
- 01. Samuel Beckett pendant une répétition de En attendant Godot, 1961 © photo Roger Pic. © Département des Arts du Spectacle. Bibliothèque nationale de France
- 02. Samuel Beckett pendant le tournage de Film, New York, 1964 © I.C Rapoport
- 03. Samuel Beckett, Quad, 1981
Pièce pour la télévision, vidéo, couleur, sonore, 15’ © Centre Pompidou, Paris, 2007 © The Estate of Samuel Beckett 30 – 31

Sur le web
Sur le Web :
- le site du Festival Paris Beckett 2006
- le site du Centre Pompidou
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