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Les Oubliées de Juarez

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Les Oubliées... oubliées.

S’inspirant très librement de faits réels, Gregory Nava s’emmêle les caméras, veut sans doute trop en faire, et finit par trahir son sujet. Oublier les oubliées, il fallait quand même le faire.

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Depuis quinze ans bientôt, des femmes meurent à Ciudad Juarez, au Mexique. Plus de 400 ont été assassinées, 500 restent disparues. Parmi elles, nombreuses sont les employées des « maquiladoras », usines de groupes internationaux implantées là et exploitant une main d’œuvre pas chère corvéable à merci. Les cadavres, lorsqu’ils sont retrouvés, gisent dans le désert jouxtant les Etats-Unis, plus ou moins enterrés, portant les traces de viols et de mutilations. Qui tue ces femmes ? Pourquoi ? Ce fait divers de triste ampleur ne trouve pas de résolution. Quelques arrestations et toujours des mortes, pourtant. Accusées d’incompétence, sinon de complicité, les autorités ne parviennent pas à garantir la sécurité des femmes et jeunes filles de la région…

C’est à partir de ces faits réels que Les Oubliées de Juarez est né, inspirant librement le réalisateur et scénariste Gregory Nava. Pour s’y coller, il ajoute au véridique quelques éléments de son cru. L’enquête d’une journaliste américaine () qui veut révéler ces meurtres au monde indifférent. Sa collaboration avec un journaliste local avec lequel elle a déjà exercé par le passé (Antonio Banderas). Hop l’irruption d’une jeune rescapée, enterrée vivante et ressortie de là en piteux état, prête à désigner l’agresseur et à témoigner. Pour couronner le tout, la journaliste est, tiens donc, d’origine mexicaine. Adoptée par des américains, traumatisée par la perte de ses parents, son enquête se mêle d’un retour torturé aux racines. Et là, on dit stop.

Des cheveux dans la soupe
Le sujet se serait suffit à lui-même. Pourquoi y injecter de la psychologie de bas étage, et agripper dans tous les sens ces énormes ficelles dignes du plus mauvais cinéma ? Loin de cette réalité du reportage que le thème appelait à l’évidence, le film passe par la case attendue du personnage à failles, se grève d’élans pseudo romantiques sans intérêt, et ne s’affranchit pas d’une coucherie superflue. Tout ça, pardonnez l’image, à la manière d’une soupe qui souffrirait la présence de plusieurs cheveux. Point d’honnêteté donc envers un fait divers qui méritait mieux. On cherche l’authenticité ? On butte sur un improbable mélange des genres, où le documentaire rencontre le thriller à psychopathe, où le drame social engagé perd pied dans l’enquête policière, où la liberté de la presse est évoquée au lance-pierres.

Côté image, pourtant entièrement tourné en décors naturels, Les Oubliées de Juarez n’en regorge pas moins d’effets incongrus : flous, flashs, mouvements de caméra, dérapages chromatiques, montage brutal qui fait sursauter et angoisse. C’est tout le gâchis de ce film, qui parvient à diluer la substance de son histoire dans un traitement lapidaire à tous points de vue. Au-delà de la rubrique des chiens écrasés, les mortes de Juarez ont des choses à dire. Le film aurait pu leur offrir une tribune en développant son discours politique, social, économique, alter mondialiste… Mais non. Ces facettes émergent seulement. Juste assez pour qu’on regrette leur absence criante le reste du temps. Un peu comme si les Oubliées continuaient à l’être.

Les Oubliées de Juarez
De Gregory Nava
Avec , Antonio Banderas
Sortie en salles le 25 avril 2007

Illus. © SND

Julie Deh