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Pascin, peintre des Années folles

Douleur et volupté


Pascin, peintre des Années folles


Exposition « Pascin, Le Magicien du réel » au Musée Maillol jusqu'au 4 juin 2007

Admiré par l’auteur de BD Joann Sfar pour son trait mordant, Jules Pascin, chantre de la beauté féminine, fut l’un de ces peintres tourmentés des sulfureuses Années folles. Le musée Maillol lui rend hommage.

La bohème dorée
Héritier de Toulouse-Lautrec, d’Egon Schiele, mais aussi de Rodin dessinateur, Jules Pascin (1885-1930), d’origine bulgare, fait partie de ces artistes qui, par leurs œuvres, contribuent au début du XXe siècle à échafauder la légende d’un âge doré, celui de la première libération sexuelle et, par leur vie même, établissent le mythe de l’artiste d’avant-garde dont les mauvaises fréquentations et l’audace plastique le placent hors système.

Comme nombre d’artistes européens du début du XXe siècle, Pascin, de son vrai nom Julius Mordecai Pincas, papillonne autour des grandes capitales artistiques européennes, avant de s’établir définitivement à Paris. A Budapest, Munich, Vienne, puis Berlin, Pascin suit les cours de diverses académies, et gagne sa vie comme illustrateur pour des journaux satiriques, notamment l’audacieux Simplicissimus publié à Munich. Lié aux expressionnistes allemands, ami de George Grosz, Pascin est fortement impressionné par les fauves que mène Matisse, et va, au contact des peintres français, adoucir son trait et éclaircir sa palette. Homme au caractère ténébreux, il vit la bohème à Montparnasse et à Montmartre, avant de s’exiler aux Etats-Unis pendant la Première Guerre mondiale : là il rencontre le photographe et galeriste Alfred Stieglitz , qui va lui permettre d’exposer à New York. De retour à Paris après la guerre, Pascin mène une folle vie de fêtes, de banquets et de voyages. Pourtant son art est de plus en plus distancié, sa santé décline, et, en juin 1930, Pascin s’ouvre les veines.

Tendresse et cruauté
Les œuvres visibles au musée Maillol rendent compte de cette vie trépidante, et de cette urgence que ressentent les artistes de l’entre-deux-guerres à saisir dans les visages et les corps une joie dont on sait qu’elle ne sera que passagère. Pascin emprunte divers traits caractéristiques à plusieurs de ses contemporains, mais réussit à en extraire un style qui lui est propre. A la manière de Rodin ou de Schiele, le peintre capte avec rapidité et sans hésitation les contours troubles de ses modèles, filles de joie ou grandes bourgeoises. De Toulouse-Lautrec, il conserve le mélange de cruauté et de tendresse envers la gent féminine et les couches populaires. Son trait de caricaturiste, visible dans de nombreuses scènes d’orgie, doit beaucoup à l’expressionnisme allemand du Brücke ; sa peinture, hachée, anguleuse, aux couleurs vaporeuses, mêle audacieusement fauvisme et cubisme. La toile La Toilette (1911-1912), vedette de l’exposition, évoque largement Degas ou Vuillard, par le thème de l’incommunicabilité des êtres. Dans les œuvres de Pascin comme dans sa vie, douleur et volupté se confondent.

Illustrations (de haut en bas) :
Nu assis au chien, 1913 ; Huile sur toile, 53 x 53 cm ; Collection particulière
La Toilette, 1911-1912 ; Huile sur carton, 59 x 40 cm ; Collection particulière
Présentation, 1905 ; Encre, gouache et lavis sur papier, 19 x 34 cm ; Plume et lavis sur papier ; Collection particulière ; Cliché Boris Veignant

Magali Lesauvage