50e Exposition Internationale d'Art de la Biennale de Venise. Du 15 juin au 2 novembre 2003.
La 50e édition de la Biennale de Venise, rendez-vous incontournable de l'art contemporain, s'annonçait sous de tristes augures. Malgré une programmation artistique rassurante, le discours reste hésitant.
Cinquantième édition : présentation
Malgré ce bouleversement, la programmation de la Biennale ne révèle pas de surprises majeures, accueillant à la fois des artistes installés dans l'Histoire (Warhol, Rauschenberg, ...), de renommée internationale (Gilbert and George, Douglas Gordon, Hans Haacke, ...) ou « émergents » (Tatiana Trouvé). Le changement de direction, les Lions d'or pour la carrière attribués à Michelangelo Pistoletto et Carol Rama, la Zone - édifice temporaire destiné à accueillir de jeunes artistes italiens - participent à la volonté non dissimulée de mettre en avant l'art italien lors de cette 50e édition. De son côté, l'Association française d'action artistique (AFAA) se targue du nombre conséquent d'artistes français sélectionnés cette année. Léger chauvinisme ambiant caractéristique de ce type de rencontres.
Du concept d'audience en art
Le commissaire Francesco Bonami a conçu une « exposition des expositions », autour du thème Rêves et conflits - La dictature du spectateur, bilan d'un siècle de Biennales. Mal à l'aise avec un titre trop évocateur, pourtant choisi dans un contexte politique international déjà délicat, et accompagné d'un sous-titre responsable de poussées d'urticaires chez plus d'un, Francesco Bonami développe un discours ponctué de contradictions. Ainsi, les organisateurs émettent-ils à la fois le souhait d'élargir le public de la Biennale et celui de débarrasser le spectateur du concept d'audience. Ils espèrent donner à cette énorme manifestation internationale une « échelle humaine » et au visiteur un rapport privilégié à l'œuvre. Pas d'itinéraire, pas de parcours imposé, il aura le loisir de déambuler exposition après exposition sans avoir le souci de trouver un début et une fin. Ce choix naît d'une évidence : une vision globale de la création ne peut être le fruit d'un seul regard, celui du commissaire d'exposition, comme cela se pratique depuis une trentaine d'années.
Les questionnements menés afin de tenter de comprendre le monde « à travers la spécificité de l'art » se nomment Systèmes individuels, La structure de la survie, Station Utopie ou Lignes de faille. Francesco Bonami, outre l'organisation générale, propose trois expositions : Retards et Révolutions, Clandestins et Peinture/Paintings : De Rauschenberg à Murakami, 1964 - 2003. Les huit autres sont organisées par des commissaires invités, comme Catherine David (Représentations arabes contemporaines), Hou Hanru (Zone d'Urgence) ou encore Igor Zabel (Systèmes individuels). Parmi eux, il faut souligner la présence de deux artistes : Gabriel Orozco (Le Quotidien Altéré) et Rikrit Tiravanija (Station Utopie, en collaboration avec Molly Nesbit et Hans-Ulrich Obrist).
Jean-Marc Bustamante au Pavillon Français
Parmi les 64 participations nationales, la France présentera au sein de son Pavillon l'artiste Jean-Marc Bustamante. Habitué des grandes manifestations internationales, il a déjà participé à la Biennale de Sao Paulo en 1994 et aux Documenta VIII, IX et X de Kassel. Pour mettre en place son projet, il a choisi deux commissaires : Alfred Pacquement, directeur du Musée National d'art moderne, et Jean-Pierre Criqui, critique d'art, inspecteur à la Délégation aux arts plastiques et rédacteur en chef des Cahiers du Musée national d'art moderne. Sous le titre Le Pavillon des Amazones, Jean-Marc Bustamante crée une demeure composée de photographies, peintures et sculptures, dont la porte principale, vitrée, est inaccessible. Entrée et sortie latérales pour atteindre le cœur du bâtiment où il a placé quatre portraits d'amazones, « femmes anonymes, farouches, rebelles ». À la fois continuité et rupture, le projet de Jean-Marc Bustamante révèle des thèmes chers à l'artiste comme le tableau, l'espace et la lumière tout en glissant vers de nouvelles recherches sur le portrait.
Amoureux de Venise, la Biennale est l'occasion de découvrir des endroits comme l'Arsenal, les Jardins et quelques Palais ouverts spécialement pour la manifestation. Partir à la recherche des « Interludes », douze interventions urbaines d'artistes comme Jeppe Hein, Thomas Demand et Alexandre Perigot, devrait ressembler à un véritable jeu de piste. Avis aux amateurs...
50e Exposition Internationale d'Art de la Biennale de Venise
Rêves et conflits - La dictature du spectateur
Du 15 juin au 2 novembre 2003
Jardins de la Biennale, Arsenal, Musée Correr, Gare Santa Lucia
[illustration : Frank Bowling, Who's Afraid of Barnett Newman (détail), Photo Biennale de Venise]
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