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Du 16 au 27 mai 2007
Fidèle à sa ligne éditoriale qui nous avait valu la présentation de films tels que Calvaire ou Destricted par le passé, La Semaine de la Critique joue une fois encore la carte de l’extrême. Cinéastes inconnus, premiers films, sujets trash, le scandale pourrait bien venir de là. Radioscopie d’une sélection, avant de voir les films dans leur contexte cannois.
Il n’y a qu’à regarder les films français sélectionnés cette année par la Semaine de la Critique pour comprendre : les cinéphiles en quête de sensations fortes seront ici les bienvenus.
Ça commence avec une ouverture qui sent un peu le coup monté.
Héros de Bruno Merle est ainsi le premier film « dramatique » de Michael Youn, qui campe ici un comique raté, qui décide de séquestrer une star pour soulager sa peine. Ambiance glauque et performance d’acteurs attendues au tournant, une promesse à double tranchant.
Voleurs de chevaux de Misha Wald, en compétition, nous promet un souffle épique, une histoire de vengeance et Grégoire Colin en cosaque énervé. Située en 1856, cette fable historique et franco-belge a de quoi intriguer. Ce qui n’est pas vraiment le cas de Nos Retrouvailles, de David Oelhoffen, où un père et son fils se redécouvrent après de longues années et décident d’ouvrir ensemble un bar de nuit. Sachant que les scènes de nightclub font partie des points noirs du cinéma français, le film part avec un certain handicap…
Le gros coup de fouet francophone est attendu en séance spéciale avec A l’Intérieur de Julien Maury et Alexandre Bustillo, huis clos ultra-violent et volontiers gore où une Béatrice Dalle particulièrement énervée s’en prend par tous les moyens possibles à une jeune femme enceinte de 9 mois… pour lui prendre son enfant. Un film, dont l’accroche n’est rien moins que « ouvre-moi ta porte que je t’ouvre le ventre », qui devrait nous rappeler à toutes les vertus d’une bonne péridurale, et à tous que Dalle est bien notre actrice la plus téméraire. Et c’est pour ça qu’on l’aime.
Présidé cette année par le charmant Gael Garcia Bernal, La Semaine présentera son premier long métrage en tant que réalisateur, Deficit. Tourné au Mexique avec une équipe entièrement du cru, ce film suit une journée d’un fils de la haute bourgeoisie, dans une ambiance qui sent la fin de règne d’une certaine impunité des milieux corrompus. Une belle trouvaille en perspective… au milieu du raz-de-marée hispano-sud américain qui caractérise cette sélection. Président oblige, deux autres films mexicains seront présentés : Parpados Azules de Ernesto Contreras, une comédie sentimentale et amère, semble-t-il et les Mauvaises habitudes de Simon Bross, où les troubles familiaux sont vus au travers des différentes névroses alimentaires. On demande à voir…
Le « Coup de cœur » de la Semaine est, tient donc, argentin, avec El Asaltante de Pablo Fendrik, film tourné quasiment en temps réel, et la compétition recèle un autre compatriote, XXY de Lucia Puenzo, une histoire d’adolescence et de lourd secret, qui si l’on suit le titre, devrait tourner autour de l’identité sexuelle. Ajoutez à cela une touche de Brésil – la Vois Lactée de Lina Chamie – et un soupçon de terreur à l’espagnole – l’Orphelinat de Juan Antonio Bayona – produit par Guillermo Del Toro tout de même, et vous obtenez une sélection particulièrement hispanophiles et sud américaine.
Du coup, le reste du monde se résume à un film japonais farfelu, FUNUKE, Show me some love, you losers de Daihachi Yoshida, un drame sentimental américain, Expired de Cecilia Miniucchi, et Les Méduses de Etgar Keret & Shira Geffen, destins croisés de femmes aujourd’hui à Tel-Aviv. On le voit, les genres et styles de cinéma abordés sont très variés : du film concept en temps réel au drame plus classique en passant par les films d’horreur, très souvent des premiers films, cette Semaine de la Critique affirme la pluralité des voix, la découverte de nouveaux talents et l’éclectisme comme ligne de conduite. On suivra tout cela de près, à Cannes.
Illus. 1 : Héros, de Bruno Merle
Illus. 2 : Deficit, de Gael Garcia Bernal
Illus. 3 : A l'Intérieur, de Julien Maury et Alexandre Bustillo