Dimanche 29 avril dans un Bercy bondé, Nicolas Sarkozy a fait le bilan d'une campagne qui a officiellement débuté le 14 janvier 2007, jour où il a lancé le fameux « j'ai changé ». Entre inventaire et prospection, le candidat a présenté sa vision de la France. Mais au fait : a t-il changé depuis qu'il a changé ?
Pour Nicolas Sarkozy la France est à un tournant historique, face à une décision cruciale pour son avenir. Il se propose d'être l'homme qui réhabilitera les valeurs fondatrices de la nation si les élécteurs veulent bien lui donner les clefs pour négocier ce virage pendant les cinq prochaines années.
Ensemble
C'est pour lui le mot le plus important de cette campagne. Il désire être le candidat du rassemblement. Dans cet esprit, il demandait le 14 janvier à ses proches de le laisser devenir l'homme de tous les Français.
Sa rivale le dénonce en le décrivant comme celui qui divise mais qu'en est-il ?
Il a su unir et associer toute sa famille politique à son dessein, et la mise en scène de l'entrée des représentants de la Chiraquie Dominique de Villepin et François Baroin, suivi de Jean-Louis Borloo l'électron libre centriste, et de Brice Hortefeux sarkozyste pure sucre montre qu'il a réussi à faire cohabiter et adhérer une brochette hétéroclite à son projet. Contrairement au PS où la division reste criante.
Mais hier, force est de constater que derrière le discours d'unité il a mis en lumière l'existence de deux France. Celle qui casse face à celle qui veut reconstruire, celle qui paye pour les fautes commises par les autres. Même Simone Veil se laisse aller à ces simplifications qui écornent au passage son image d' humaniste, en opposant à la tribune la France qui reste chez elle pendant que l'autre travaille. Malgré la volonté de rassemblement la description qu'il fait du pays est celle d'une France clivée et difficilement conciliable.
L'homme du peuple
Pour s'adresser au peuple qui est sa cible principale, il délègue le rôle de chauffeur de salle à ses amis qui ont le statut d'icônes populaires. Ils sont tous là : Johnny Hallyday, Jean-Marie Bigard, Gilbert Montagné,Jean Reno, Henri Salvador, Enrico Macias... Des people qui peuvent paraître too much ou has been pour une partie de la population, mais le fait est que ces artistes plaisent à un grand nombre de français, et d'ailleurs sur les 50 personnalités préférées des français répertoriées dans le classement du Journal Du Dimanche, une bonne dizaine soutient Nicolas Sarkozy.
Même Dominique Farrugia est présent en transfuge de la rive gauche, dans le rôle d'exorciste qui s'adresse à ses camarades légèrement bobos sur les bords en leur disant que « le diable c'est pas ici, ici c'est vachement bien ».
A travers l'énumération de fait divers auxquels il a été confronté lors de sa carrière, le candidat de l'UMP met en avant sa proximité avec les français et la France qui souffre. C'est à eux qu'il s'adresse et il veut être le porte parole des valeurs morales de cette majorité silencieuse.
Il reste fidèle à ses propositions, en reprenant des pans entier de son discours d'investiture du 14 janvier. Il persiste et signe pour le Kärcher, continue de dénoncer les « goldens parachutes », et se dit du côté des victimes.
Il se targue d'avoir réhabilité la politique, et d'avoir rendu ses lettres de noblesse à une activité qui est méprisée car ceux qui la pratique ne tiennent pas leurs promesses.
Selon lui si 85% des électeurs se sont déplacés pour le premier tour c'est parce qu'il a su leur parler et cibler leurs préoccupations. C'est pour cela qu'il revendique ce que ses adversaires appellent dérapages, sur l'identité nationale, et l'immigration : il est certain que le peuple est de son côté sur ces questions... Et il n'a que faire des critiques des élites héritières de l'esprit de mai 68 qui sont déconnectées selon lui de la réalité du peuple.
Sa rupture
Le concept de rupture tranquille paraissait flou. On ne savait pas très bien si c'était une remise en cause du modèle chiraquien, ou une nouvelle façon de concevoir la politique. En tout cas hier, Sarkozy a clarifié son ancien leitmotiv, en apellant de ses voeux à une rupture sans délai avec mai 68 et sa pensée unique mère de tous les maux.
Depuis le 14 janvier il estime qu'il a tout donné, beaucoup reçu aussi, des témoignages d'amours et de dévotion, mais aussi des attaques qu'il considère déloyale de la part de ses adversaires. Il se dit abîmé mais il est plus déterminé que jamais. Car pour lui l'heure est grave, et il administre une dose de gravité à son personnage de présidentiable. Et ça marche. Hier devant les vingt mille personnes présentes, il a ajusté son costume d'homme d'état. Durant ces quatre derniers mois on a plus assisté à une évolution qu'à un changement de la part du candidat Sarkozy, sa période de rodage est terminée et il se sent prêt à passer à la vitesse supérieure. Il n'y a plus que Ségolène Royal en travers de sa route. QUe ce soit dimanche ou dès mercredi lors du débat télévisé, elle est le dernier grain de sable qui peut gripper une machine si bien huilée.
Photos : François Lafite sur Flickr, + "débats-sarkozy" sur Flickr
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