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Happy Go Unlucky pourrait être un de ces petits trésors de la fin des sixties que réédite actuellement Rev Ola. Ces symphonies de poche évoquent, il est vrai, de magnifiques fantômes : Emmitt Rhodes, Nick Drake, les Beatles bien sûr. Mais John Cunningham est bien autre chose qu'un habile artisan qui récite ses classiques. Avec une aisance déconcertante, il cisèle des mélodies qui, de lumineux arpèges en célestes harmonies, nous entraînent dans un vertige pop d'une grâce insensée et atteint sans peine les sommets de notre discothèque. Qui pourrait en effet rester insensible à l'éclat mélodique de Losing myself too ? à la majesté mélancolique de It goes on ? ou à la féerie de You shine, pop song parfaite, sertie de lumineux arrangements ?
John Cunningham tisse des motifs d'une éblouissante limpidité, d'une admirable et évidente beauté. Pareils à des tableaux, chacun des titres de l'album possède sa couleur et sa poésie propre. D'Invisible Lives, merveilleux poème musical à la tonalité automnale que viennent baigner quelques gouttelettes de piano au prodigieux crescendo de Can't Get Used To This, la musique offre un magnifique écrin aux mots de John Cunningham. L'accrocheuse mélodie de Way To Go offre par exemple un contrepoint idéal aux propos désabusés d'un narrateur sur le départ : «Trouble seems to follow me around wherever I go waiting in the sodium light with its knife in my shadow (…) Looks like it's the end this time and though it's over now I know that this was always so». Mélodiste aux doigts de fée, John Cunningham connaît par cœur toutes ces petites choses très simples qui ont le don de générer des émotions compliquées. Sur le sombre Here it is, l'Anglais arpente les terres d'une pop psychédélique autrefois réservée à John Lennon avant que sa voix ne se fonde dans un océan cuivré de trompette et de cor. Plus loin, sur It Goes On, les délicates dentelles de cordes dans lesquelles se drape le chant voilé de John Cunningham ferment sur une note poignante cette collection de dix titres.
Une pierre, il faudrait être une pierre pour ne pas être ému par ces chansons douces-amères, résolument magnifiques d'où se dégage une mélancolie diffuse. Empreintes du vague à l'âme de leur auteur, elles sont parmi les plus touchantes entendues depuis longtemps. Ecoute après écoute, elles révèlent leur inépuisable beauté.
Inondé de lumière, tout en nuances, d'une beauté à donner des frissons, cet album ressemble à un rêve éveillé. Il aura donc fallu cinq ans et trente cinq minutes pour que nous soyons à nouveau là, les bras ballants, la gueule pendante, foudroyés, touchés en plein cœur par ses mots et sa musique à nuls autres pareils. De Cardinal à Badly Drawn Boy en passant par Elliott Smith, John Cunningham a certes une famille mais on sait aujourd'hui qu'on a écouté tous ces disques en attendant celui-là.
John Cunningham
Happy Go Unlucky
Rowrah Records - Top5 Records
Sortie Avril 2003
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