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Débat télévisé Royal - Sarkozy

Le dernier combat


Débat télévisé Royal - Sarkozy


Débat télévisé sur TF1 et sur France 2, mercredi 2 mai 2007

Mouvementé, le débat télévisé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy fut le dernier grand rendez-vous du second tour de la présidentielle. Passage en revue des thèmes abordés et des principaux points de tension avec extraits videos.


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C'était couru : elle serait offensive et déterminée, il serait doux et conciliant. Chacun tentant à sa manière d'infléchir un peu l'image dont ils sont prisonniers. Mais à ce jeu là, Ségolène Royal partait avec le handicap du challenger : si rien ne bouge le favori l'emporte il convient donc de faire bouger les lignes de fracture électorales. C'est ce qu'a tenté parfois avec talent la candidate socialiste. Nicolas Sarkozy était surtout là pour montrer sa sérénité et rassurer sur sa psychologie.

Sécurité

Bille en tête, Ségolène Royal tente de mettre Nicolas Sarkozy face à son bilan. Sans surprise, celui-ci assume sa part de responsabilité. Alors qu'il y a tant à dire sur le débat sécuritaire, la candidate socialiste propose de faire raccompagner les femmes policières qui bossent la nuit à leur domicile. Question (que personne ne pose) : qui raccompagne les raccompagnateurs ?

Dette et emploi

Après avoir rappelé que la résorption de la dette publique était au coeur de sa politique économique – question prioritaire pour la candidate dès la présentation du pacte présidentiel en février dernier - elle a précisé son idée en s'appuyant sur une proposition de François Bayrou : au-delà de 2,5% de croissance tous les bénéfices engrangés par l'Etat serviront au remboursement. Même si le candidat UDF projetait de placer la barre à 2 % pariant sur une croissance plus modeste. L'électorat centriste a pu également (et plus étonnamment) être séduit par le discours sur l'emploi: sans renier l'apport des 35 heures (voir video) – que personne n'abrogera a t-elle assuré sans être démentie - , Ségolène Royal a fortement contesté l'augmentation du contingent d' heures supplémentaires selon elle destructrices d'emploi. En revanche la généralisation programmée de la RTT devient de plus en plus floue : « Il y aura (...) négociation entre parte­naires sociaux, branche par branche. Soit ils se mettent d'ac­cord, soit ils ne se mettent pas d'accord et il n'y aura pas de généralisation des 35 heures dans les entreprises concernées ». La philosophie sarkozyste du travailler plus pour gagner plus ne fut pas non plus la tasse de thé de l'UDF qui tout en relevant les effets nocifs des 35 heures a proposé des embauches nettes de charges – deux créations posssibles par entreprise, exonérées de tout sauf des cotisations retraites.

Education, fonction publique

Ce sont des questions sur lesquelles Nicolas Sarkozy n'est pas très à l'aise : dans la foulée de sa diatribe anti-68, le candidat UMP a promu le retour au respect de l'enseignant, aux valeurs d'effort et de mérite restant dans une approche philosophique assez large.
Et pour cause : en proposant de ne pas remplacer un départ de fonctionnaire sur deux, il se condamne à une gestion très restrictive des personnels de l'éducation nationale. Il est toujours séduisant de vouloir réduire la voilure des dépenses de l'Etat mais beaucoup moins d'en assumer les conséquences concrètes sur le territoire. Royal est plus précise : mise en place d'un service public de la petite enfance, école obligatoire dès l'âge de trois ans, rétablissement des emplois jeunes dans le système éducatif, soutien scolaire individualisé, renforcement des moyens dans les zones d'éducation prioritaire. Toutefois sur la question épineuse du financement - (voir la video) elle s'est fortement embourbée : elle aussi doit réduire les dépenses pour résorber la dette mais sa proposition de redéployer le nombre de fonctionnaires – des infirmières à la place des douaniers – achoppe sur la réalité des découpages budgétaires. Même si «On peut très bien imaginer que le législateur vote une diminution du nombre de certains fonctionnaires de l’Etat dans la loi annuelle de Finances et répercute l’économie réalisée dans la loi de financement de la Sécurité sociale», explique l'économiste et spécialiste de l'assurance maladie Jean-Marie André.

Retraites

De loin le sujet sur lequel Nicolas Sarkozy est apparu comme nettement plus cohérent : pour cela il s'est placé dans la droite ligne de la loi Fillon qui passe la durée de cotisation à 40 puis à 41 ans et en finit avec la plupart des régimes spéciaux. On vit plus longtemps, on cotise plus longtemps, sinon il faudra augmenter les cotisations ou baisser les pensions. "J'augmenterai de 25% les petites retraites et je le financerai par ce qu'on aura récupéré sur les régimes spéciaux". Ségolène Royal peu à l'aise sur le sujet – jusqu'à tomber dans le piège de la CSG proposée par François Hollande et qui ne l'engagerait pas – a proposé la création d'une taxe boursière après avoir longtemps échoué à répondre de manière claire son adversaire.

