Neville Tranter, marionnettiste australien installé aux Pays-Bas, est sur le pont depuis trente ans. Duda Paiva, brésilien, est installé aux Pays-Bas depuis une dizaine d'années. Le premier officie aujourd'hui auprès du second comme oeil éclairé et apprécié. Neville Tranter et Duda Paiva présentent chacun leur dernière création à la BIAM 2007. L'occasion de faire disserter deux générations autour du mystère de la marionnette.


- lire la présentation de la BIAM 2007
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C'est à l'occasion de la BIAM 2003 que la France avait découvert Neville Tranter. Cet australien installé aux Pays-Bas présentait à l'époque "Frankenstein". Même s'il prétend aujourd'hui que la rencontre avec le public avait souffert d'un surtitrage inadapté, ce festival lui avait ouvert de nouveaux horizons dans l'hexagone. Fondateur du Stuffed Puppet Theater en 1978, Neville Tranter a développé un univers où le marionnettiste non seulement manipule à vue mais également, prend part à l'action en tant que personnage. Il revient pour cette quatrième édition avec un nouveau spectacle, "Vampyr", un conte qui oscille entre horreur et comédie.

Duda Paiva lui aussi manipule à vue, seul en scène avec ses marionnettes en mousse. Originaire du Brésil, il vit et travaille aux Pays-Bas depuis une dizaine d'années. Avec une formation de danseur, Duda Paiva considère la marionnette comme un partenaire avec lequel il poursuit les mouvements créés par son propre corps. Invité pour la première fois à participer à la BIAM, il frappe fort avec "Morningstar", lutte au corps à corps entre un électricien et une créature diabolique à taille humaine.

Nous les rencontrons à la Cité Internationale, quelques heures à peine avant que Duda Paiva ne monte sur scène.

Neville Tranter - La façon de faire de Duda et la mienne sont très différentes. Par exemple, mes créations sont de vraies pièces de théâtre, avec un texte et des personnages.

Duda Paiva - Tandis que les miennes sont plus visuelles. En effet, je suis arrivé à la marionnette par la danse. Mes marionnettes sont en mousse, flexibles, elles prolongent le mouvement. Pour créer, je pars toujours du mouvement, le mien et celui de la marionnette.

NT- En ce qui me concerne, tout démarre dans ma tête : je commence par visualiser les personnages. L'histoire vient seulement ensuite, à partir du nombre fixe de personnages que j'ai imaginés. En réalité, une image s'impose à moi, et la marionnette en fait partie dès le début, qui résumera toute la pièce et de laquelle tout va découler. Duda est un danseur, moi je suis un acteur et ma démarche avec les marionnettes est celle d'un acteur. D'ailleurs il n'y a pas qu'elles qui bougent sur scène : moi aussi je joue un personnage.

DP- Je considère la marionnette comme un partenaire de danse. Sauf bien sûr que c'est moi qui doit bouger pour deux. Mais la marionnette offre de nombreuses perspectives nouvelles ! Aujourd'hui, je suis toujours en train de trouver ma voie dans ce mélange entre la danse et la marionnette.

NT- Moi-même après trente ans, je suis bien sûr toujours en recherche et je suis encore souvent surpris par les possibilités qu'offrent les marionnettes. Le secret d'une bonne marionnette, c'est sa façon de bouger. Les arts de la marionnette s'ouvrent aujourd'hui à d'autres disciplines, la vidéo par exemple. En ce qui me concerne, c'est plutôt l'inverse qui se produit : je tends à revenir à plus de simplicité. Je pense que plus un effet est simple, plus il est fort. Et les marionnettes sont suffisamment puissantes par elles-mêmes. Duda, en tant que danseur, pense en termes de chorégraphie. Bien que je ne sois pas danseur, je considère également qu'un spectacle de marionnette se pense comme une chorégraphie. Chaque mouvement est étudié, pensé, précisé.

DP- Et chaque mouvement est lié à un rythme.

NT- La seule façon de trouver un personnage est de trouver son rythme.

DP- Dans ses spectacles, on ne voit pas Neville danser. Et pourtant, à l'intérieur, je vous assure qu'il danse. En tout cas, il pense comme un danseur.

NT- De toute façon, puisque sur le plateau je suis seul à manipuler plusieurs marionnettes, du début à la fin du spectacle, je suis forcément très impliqué physiquement. C'est même un sacré sport ! Et puis il y a le public. Un spectacle est un dialogue constant avec le public.

DP- C'était d'ailleurs très intéressant pour moi qui venait de la danse de découvrir le public. En danse moderne, on ne travaille jamais de façon frontale, tout est abstrait et subjectif, coupé du public par ce fameux quatrième mur. Et soudain avec la marionnette, ce fut une révélation : le public est là !

NT- Cela dépend du type de marionnette qu'on manipule. Celles que nous utilisons, Duda et moi, interagissent directement avec le public. Les marionnettes sont des acteurs incomparables parce que, pourvu qu'elles soient bien manipulées, le public ne doute jamais d'elles. Il accepte instantanément qu'elles soient vivantes, qu'elles bougent...

DP- ... et malgré tout, il sait qu'il ne s'agit que d'une marionnette. En ce sens, le rôle du public est essentiel. Le fait qu'il accepte une marionnette en tant que personnage est crucial.

NT- Le spectateur éprouve d'abord un sentiment de surprise en voyant la marionnette bouger et ensuite, il l'accepte comme personnage et, bien qu'il sache qu'il ne s'agit que de matière, il transcende ce savoir. Et ceci renforce énormément l'illusion. Par exemple : mes créations comportent beaucoup de texte, et c'est moi, sur scène avec les marionnettes, qui dit ce texte. Le public voit ma bouche bouger. Chez un vrai ventriloque, vous ne voyez aucun mouvement de visage quand il parle. Mais alors le public ne cesse de se demander "comment fait-il ?". Tandis qu'avec moi, ils n'ont pas à se poser cette question. C'est la même chose dans les spectacles de Duda. Nous ne cachons pas le fait que nous faisons les voix des autres personnages. Les spectateurs le comprennent dès la première minute et ils l'acceptent. Et je pense que l'illusion n'en est que plus forte.

DP - C'est un phénomène très étrange.

Photos : Duda Paiva photographié par Carla Kogelman ; marionnettes de Vampyr : photos DR.

Catherine Richon



Pour en savoir plus :
- les sites de Duda Paiva et Neville Tranter
le site de la BIAM
le site du Théâtre de la marionnette à Paris

Sur Flu :
interview d'Ilka Schönbein
- actualité du cirque, de la rue et du théâtre d'objet sur le blog Saisons

|   Entretien avec Neville Tranter et Duda Paiva >>>



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