Au musée de la mode et du textile, 80 silhouettes retracent les dix ans de fructueuse collaboration entre la chorégraphe Régine Chopinot et le créateur de mode Jean-Paul Gaultier. Chacun emblématique, dans son domaine, d’une génération frondeuse et inventive, à l’imagination débridée et au style plein d’humour, qui se réjouissait de brouiller les pistes et de jouer la provocation esthétique.

Deux alter-ego. Deux visages androgynes. Lui, cheveux blonds platine, coupe en brosse, face objectif. Elle, cheveux noirs, même coupe en brosse, de profil. Le cliché a une vingtaine d’années. Gaultier-Chopinot, c’est une longue histoire, une collaboration harmonieuse et fructueuse, entre deux enfants terribles de la mode et de la danse, remettant en cause, chacun à son échelle, les lois du genre. Une collaboration au long cours, qui culmina avec l’emblématique Défilé, en 1985, création singulière pour 16 danseurs, comédiens et mannequins. Un défilé qui était un spectacle en soi, modèle d’humour, de dérision et de détournement du sens des choses.
Lui dit d’elle : « En rencontrant Régine, j’ai eu la révélation que la danse pouvait aussi parler le langage de notre époque.» Elle, évoque son « caractère visionnaire » et dit : « Jean-Paul fait des croquis, moi des caricatures ». Pendant treize ans, ces deux-là ont cheminé ensemble. Il a créé pour elle et ses danseurs des costumes extrêmes, des accessoires géants, des robes entravées. Autant d’éléments contraignant le mouvement et dictant une autre façon de bouger, conditionnant une autre écriture chorégraphique.

328 pièces restaurées
De Délices en 1983 à Soli-Bach en 1994, en passant par Rossignol, Ana, A la Rochelle il n’y a pas que des pucelles ou Les Rats, Gaultier a été de toutes les aventures du Ballet –12 pièces au total- grossissant le trait avec bonheur, ne craignant pas le ridicule ni l’extravagance ou l’insolence. Régine Chopinot et le Ballet Atlantique/ centre chorégraphique national de la Rochelle ont sorti de leurs vieilles malles tenues et accessoires créés par JPG à l’époque et les ont donnés au Musée des arts décoratifs. Ils ont été nettoyés, restaurés, et occupent, pour l’heure, avant de rejoindre les collections, deux étages du très beau lieu. Scénographie signée de la compagnie 14 :20, jeux de lumière subtils, décor épuré en verre, noir et blanc, pour laisser toute sa place à la folie des costumes.
Tout au long du parcours, sur 80 silhouettes, on découvre donc 328 vêtements et accessoires : culottes bouffantes et cagoules grenouillères, tutus en rouge et noirs et pulls marins détournés, slips kangouroux et tenues de boxe chorégraphique. Une explosion de couleurs et matières, entre franges, tulle, maille, jersey et dentelles.
Un univers farfelu, enchanté ou angoissant par instants, celui-là même dont les pièces portent l’empreinte. A chaque série de costumes, on revoit, sur écran, les vidéos des spectacles : les vêtements, ici immobiles entrent en mouvement, captivant.

Jean-Paul Gaultier / Régine Chopinot, Le Défilé aux Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli jusqu’au 23 septembre.

Photos (de haut en bas) :
- Portrait de Jean Paul Gaultier / Régine Chopinot, Le défilé, 1985 ; Copyright Jean-François Bauret
- Tenue de danseuse portée par Michèle Prélonge, body en maille et tulle. Le Défilé passage « les puzzles », 1985, – Les Arts Décoratifs, musée de la Mode et du Textile, 2006 Copyright Jean Tholance
- Ballet Le Défilé, 1985 ; Copyright Jules

Nedjma Van Egmond




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