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Très bien, merci

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Histoire d'un mâle ordinaire

Présenté comme une comédie légère, Très bien, merci est un vrai film politique, qui arrive sur nos écrans en plein entre-deux tours de la Présidentielle. Plus de dix ans après Circuit Carole, son premier film, Emmanuelle Cuau redonne ici toute sa force à l'engagement cinématographique contre une certaine vision de la société.

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Très bien, merci c'est l'histoire d'un mec. Comptable, il a toutes les caractéristiques de l'employé français moyen. S'il mène aux côtés de sa femme une vie aussi heureuse que simple, la routine ne semble pas trop lui peser, pas, en tous cas, au point de devenir adultère ou violent.
Comme tous les jours, Alex prend le métro pour se rendre à son travail. En sortant de la rame il allume une cigarette et se dirige vers la sortie. Le fumeur étant interdit dans l'enceinte du métro, il est bientôt interpelé par les employés de la RATP. L'apostrophe pourrait s'arrêter là, dans le dialogue, par une petite réprimande et on en parle plus, mais l'échange s'envenime. Il ne suffit pas qu'il éteigne sa cigarette et s'excuse, il faut qu'il présente ses papiers d'identité sous peine de voir la police débarquer.

Instantané de la société

Filmée, projetée sur grand écran, cette scène de la vie quotidienne, d'une banalité confondante pour tous les parisiens habitués du métropolitain, prend une ampleur singulière. Les questions qu'on ne se pose jamais vraiment à cause de l'habitude, nous arrivent ici en plein dans l'œil. Pourquoi cette escalade de la menace autour d'un simple mégot qui a eu le tort de ne pas être à sa place ? Comment s'applique la loi ? Où s'arrête le droit, où commence l'ordre ? Quelles règles du vivre ensemble régissent aujourd'hui la communauté ?
Si cette première mésaventure, un peu désagréable, est sans suite judiciaire pour notre héros, elle l'a pourtant amené à la marge du fonctionnement de la société. Elle lui a donné un aperçu de ce qui peut advenir quand on sort du rang de ce qui se fait, de ce qui est autorisé. Dès lors Alex prend conscience de sa liberté de citoyen, et par ce mouvement se distingue de ses congénères. Clinique, Emmanuelle Cuau énonce les données d'un problème de société. Elle pose le diagnostique, laissant le virus aller jusqu'à l'horreur de sa maturité. Partant du particulier, de ce profil moyen, elle interroge l'état de la société et prend comme une photo de l'histoire à un moment M. Un jour, un citoyen regarde simplement ce que fait la police sur la voie publique, ce qui l'entraîne dans une situation absurde et donc racontable et racontée. Car si les temps avaient été autres, être sur la voie publique et regarder la police faire son travail n'aurait même pas fait l'objet d'une séquence.

Appel à la résistance

Très bien, merci, toujours grinçant, semble parfois drôle comme une pièce d'Eugène Ionesco. Pourtant le rire se crispe quand la mise en scène rappelle que nous ne sommes ni dans le futur, ni dans une société imaginaire… et que 1984 ce pourrait être maintenant.
Loin de la rhétorique hollywoodienne du "on nous observe, on nous dit rien", il est plutôt question ici de l'incarnation du droit et de la loi, de la voix qu'ils ont pris. Loin d'une dénonciation manichéenne, Très bien… est davantage un appel pragmatique à la résistance face à l'arbitraire. Le scénario, soutenu par le jeu et l'investissement de Gilbert Melki et de Sandrine Kiberlain, plonge les protagonistes dans une mécanique qu'on pourrait qualifier de surréaliste si on ne savait que trop que la logique des arrestations arbitraires est une réalité aussi possible que vraisemblable.
Sortant au lendemain du premier tour des élections présidentielles, Très bien, merci prendra bien sûr une dimension particulière et son appréciation changera indéniablement selon le camp qu'on soutiendra. Loin du militantisme partisan, cette histoire simple, filmée avec sobriété, développe au-delà des genres politiques un argument civique. Un appel à la vigilance pour la conservation des libertés…

Très bien, merci
De Emmanuelle Cuau
Avec Gilbert Melki, Sandrine Kiberlain
Sortie en salles le 25 avril 2007

Illus. © Gémini Films

Anne-Laure Bell