Débats / Coriolan / Qui va dormir à l'Elysée ? / Erection présidentielle
La politique, un vrai théâtre, avec ses codes, ses figures héroïques, ses rebondissements. A la veille du premier tour de la présidentielle, quatre spectacles – au moins - s’emparent de l’événement sur scène. Entre fable politique, débats ressuscités, satire et grosse farce.
Au théâtre de la Madeleine, Jean-François Balmer et Jacques Weber rejouent les mythiques échanges entre François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing.
Les débats politiques de cette campagne se sont résumés à un grand oral face à des Français. Le dernier qui opposa deux présidentiables datent déjà de 1995.
Il fut un temps où les politiques n'avaient pas peur de s'empoigner en direct dans les studios de l'ORTF.
Compte à rebours 5, 4, 3, 2, 1, 0, antenne, un journaliste annonce un événement historique, le premier grand débat contradictoire d'entre deux tours diffusé sur l'ORTF.
Face à face avec pour seul décor, deux tables, deux chaises et deux verres d'eau, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand.
Le duel
Dans ce duel les mots font mal, les assauts ne sont pas systématiquement dirigés contre les personnalités, le combat est toujours politique, et il y a de la subtilité et de l'intelligence derrière chaque pique. La maîtrise de la langue devient une arme de déstabilisation massive. Ces deux monstres politiques se jaugent, et se testent. La confrontation de leurs deux intelligences a une léger goût de génie.
Le débat est dangereux, chacun s'expose, et pendant que VGE est placide, Mitterrand s'épuise s'agite et se perd dans ses chiffres, VGE l'observe et après l'avoir épuisé lui décoche le fameux « Vous n'avez pas le monopole du coeur », qui à l'effet d'un uppercut au foie. Mitterrand est sonné, KO assis.
La revanche
Sept ans plus tard, la revanche, les protagonistes sont les mêmes, l'enjeu aussi. Cette suite donne toute son unité à la pièce, et prolonge le match qui avait débuté en 1974. Les retours sur le débat précédent sont savoureux, et l'homme du passé qui s'était vu dépossédé du monopole du coeur, se délecte en fustigeant l'homme du passif qu'est devenu VGE.
Les comédiens enfilent parfaitement les costumes des personnages.
Ils forcent le trait sur les tics les plus fédérateur, entre autres, la façon dont VGE étouffe ses mots, la moue malicieuse de Mitterrand.
Ils jouent clairement sur l'humour de la situation, les échanges filent avec une fluidité si déconcertante que l'on a peine à croire que les textes sont issus de ces débats brut de décoffrage. Un scénariste pourrait en être l'auteur.
En sortant on se prend à rêver d'un tel débat entre les deux finalistes qui sortiront des urnes le 22 avril. Un échange dépouillé, spontané, laissant les conseillers en communication dans les coulisses, et mettant deux esprits face à face. Pour que cette rencontre nous en apprenne un peu plus sur ceux dont on connaît déjà tout, ou presque.
Peplum contemporain
Autre lieu, autre inspiration. Aux Déchargeurs, l’auteur et metteur en scène Jean-François Mariotti revisite le parcours de Coriolan, alias Marcius Coriolanus dans un « peplum contemporain ». Avant lui, Plutarque, Tite-Live puis Shakespeare s’étaient penchés sur le cas de ce personnage à mi-chemin entre histoire et légende. Un héros drapé dans l’honneur et la folie à la fois, monstre de guerre revenu victorieux à Rome, d’abord idolatré puis rejeté par son peuple.
Mariotti souhaite relire cette gabegie républicaine à la lumière du paysage contemporain. Voilà pourquoi il titre sa pièce « Coriolan 22.04 », référence directe au premier tour de l’élection présidentielle. Rome antique et Paris contemporain, même combat ?
C’est en substance ce qu’il exprime. Dans une république à feu et à sang, figurée par une vaste toile peinte aux tons rouge orangés, les vieux ennemis vaincus, les Volsques, qualifiés de racaille, vivent entassés dans des cités de béton que le tribun Brutus, « premier flic de Rome, pas décidé à laisser emmerder » veut karchériser (suivez mon regard….).
« On peut s’embrasser, poser pour les magazines et gagner les élections sans s’aimer », dit encore le machiavélique Brutus à Cécilia, pardon à Virgilie, son épouse… Le tout, pendant que le Coryphée (excellent Frédéric Jessua), voix du peuple, traque tous les faits et gestes et les retransmet, déformés. Voilà la trouvaille de cette pièce, allégorie des médias tout puissants qui façonnent les créatures politiques.
Entre farce et tragédie, le texte est plutôt bon, mais pour sa transposition à la scène, des comédiens inégaux, un trait trop grossi, un propos trop appuyé. Qui se conclut sur une adresse au public : « Maintenant, applaudissez, c’est l’heure d’aller voter ! ».
Humour, humour
De leur côté, Bernard Mabille, Pierre Douglas, Gilles Detroit et les autres, chansonniers des 2 Anes, continuent de creuser le sillon de la satire politique avec l’ambition de coller au plus près de l’actu. Après Villepy et Sarkozin puis Ségolène et les 7 nains (oups !), place à Qui va dormir à l’Elysée ? Un conte étrange dans lequel c’est désormais la jolie princesse qui empoisonne la vie de ses amis, gentils petits nains de la forêt politicienne (sic).
Enfin, Gérald Dahan, terreur de ces messieurs-dames politiques, qu’il a tous piégés les uns après les autres, délaisse un temps ses canulars téléphoniques pour les planches du Gymnase. Délicatement baptisé Erection présidentielle, son dernier one-man show passe en revue, via ses multiples voix, les scénarios éventuels du 6 mai 2007. Sa revue de presse quotidienne évolue en même temps que la campagne et les spectateurs sont invtiés à voter pour le meilleur présidentiable, à la fin de la soirée… Juste pour rire, bien sûr.
Coriolan 22.04
aux Déchargeurs jusqu’au 24 mars (www).
Débats 1974-1981
au Théâtre de la Madeleine jusqu’à fin mai (www).
Qui va dormir à l’Elysée
au Théâtre des deux Anes jusqu’en juin (www).
Erection présidentielle
au Théâtre du Gymnase (www).
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