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Mélodrame faussement provocateur, Irina Palm est un petit conte sans grande envergure dont la morale pourrait être : « Cancer du matin, chagrin ; Branlette du soir, espoir ». Si la bonne idée consistant à placer une grand-mère dans un sex-shop s’avère mal exploitée, la performance de Marianne Faithfull, inexpressive au possible, n’aide pas à sauver ce film attendu.
Maggie est une grand-mère toute simple. Gentille et généreuse, elle a vendu sa maison pour payer les soins de son petit fils. Alors, quand le médecin annonce que la maladie s’aggrave et qu’un départ pour l’Australie, où il existe un traitement adapté, peut le sauver, super-mamy se met en tête de rapporter l’argent nécessaire.
Un grain un peu sale et les couleurs passées d’une brique de banlieue modeste plantent un décor, vu et revu, typique d’un certain cinéma britannique. S’inscrivant dans cette veine du réalisme social « so british », le film de Sam Garbarski n’en atteint jamais ni l’intensité, ni la justesse de ton permettant la naissance d’une émotion. Au contraire, il nous laisse avec le sentiment que son film ne contient qu’une seule bonne idée (une grand-mère masturbatrice dans un sex-shop) mal exploitée. Aucun des thèmes annexes (difficulté à trouver un emploi après 50 ans, solitude, valorisation apportée par le « travail bien accompli », misère sexuelle…etc.) susceptibles d’enrichir le récit n’est développé.
Pour couronner le tout, l’utilisation de la musique de « Ghizu », répétition obsessionnelle et peu nuancée des accords d’une guitare rock saturée, agace. Elle est même horripilante quand elle accompagne la marche triste, et au ralenti, de Marianne Faithfull dans l’intention de souligner, tout en délicatesse, le poids de la fatalité qui lui colle aux basques.
Le culbuto Faithfull
Tout ça est à l’image de Maggie : un peu trop lourd. Ronde, elle ressemble à ces culbutos dont la base lestée les ramène toujours à leur position initiale, sans risque de chute. Aussi agaçante que ces jouets incompréhensibles et butés, notre veuve poignet revient toujours, elle aussi, à sa position de départ, sans rien écouter. Le problème c’est qu’il ne s’agit en aucun cas de détermination, de volonté, ou d’extravagance. Non, ce n’est que la triste aventure d’une femme qui n’a rien choisi, et qui, encore une fois, subit son existence sans parvenir à s’en extraire. A aucun moment son travail dans un sex-shop ne peut s’assimiler à un choix délibéré et conscient qui tiendrait lieu de rébellion ou de libération face à un ordre moral établi. Elle agit par nécessité, sans conscience affirmée, portée par un mouvement qu’elle ne domine pas.
Plutôt inexpressive, Marianne Faithfull ne donne jamais l’illusion de pouvoir faire des étincelles avec un tel personnage. Et sa drôle d’articulation, trop accentuée, achève nos derniers espoirs. L’ex-muse de Mick Jagger n’est que partiellement responsable de ce naufrage car les dialogues, en général, y sonnent faux. En particulier, quand le fils découvre l’étonnante activité de sa mère : mal écrite, pas très bien jouée, cette scène de colère paraît aussi artificielle qu’idiote. Et si la blessure d’Irina, le « Penis Elbow », parvient à nous faire sourire, la pathétique manière d’insister sur ce bon mot anéantie nos dernières bonnes dispositions.
Amusons-nous à l’idée que, pour une fois, une petite vieille vide les bourses de jeunes hommes vigoureux, parfois même des racailles... Et prions, maintenant que « Tout est possible », pour qu’ « Irina Palm » échappe à M. Sarkozy. Il pourrait bien y voir une manière habile, et décomplexée, de réduire la délinquance sexuelle… en améliorant les petites retraites.
Irina Palm
De Sam Garbarski
Avec Marianne Faithfull, Miki Manojlovic, Kevin Bishop
Sortie en salles le 9 mai 2007

Illus. © Pyramide Distribution
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