Y a-t-il un mal à se lancer dans le format pop ? Apprécié pour son jazz rêveur et son ample section rythmique, The Cinematic Orchestra a décidé de pousser la chansonnette sur son quatrième album, Ma Fleur. Et si en venir à un format plus rassurant était la plus osée des postures ?
Une fois encore, le changement d’orientation d’un groupe va laisser sur le carreau un bon nombre de fanatiques qui jureront que c’était mieux avant. Alors, tant qu’à faire, Jason Swinscoe et sa bande ne font pas les choses à moitié. Leur nouvel album s’ouvre au piano, et une voix très pop anglaise envahit l’espace, escortée de quelques cordes joliment tournées. "To Build A Home" frappe très fort là où jamais, ô grand jamais, on n’avait aperçu The Cinematic Orchestra : les plus féroces (ou les plus justes ?) reconnaîtront Coldplay, les charmeurs brandiront Randy Newman. Et malgré les rares évocations au passé de la formation, malgré ce croisement acoustique de jazz et de trip hop que l’on entend sur "As The Stars Fall" ou "Child Song", la suite de Ma Fleur creuse résolument dans la veine honnie des puristes aux œillères, j’ai nommé la pop.
Fort logiquement, de nouvelles recrues appuient ce changement ; un guitariste et un clavier intègrent le groupe. Derrière le micro, la diva soul Fontella Bass est rejointe par le Montréalais Patrick Watson, vocaliste talentueux qui sait rendre attrayant la fadeur de son grain, et Lou Rhodes, la voix doucereuse de Lamb (tiens, encore un groupe qui a viré pop au troisième album). Les présentations sont faites, mais la peau de l’ours n’est pas encore vendue, loin de là.
Car Ma Fleur est un très bon disque, sans attache, sans pastiche, sans chichi. Un disque sobre créé à l’envers des codes, où les chansons se déploient comme des instrumentaux, où les instrumentaux prolongent les chansons. Ce n’est plus du jazz mais pas encore de la pop - le quota de refrains est loin d’être atteint ! Des fragments mélodiques traversent les pistes, les thèmes vont et viennent sans tomber dans le cliché de la bande originale de film, répétitive et sans saveur. A l’instar d’Every Day ou de Man With The Movie Camera, Ma Fleur développe son propre film en tirant parti de sa maîtrise du montage : étirements, pauses, accélérations, explosions.
Difficile à cerner, cette musique se joue des genres. Ici, les saxophones butinent chez Michael Nyman ("Ma Fleur"), là Rachel’s s'invite presque dans l’arrangement du "Prelude". Le morceau "Into You" semble, l'espace d'un instant, ranimer la douceur frêle des débuts d'Alpha. Sans coup férir, l'enjeu principal est atteint : tutoyer l'intime après avoir pavoiser dans les chatoyants oripaux de l'orchestral. Pari tenu ?
Les discrets échos qui accompagnent les arpèges de guitare s'effacent peu à peu. L'agréable mélopée de Ma Fleur reste encore un peu dans la bouche, dans l'esprit, puis se dissout patiemment. Comme une caresse sans lendemain, comme une promesse oubliée, le disque a passé, joliment, prodigant même de temps à autre une passion sage (le chef d'oeuvre, "Breathe"). Terrifiante, notre mémoire en a classé le souvenir.
The Cinematic Orchestra – Ma Fleur
Chez Ninja Tune, mai 2007

Sur le web
ROCK || HIP HOP || REGGAE || ...
Gil Evans / Stevie Wonder / Jean-Louis Costes / Grégory Lemarchal /
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Afficher par : naissance / nationalité / métier / genres / labels

|
|
|
|
|
|
Zoom sur
Duffy / F.M. / Busta Rhymes / Alain Bashung / The Breeders / Björk / Radiohead / Amy Winehouse / Sébastien Tellier / Portishead / The Rolling Stones / The Roots
L'abécédaire des titres
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Tous les titres, les paroles, albums et titres par années
- Qu'ecoutez-vous à l'instant ?
- bonsoir
- Dernier coup de Coeur ?
- Recherche Instru hip hop
- reggae roots dub rocksteady de 60' a 80'