Mise en scène Didier Bezace - Au Théâtre de la Commune
Didier Bezace clôture en beauté une saison du Théâtre de la Commune placée sous le signe des mères. A Ariane Ascaride, mère rebelle et fougueuse, succède Geneviève Mnich, superbe May. Epouse modèle, mère et grand-mère sans histoire, à la révolte sourde et subtile mais finalement tout aussi forte.
May, en anglais, évoque le possible. Pas étonnant alors qu’au titre original de l’œuvre The mother, Didier Bezace ait préféré le prénom de son héroïne, May. Plutôt que le destin en apparence tout tracé et étroit qui s’offre à elle, plutôt qu’un horizon bouché, cette mère de famille tout ce qu’il y a de plus normale va choisir les chemins de traverse, les sorties de route, la découverte. L’envie et le plaisir. « May est la plus moderne d’entre toutes les mamans (…) qui fait un parcours scandaleux au regard du rôle qu’elle même et la société lui assignent » , écrit le metteur en scène.
Ça ne commençait pourtant pas bien. Dans un appartement étriqué, dans son manteau étriqué, assise sur un fauteuil, May attend un taxi avec son mari, Toots. Direction Londres en visite chez son fils. Ça perce, ça ponce, ça fait un vacarme de tous les diables. Appartement en chantier. Le fiston lui dit tout juste bonjour, tout comme la belle-fille, tandis que la petite-fille interroge « C’est qui les deux vieux ? ». Veuve très vite, May ne se résout pas à devenir comme toutes les autres veuves de son quartier. La voilà donc qui encombre son fils puis sa fille d’une présence silencieuse, elle qui semble toujours partie dans ses pensées, mais d’un regard plein d’acuité. Comme elle bouscule leurs existences menées tambour battant et en fait solitaires, elle bouscule peu à peu la sienne. En se réjouissant d’une pizza et d’une bière avalées sur un coin de banc face à la Tamise. En évoquant, dans un atelier d’expression orale, ses souvenirs de mère excédée. En s’entichant de l’amant de sa fille. En refusant, surtout l’inéluctable. « Je crois que je ne me sens pas prête à devenir vieille », lâche-t-elle à un sexagénaire qui la courtise et lui propose de partager son coin de pavillon et ses collections de porcelaine !
Il y a de l’humour et du désespoir dans le texte d’Hanif Kureishi – romancier et scénariste anglo-pakistanais, auteur notamment d’Intimité et de My beautiful laundrette. Ce qui était un scénario est devenu une pièce, via la traduction de Dyssia Loubatière et l’adaptation de Didier Bezace. Et il en livre précisément une lecture cinématographique et pleine de douceur. De vastes panneaux en mouvement permanent, très lent, minutieux, figurent les différents décors et l’espace mental de May. Parfois les différents lieux se rejoignent, en harmonie, pendant que, défilent sur eux des images, un ciel nuageux, un oiseau qui prend son envol, comme notre héroïne, sur les notes délicates de Laurent Caillon et Teddy Lasry.
En tête d’une distribution de haute volée, Geneviève Mnich est vibrante. On n’oubliera pas non plus Patrick Catalifo en maçon bourru et paumé, épris de la peinture d’Hogarth et féru de photographie et Lisa Schuster, fille indigne, artiste en proie au doute, exaspérée et exaspérante, qui n’aspire qu’à une chose : être aimée.
Comme tous les autres.
May d'Hanif Kureishi
Mise en scène de Didier Bezace
Jusqu’au 3 juin, Théâtre de la Commune, Aubervilliers. 01 48 33 16 16.

[illustrations : Photo et affiche du spectacle May, DR]
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