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Les guignols du ballon rond

Interview de Julien Hervé


Les guignols du ballon rond


Julien Hervé auteur des guignols parle de football

Avec le jeune 100% Foot, l'émission de M6 tenue par Mme Domenech, et dans une très moindre mesure Télé Foot (selon les années), la scène des Guignols de l'Info est et a toujours été l'une des tribunes les plus critiques et analytiques du football français. Certains personnages tels que Jean-Pierre Papin ou Eric Cantona auront même réussi, grâce à cette exposition populaire, et à leurs exploits sportifs (tout de même), à entrer durablement dans le cœur des français et à doubler leurs collègues politiques.


- Vos impressions sur le forum Guignols de l'info

Derrière les marionnettes, les Guignols proposent souvent, par delà la satire, une critique plutôt pointue du football hexagonal. Déboires du PSG, travers des bleus, irruption de nouveaux héros (Ribéry étant le dernier en date) et décryptage de la langue de bois propre au sport roi, les Guignols ne parlent pas football que pour nous amuser.

Julien Hervé, auteur des Guignols de l'Info depuis 1999 avec Lionel Dutemple, Ahmed Hamidi et le plus exposé Bruno Gaccio, revient pour Fluctuat sur cette place du football dans le JT quotidien du second PPD. Footballeur assidu et avant-centre percutant, Julien Hervé, ancien élève de Sciences-Po, a la particularité d'avoir mouillé le maillot plusieurs années avec son intervieweur, d'où cet échange au ton très libre.

"Je ne pourrais même pas te dire qui est derrière Lyon.
Tout ce que je sais, c’est que le FC Nantes joue sa survie et que je les soutiens du mieux que je peux, c’est à dire sans les regarder jouer sinon je les détesterais"

Les gens se demandent parfois pourquoi il y a autant de foot dans les Guignols ? Pourquoi on parle autant du PSG. Tu peux nous éclairer ? Du foot à la télé, ça n'est pas qu'aux Guignols, loin de là. Partout, tout le temps, c'est l'overdose. Je dois être honnête avec toi, j'en ai marre. Je ne regarde plus la ligue 1, à part les matchs de Lyon, éventuellement et la Ligue des champions ne m'intéresse pas avant les quarts. Je trouve qu'on voit trop de foot, qu'on en parle trop et mal, alors je sature et je fais autre chose, comme jouer au foot, parce que ça, c'est inépuisable. En ce qui concerne le PSG, on aimerait bien en parler moins, mais c'est impossible, il faudrait pour cela qu'ils gagnent des matchs et qu'ils jouent, et apparemment, ils ne savent pas faire ça. Je vais finir par croire à la légende qui dit que le Parc des Princes a été construit sur un ancien cimetière indien, ce qui expliquerait, de manière surnaturelle, mais je crois qu'on en est là avec le PSG, tous les déboires du club de la capitale...

A titre personnel, quelle est ton implication dans les personnages footballeurs ? (rappelons que tu es un avant-centre émérite) Quel est ton préféré ? Celui que tu ou vous avez hésité à lancer et qui n'a pas eu sa marionnette ?
Je n'ai pas plus d'implication que les autres dans les footballeurs, même si j'y prends du plaisir. J'adore Barthez, qui a été un super personnage, avec une super voix. Zidane est à l'image du vrai, il parle peu et on l'utilise peu. [people_restrictif=Marcel Desailly ]Desailly est magnifique, puisqu'il ne parle que de lui. Et Trezeguet, pour lequel j'ai insisté, parce qu'il parlait mieux la langue de Maradona que celle de Molière et que ça me faisait marrer. Il commence toutes ses phrases par : "On a démontré d'une qualité, on a démontré d'une volonté et qué lé coach l'a appélé David Trézéguet, que cé tré positchif..." Voilà, moi ça me fait rire, mais la voix n'était pas satisfaisante et on a un peu abandonné le personnage.

Il y a moins d'autres sportifs depuis quelques années. On a eu Virenque, Prost à une certaine époque, Tony Parker fait un malheur, il y a aussi un peu de rugby... mais le football se taille la part du lion. Comment tu expliques aujourd'hui cette domination du footeux ?
On est juste le reflet de la société française et malheureusement, il n'y en a que pour le foot partout à la télévision, donc on suit le mouvement. Ensuite, les sportifs français du niveau de [people_restrictif=alain prost]Prost (je parle en terme de notoriété), il y en a assez peu, donc on est aussi dépendants de cela. Ensuite, cela dépend de notre faculté à réussir un personnage. Comme je te le disais plus haut, on a raté Trezeguet, mais aussi [people_restrictif]David Douillet...

Est-ce que vous allez parler moins du PSG maintenant qu'il n'appartient plus à Canal + ? Est-ce que vous en parlerez toujours autant parce que vous êtes, pour certains, des supporters perpétuellement déçus ?
Le fait que le PSG n'appartienne plus à Canal ne change rien. Le PSG fait partie des guignols. Pour être honnête, à chaque début d'année, nous faisons le vœu, voire la promesse de ne pas parler du PSG. Mais chaque année, ils nous y obligent. Nous ne sommes pas des supporters déçus, nous n'avons jamais réellement supporté le PSG, même s'il a eu des bons moments, sûrement, à un moment ...

