Biennale internationale des arts de la marionnette 2007
Malgré les préjugés qui courent encore, il y a belle lurette que la marionnette s'est affranchie de l'étiquette "jeune public". Il n'y a qu'à voir la diversité des créations proposées à l'occasion de la biennale internationale des arts de la marionnette (BIAM) qui a lieu du 21 avril au 6 mai 2007. Le taux de fréquentation du festival, très élevé, parle aussi de lui-même : la marionnette attire les foules ! Entretien et passage en revue.
Lancée en 2001 sur le site de la Villette à Paris, la BIAM s'étend pour sa quatrième édition en plusieurs endroits, au nord, au sud et à l'est de Paris. C'est ainsi que le théâtre de la Cité Internationale dans le 14ème arrondissement, le théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis, divers petits lieux à Pantin, à Noisy-le-Sec et à Cergy-Pointoise, vibrent pendant deux semaines des propositions de compagnies parmi les plus reconnues en France et à l'étranger. Bien sûr, la BIAM offre l'occasion d'apprécier de nombreuses techniques de manipulation mais surtout, elle offre une vitrine à toutes les formes de théâtre un peu en marge et qui ont parfois du mal à se voir programmer dans les circuits traditionnels. Des formes éclectiques, souvent courtes, souvent aux confins de plusieurs disciplines (danse, vidéo, cirque, théâtre, installations plastiques, ...), dont finalement le seul point commun est de briser les limites physiques de la scène et de transcender le personnage par delà l'acteur humain. Attention, de ces formes libérées émergent souvent des imaginaires ahurissants !
Théâtres éclectiques
Il y a d'abord ces créations dont le spectateur ressort en disant "mais ce n'est pas de la marionnette, ça !". En effet, l'ambition du Théâtre de la Marionnette, organisateur de l'événement, est de voir la BIAM s'inscrire comme le carrefour incontournable de toutes les formes animées. C'est ainsi que des propositions telles que celle de Iris Meinhardt, intitulée Intimitäten, trouvent leur place dans ce festival : dans une forme proche de la performance, cette jeune allemande détaille son corps au moyen d'une micro caméra. La projection sur sa robe blanche des images obtenues, mêlées à des montages vidéo, produit un effet de trompe l'oeil fascinant.
Une autre création mêle acrobaties, projections d'image et musique improvisée en direct. C'est Mars 2056 de Brigitte Pougeoise. Des bouches projetées en grand sur des torses qui se contorsionnent donnent l'impression d'être en mouvement. Des yeux se voilent et se dévoilent au gré des mouvements des corps sur lesquels ils sont projetés. Un univers lointain prend forme, fluctue, part et revient. Tout n'est que formes, couleurs et mouvement. Tableaux animés.
Marionnettes à gaine et castelet
Mais soyons rassurés : la marionnette à gaine a aussi droit de cité à la BIAM (Poli dégaine, de la Dynamo des Banlieues Bleues), et on y croise même quelques castelets, notamment chez les Green Ginger qui proposent un Rust follement punk. De leur castelet, composé de plusieurs trappes, surgissent les personnages, les décors en modèles-réduits, et même les marionnettistes, qui n'hésitent pas à passer la porte pour venir en avant-scène poursuivre l'histoire, pousser la chansonnette ou régaler le public de leurs facéties. Le castelet a ceci d'atypique également qu'il ne sert aucunement à cacher les marionnettistes, bien visibles derrière les marionnettes qu'ils manipulent. Il est question de radio-pirate où l'amour de la musique punk finit par triompher face à l'intégrisme religieux. Les Green Ginger fêtent actuellement leurs 25 années de tournées internationales, et c'est un vrai régal que de goûter à leur théâtre de bric et de broc, bourré de poésie et de cet humour pince-sans-rire si typiquement anglais.
Et dans le genre véritables marionnettes, avec personnages et manipulateurs, la BIAM présente également les dernières créations de Neville Tranter, marionnettiste néerlandais sur le pont depuis une trentaine d'années, et de Duda Paiva, jeune génération montante dont il est proche (lire l'interview / dialogue entre Neville Tranter et Duda Paiva).
La BIAM découvre des talents, pourvoit un nombre important de petits moments magiques et fait voyager le spectateur à travers de nombreux lieux originaux. Sans aucun doute un événement à suivre de près.
Photos :
- haut de page : Carla Kogelman, Rust des Green Ginger
- Michael Krauss, Intimitäten d'Iris Meinhardt
- photo du Vampyr de Neville Tranter, DR
- Mars 2056, Brigitte Pougeoise
Sur Flu :
- interview d'Ilka Schönbein
- actualité du cirque, de la rue et du théâtre d'objet sur le blog Saisons
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