La réussite arrive, le monde se divise en deux catégories : ceux qui supportent et ceux qui ne supportent pas la voix de Björk. Par malheur, certains ont du mal à se positionner dans cette bipolarité admiration/répulsion. En 1996, un fan lui envoie un colis piégé et se suicide, ce qui provoquera l’envol de l’Islandaise traumatisée pour l’Espagne.
Après un recueil de remixes inégal (Telegram, clôture de la trilogie londonienne) qui capitalisera finalement assez peu sur le succès de Debut et Post, l’expatriée s’atelle à la réalisation d’Homogenic (1997), largement plus personnel, tant pour le style musical que pour les paroles. La diva vire plus profondément encore électro : les beats, qu’elle compare avec candeur aux craquements telluriques de sa terre natale, ébranlent nos soundsystems qui n’avaient pas vu venir une telle décharge dans un effort pop. De ponctuelles, les orchestrations deviennent incontournables et sophistiquées ; ses chansons post-modernes mêlent avec goût Arvo Pärt à Autechre. La sensation d’homogénéité - toujours le sens du titre ! - relativement nouvelle, va traverser les albums suivants en grandissant.
Sorti en 2001, Vespertine est un album mature et monotone… pris dans le sens positif du terme. Porté par un chœur islandais, un orchestre omniprésent et des programmations plus organiques et moins crâneuses, ce superdisque est à ce jour le plus ambitieux de Björk : pas moins d’une demi-douzaine de producteurs, dont Opiate, Matmos, Matthew Herbert ou Marius de Vries, se succèdent pour accoucher du pharaonique projet. De loin le plus doux et le plus accessible de la discographie, c’est aussi paradoxalement celui que j’ai mis le plus de temps à apprécier. En 2004, Medulla se concentre quasi exclusivement sur la voix humaine, que ce soit avec un chœur, par la présence de solistes superstar (Robert Wyatt, Mike Patton, Rhazel)… ou avec son propre organe. Malgré l’austérité que laisse supposer un dispositif centré autour des vocaux, Medulla maintient une grande proximité avec l’esprit de Vespertine.
En s’affranchissant du trip hop moribond ou de l’electronica obscure de Warp, le "son Björk" confirme l’estime critique et conquiert dans même temps les auditeurs du monde entier ; l’underground des sonorités cohabite exceptionnellement avec les ventes faramineuses. Pourtant, les rapports que Björk entretient avec l’industrie culturelle de masse ne sont pas toujours idylliques. Alors que le clip du premier single de Vespertine, "Hidden Place", est largement diffusé sur MTV2, les deux vidéos suivantes, au contenu explicite, choque les responsables d’antenne pudibonds. L’Islandaise se dévergonde, apparaît percée aux tétons, montre des images trafiquées de rapports sexuels. Résultat : "Pagan Poetry" se verra partiellement censuré. Puis le fil se rompt pour "Cocoon" : les tétons de Björk, décidemment à l’honneur, sécrètent une sorte de fil rouge qui recrée le fameux cocon évoqué dans les paroles. La vidéo ne sera pas diffusée par MTV.

Illus. 2 : Pochette de Vespertine
Illus. 3 : Extrait du clip de "Cocoon"
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