Au musée du quai Branly
Le musée du quai Branly présente plus d’une centaine d’objets en provenance de l’île mélanésienne de Nouvelle-Irlande, dans le Pacifique Sud. André Breton, fasciné par l’art océanien, ne s’y trompait pas lorsqu’il qualifiait celui-ci d’« art magique ».
Située au nord-est de la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Irlande et les îlots qui l’entourent ne comptent aujourd’hui que 120 000 habitants, mais environ quarante-cinq langues et dialectes. A cette formidable variété linguistique correspondent des dizaines de micro-cultures disséminées du nord au sud de l’île, et qui chacune possède son expression plastique propre. Le système culturel le plus connu est le « Malagan » : d’une grande complexité sémiotique et plastique, les objets malagan se caractérisent par un enchevêtrement de formes et de significations, qui fascina d’abord les artistes expressionnistes (notamment Emil Nolde), puis les surréalistes, qui y virent l’expression d’un art délivré de toute référence à l’imitation, et parlant directement aux sens.
En préparation à cette exposition, ses deux principaux commissaires, Michael Gunn, du Saint Louis Art Museum, et Philippe Peltier, du quai Branly , sont partis en expédition en Nouvelle-Irlande pour tenter d’en démêler l’inextricable réseau de systèmes de pensée, et d’en enrichir le contexte. Longtemps apprécié pour sa seule beauté formelle, l’art néo-irlandais mérite que l’on s’attache à ses multiples significations. En effet, chaque objet a une fonction, et chaque élément de l’objet a un sens. Tous les matériaux sont utilisés, sans que le hasard y tienne place : bois, calcaire, mais aussi feuilles, plumes, coquillages, lichens, algues, écorce. Ainsi, la présence envoûtante des masques malagan tient à l’utilisation d’opercules de coquillage tachés de noir sur fond blanc, qui donnent aux sculptures un regard fixe étrangement vivant.
Evoquant parfois l’art brut, l’art néo-irlandais est fait pour surprendre le spectateur. Dans le sud de l’île, ce sont les masques sacrés tubuan en feuilles de bananier, qui, apparaissant lors de rituels de fertilité, puis détruits à l’issue des rituels, ne sont visibles ici que grâce à une séquence filmée. Au nord, les magnifiques statues uli, auxquelles André Breton consacra une ode ( « Uli, pour sûr, tu es un grand dieu, Jacques Chirac de l’Elysée, reconnaissons-lui ce geste d’ouverture important. Nouvelle-Irlande. Arts du Pacifique Sud
Paris, musée du quai Branly (jusqu’au 8 juillet 2007)
Berlin, Ethnologisches Museum (10 août – 11 novembre 2007)
Précédemment au Saint Louis Art Museum (15 octobre 2006 – 7 janvier 2007)
Sur le web
- le site du musée du quai Branly
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