Ribéry est génial, même si en tant que mec du Nord, je suis scandalisé ! A quel moment avez-vous décidé d'introduire son personnage ? Est-ce que c'est un personnage, compte tenu de son âge, que vous voyez bien durer 10 ans et devenir légendaire ?
On ne se pose pas la question en terme de postérité, sinon on n'engagerait aucune nouvelle marionnette. Mais Ribéry s'est imposé de lui même, de part son parcours original, sa façon de s'exprimer bien à lui... encore une fois, l'idée n'est pas de se moquer de lui, mais de se marrer avec lui. Après, si on trouve le ton juste, la voix juste, peut-être qu'on tient notre nouveau Papin, qui sait ?

Zidane consultant, ça annonce une vraie série et une évolution du personnage ? Vous allez le faire parler ou pas ? Est-ce que vous travaillez l'évolution d'un Guignol comme on peut travailler un personnage en BD ou en littérature, avec des changements de comportement, une maturation.
Disons que sa situation évolue, mais si tu regardes bien, le personnage ne change pas radicalement, ce qui est de toute façon assez rare. Bayrou est peut-être le seul exemple, même si radical est un adjectif rarement accolé au mot centrisme, mais il est vrai qu'il a évolué et est un peu moins "neuneu". Mais revenons à Zizou, je ne sais pas si ça annonce une série, mais ce qui nous fait rire, c'est l'opposition entre Jacquet et lui : Zidane n'est pas habitué au ‘parler' Canal, où il faut quand même vendre le foot et ça nous fait marrer que lui trouve ça juste nul alors qu'Aimé s'emballe pour un simple contrôle réussi. On verra où ça nous mène, mais ça fait un peu vivre Zidane, un personnage étrangement absent des Guignols...

Vous ne parlez pas de Lyon. Comment ça se fait ? Ils sont trop chiants ou vous n'avez pas encore trouvé un angle satisfaisant ? Idem avec Santini et Guy Roux qui ont disparu. Vous snobez l'Auxerrois ou quoi ?
On n'a personne pour incarner l'OL, Aulas n'a pas sa marionnette, ça lui ferait trop plaisir. Et puis à part dire qu'ils gagnent des matchs, je vois pas ce qu'on pourrait faire : comme tu le sais à la télé, on ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure...

A titre personnel, comment tu analyses la saison en cours ? Le côté chiant de la L1, est-ce une opinion que tu partages complètement en tant que spectateur de notre championnat ou est-ce une position "comique" des Guignols ?
C'est une position comique qui fonctionne, puisque Lyon écrase tout sur son passage. Mais pour reprendre ce que je te disais plus haut, je suis globalement ennuyé par le foot à la télé : overdose. Je préfère et de loin jouer le week-end tant que je le peux encore. Je ne pourrais même pas te dire qui est derrière Lyon. Tout ce que je sais, c'est que le FC Nantes joue sa survie et que je les soutiens du mieux que je peux, c'est à dire sans les regarder jouer sinon je les détesterais, je crois... En tout cas, j'espère qu'ils vont se maintenir.

Tu joues chaque weekend en amateurs en Ile-de-France. Quel plaisir tu continues d'en retirer, à part celui de planter but sur but ?
Le foot, c'est ma madeleine de Proust. Quand tu entres sur un terrain, tu as dix ans et t'es entouré des tes potes pour aller marquer des buts. Voilà ce qui me fait tenir ! J'ai joué au foot en club de 6 à 13 ans et la veille des matchs, je ne dormais pas la nuit tellement j'avais envie de jouer. Ensuite, j'ai arrêté jusqu'à ce que j'arrive à Paris, j'avais 21 ans. Pendant toutes ces années sans jouer en club, j'ai été frustré : j'ai joué avec des boîtes de conserve, avec des balles faites de rouleau de scotch et de papier, j'ai pris des bancs pour des buts, des pulls à col roulé pour des poteaux et la cour en béton de l'école pour la pelouse du stade de France. Cela a certes développé mon imagination, mais aujourd'hui encore, je suis épaté d'arriver le samedi matin, avec treize potes habillés comme moi, tous chaussés de vraies chaussures de foot et de trouver face à nous onze autres types, eux aussi habillés à l'identique, avec un vrai ballon gonflé, des buts avec des filets et un arbitre ! C'est ça qui me fait tenir : le foot m'étonne encore ! Comme l'a si bien dit Bob Marley : "Football is life, football is everything". Pas mieux.

Tu as quoi comme chaussures de foot en ce moment ? Quelle marque ? Quel modèle ? Tu essaies toujours d'enlever tes protège-tibias quand tu peux ?
J'essaie de jouer au maximum sans protège, je ne m'y ferai jamais... Pour les chaussures, j'ai des Nike stabilisées toutes simples pour la plupart des matchs. Et pour les matchs de gala, j'ai une paire de Copa Mundial. Nostalgie, toujours...

Entretien réalisé en novembre 2006 par Benjamin Berton

Edouard Orozco