Cosmic Galerie jusqu'au 24 mai
Vanessa Beecroft, artiste américaine d'origine italienne de 34 ans, connaît depuis quelques années une renommée internationale. Elle présente actuellement VB 51 à la Cosmic Galerie, ensemble de documents tirés d'une performance réalisée l'été dernier en Allemagne.
Le 31 août 2002, Vanessa Beecroft réalisait VB 51, performance inscrite dans la continuité de son travail, dans le château du comte allemand Peter Metternich à Vinsebeck. Différente des lieux d'art traditionnels, l'atmosphère particulière de la demeure privée offre une perspective nouvelle à l'artiste, qui a pour habitude de s'inspirer de l'espace dans lequel elle est invitée. Composé de membres de la famille de l'artiste, de représentantes de l'aristocratie locale et de deux actrices allemandes, Irm Hermann et Hanna Schygulla, ce groupe de vingt-cinq femmes, habillées pour la plupart de toges blanches et aux regards absents, se fond en un ensemble homogène. Il en résulte la sensation qu'il s'agit de la même femme à différents moments de sa vie : différents âges, différents états psychologiques. La complexité du travail de Vanessa Beecroft s'ensuit de ce va-et-vient entre (auto)biographie et universalité. La mise en scène minimaliste se mêle au décor baroquisant de la demeure privée et forme successivement des tableaux vivants. Outre l'inspiration revendiquée par l'artiste de rendre l'atmosphère « raffinée et suspendue » de L'année passée à Marienbad d'Alain Resnais, les références au cinéma, au théâtre, à la mode et à l'art classique abondent. Vanessa Beecroft orchestre une performance qui compose et décompose le temps, où l'action se fait et se défait.
La Cosmic Galerie accueille jusqu'au 24 mai 2003 un ensemble de documents, un film et deux séries de photos, relatant l'événement. À première vue, le film hésite entre la galerie de sculpture, l'asile de fous en chemise de nuit et les chœurs de la Tragédie grecque mais il dévoile sous des allures minimalistes nombre de couches à découvrir les unes après les autres. La condition éphémère de l'œuvre intensifie la relation que le spectateur peut avoir avec elle. Cette rencontre favorise les sensations personnelles, intériorisées, forcées par le silence ambiant, véritable mimétisme de l'attitude des protagonistes renvoyant le cruel sentiment que ces femmes ne pourront être percées à jour.
Ces traces gardent le souvenir de l'action. Le film sur la performance, projeté au sein de la galerie, permet d'entrevoir l'artiste, volontairement laissé au montage, photographiant la performance (séries de photos et portraits exposés dans les salles suivantes). Vanessa Beecroft enregistre sa propre mise en scène. L'acte créateur se trouve ainsi dédoubler, plaçant l'artiste à la fois à l'extérieur et au cœur de l'action. Le public situé en arrière plan participe aussi à l'œuvre, habillé de manière formelle sur les directives de l'artiste.
Les vues d'ensemble et les portraits, en contre-plongée et de biais, se succèdent dans les différentes salles de la galerie et donnent à ces femmes des airs irréels, hors du temps : insaisissables et figées. Vanessa Beecroft les sculpte avec son objectif pour leur donner une magistrale beauté antique, celle du souvenir.
VB 51
Vanessa Beecroft
Cosmic Galerie
76, rue de Turenne 75 003 Paris
Jusqu'au 24 mai 2003
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