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Les remakes produits par Michael Bay sont les meilleurs représentants de sa fascination d’une Amérique crasse et dégénérée, qu’il confronte sans cesse à la santé rutilante de ses images et acteurs télé. Ainsi de ce nouveau Hitcher où fille sexy et beau mec sont souillés pour son plus grand plaisir, moins pour le nôtre.
Pour être honnête, on n’a pas gardé un souvenir impérissable du Hitcher de Robert Harmon qu’on a même tout à fait oublié depuis. Malgré son succès en salles en 1987 et ses prix au festival de Cognac, c’était plutôt le genre de film qu’on mourrait d’envie de louer au vidéo club. À l’époque, la gueule de Rutger Hauer foutait les jetons et le pitch faisait frémir notre adolescence toujours plus à la recherche de films extrêmes. Entre-temps, on était passé à autre chose. Pourtant Hitcher est resté, et plus qu’avoir marqué son époque il est devenu un classique. Sorte d’objet vaguement déviant, Hitcher répondait au vide des années 80 par une pulsion de violence et de mort limite absurde, sinon inconsciente, pathologique. Une forme de retour du refoulé à mi-chemin entre Psycho et Easy Rider, en plus abstrait, plus théorique, puisant au cœur d’une mythologie américaine ses peurs, sa paranoïa et sa fascination morbide.
Le cœur de cette Amérique c’est justement celle qui fascine Michael Bay, producteur de ce remake tourné par un certain Dave Meyers, qu’on oubliera sûrement aussi vite qu’Harmon. Une Amérique qui capitalise sur sa peur de l’autre, de l’inconnu, des territoires isolés d’où peut surgir une violence incertaine aux motivations floues, primitives - comme dans Massacre à la tronçonneuse dont Bay a déjà produit deux nouvelles versions.
Cette complaisance pour une forme de crasse, manière de se faire peur sur le dos d’une Amérique profonde où se tapiraient des psychopathes symboliques, n’est rien d’autre qu’un relent de western mélangé au mouvement hippie. Les peaux-rouges étant remplacés par des blancs afin de rendre leurs intentions plus inhumaines, irrationnelles et actuelles, tandis que la figure de l’auto-stoppeur récupère celle des beatniks entre-temps salie par les crimes d’un Charles Manson.
En 1987 Hitcher avait donc un certain sens. L’auto-stoppeur était une sorte de croquemitaine venu bouleverser la certitude d’une jeunesse insouciante. Il était leur cauchemar, tout ce que le pays croyait avoir rejeté, une ordure. Quoi de neuf vingt ans plus tard ? Pas grand-chose. Au contraire, une constante. Par son casting télévisé et californien (comme toujours dans les prods Michael Bay), fait de sportives bimbos sexy ou de beaux gosses mal rasés aux cheveux filasses, Bay semble vouloir régler son compte à une jeunesse qui, bien qu’on ne l’apprécie pas particulièrement, n’en mérite pas autant. A sa manière, ses remakes tendent systématiquement à reproduire les schémas dont il s’inspire pour confronter cette génération de teenagers MTV aux même pulsions destructrices auxquelles étaient soumis leurs ancêtres. Finalement, Bay actualise. Il réveille les psychos du cinéma qu’il vénère pour salir un peu cette jeunesse de magazine si propre, si saine, si aseptisée. On pourrait dire aussi qu’il s’adapte tout simplement à l’audimat de l’époque, ce qui est tout de suite moins noble.
Au-delà de ça, le film de Dave Meyers est parfaitement insignifiant. Même lumière contrastée que dans toutes les productions Michael Bay, même atroce punk rock FM façon Green Day, même minijupe en jean pour Sophia Bush histoire de mater un peu, même absence de mise en scène à chaque plan même si le désert, c’est toujours beau et automatiquement métaphysique. Pour être moderne, on a rajouté un téléphone portable inutile, quelques effets gores pour montrer qu’on en a dans le ventre, et une destination de jeunes, le "spring-break". Sinon Sean Bean, plutôt ridicule, ne provoque jamais l’inquiétude ou l’incertitude de Rutger Hauer. Le film s’enlise donc vite, ne vole jamais rien de son ancêtre et se termine dans le grand guignol le plus comique. Oubliez la paranoïa, la perversion, la pulsion autodestructrice irrationnelle, l’angoisse des routes ne menant nulle part, Hitcher 2007 est loin de Jeepers Creepers dont la première partie rappelant le Harmon tout en lorgnant vers Duel était bien moins rassurante. Au fond ce Hitcher est comme Michael Bay, bourrin, souvent racoleur, finalement en symbiose parfaite avec son époque.
Hitcher
De Dave Meyers
Avec Sean Bean, Sophia Bush, Zachary Knighton
Sortie en salles le 9 mai 2007

Illus. © SND