Logement

Quand on pense que cela fut pendant quelques semaines un thème majeur de campagne on ne peut que s'étonner de la rapidité avec laquelle le sujet a été expédié. Sans surprise, Sarkozy promeut la France des propriétaires et propose aux accédants de déduire les intérêts d'emprunt de leur logement. Combien ça coute ? Mystère...
Privilégiant les 3,5 millions de mal logés, Ségolène Royal veut développer le logement social et n'a pas manqué de relever la non application de la loi SRU ( 20 % de logement social par commune) dans des villes comme au hasard Neuilly. Elle souhaite aider les locataires du parc HLM qui louent leur habitation depuis au moins quinze ans à en devenir propriétaires et créera un service public de la caution.

Fiscalité

Passée rapidement en revue, la question a été totalement vampirisée par le bouclier fiscal auquel Ségolène Royal reproche les cadeaux faits aux riches : elle a cité le cas d'une veuve qui aurait ainsi récupéré 7 millions d'euros sur un patrimoine total de plus de 400 millions d'après elle. Nicolas Sarkozy n'a pu qu'entériner l'idée qu'il ne concevait pas qu'on paie plus de 50 % de ses revenus au titre de l'impôt. Et que donc ce serait pire qu'aujourd'hui (le bouclier est fixé à 60 %), "oui tout est possible avec vous même le pire", lui balance Royal.

Handicap à l'école:

Très offensive et calée – elle a mis en oeuvre le plan handiscole en 2001 qui acta la création de postes d'auxiliaires spécifiques pour l'intégration d'élèves handicapés – Royal a réellement détabilisé Sarkozy. L'histoire de la colère saine, de la capacité de révolte était une bonne idée. Le droit opposable pour les familles ayant un enfant handicapé, qui pourraient au bout de cinq ans déposer un recours en justice si leur enfant n'est toujours pas scolarisé, a également été démontée d'un revers. Seul hic : le sujet pour important qu'il soit n'est pas un thème essentiel et Royal est resté un peu trop longtemps sur la question, minorant au final l'effet punchy de son discours.

Institutions :

Ségolène Royal a en partie louper le coche de paraître réellement progressiste et volontariste sur cette question. Jouant la carte du bon sens populaire, Sarkozy a rappelé que personne ne l'arrêtait dans la rue pour lui parler du problèmes des institutions. Evidemment, les problèmes constitutionnels ne sont pas forcément grand public mais la rénovation institutionnelle après des années de cohabitation, de dissolution ratée, de 49.3 tous azimut et de figuration du Parlement méritait une défense plus active. Si elle a bien annoncé la sixième république, la candidate socialiste convainc peu de l'avancée qu'elle représente.

Environnement, Nucléaire

Tout le contraire du problème des retraites : Royal est carrée, volontaire – non on ne sort pas du nucléaire dans la semaine mais on promeut les énergies renouvelables – et calée : en parlant de centrales de troisième génération elle a pu montrer qu'elle connaissait le dossier y compris sur la question des ressources :suspendre l'EPR pour passer passer directement à une quatrième génération de réacteurs, plus économes en uranium dont les jours sont comptés.
Gros bug quand même : quand on veut renvoyer son adversaire à ses révisions, on évite d'affirmer que 17 % de la part d'électricité provient du nucléaire. En réalité c'est 78 % (17% c'est la part dans la totalité de l'énergie). « Lapsus », dit Royal ce matin sur France Inter. Hummm...Heureusement Sarkozy s'est planté en parlant de 50 % ( quand on ne sait pas c'est le chiffre le moins risqué) ce qui ne correspond à rien dans le secteur énergétique.

Turquie, Europe

Comme pour les institutions, Royal manque d'audace : elle a rappelé à bon droit que Sarkozy était extrêmement conservateur sur la question et que la France s'était engagée dans un processus de négociation qu'on ne pouvait arrêter n'importe comment. Puisque l'entrée d'Ankara dans l'UE n'est pas d'actualité faute du respect des critères d'entrée, la candidate aurait pu défendre une vision expansionniste de l'Union vers la Méditerranée comme l'avait Dominique Strauss-kahn lors des primaires, expliquant que sur le plan de la vitalité économique comme sur celui de la stabilité politique la perspective était positive.

Conclusion

Les buts recherchés sont atteints : non Ségolène n'est ni incompétente ni indécise, non Nicolas n'est pas un psychopathe incapable de maitriser ses nerfs. Mais en étant dans l'offensive permanente et en mettant son adversaire dans la peau du sortant, Ségolène Royal ressemblait plus à la future et virulente chef de l'opposition qu'à la présidente potentielle. Si elle devrait rassurer son électorat et notamment le centre gauche, il y a peu de chances qu'elle gagne les points nécessaires à son élection à l'aune de ce seul débat.

Illustration de Une : Ack-Online-Des @ Flickr.

Daniel de Almeida
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