On ne se refait pas, comme Mark Wahlberg, l’ex bad boy des New Kids on the Block, qui dans Shooter, film d’action aux allures très eighties, ne prône ni plus ni moins qu’un retour à la lutte armée pour éliminer les pourris de l’administration Bush. Irresponsable ? Oui mon colonel, mais c’est ça aussi l’Amérique, une histoire de gun.
Personne n’est dupe du retour en force des années 80, aussi bien au cinéma (300, The Marine, Rocky) qu’ailleurs. Shooter d’Antoine Fuqua (Un tueur pour cible, Training Day), semble lui aussi faire partie de la même tendance. Mais ce serait sous-estimé l’ancien bad boy Markie Mark (Wahlberg) que de s’abandonner à la complaisance de la grande époque de la boule à facette. Ce miroir multiple d’une génération auto-décomplexée, dépolitisée, derrière laquelle se cachait l’idéologie reaganienne. Non, Shooter commence peut-être à s’y méprendre comme Rambo, dont il reprend même quelques scènes clés, mais il est clairement à situer dans l’Amérique de George Bush et Dick Cheney. Dans cette Amérique post 09/11 qui se redécouvre, surtout depuis Hollywood, une nouvelle forme de militantisme après les mensonges énormes de son gouvernement.
Si Shooter est donc tout ce qu’il y a de plus contemporain, il commence pourtant sur un terrain balisé qui ne cesse de louvoyer avec une certaine idée du genre ultra-défini, surtout depuis ces maudites eighties qui nous collent à la peau. L’histoire ? Wahlberg, super soldat d’élite, sniper en mission en Ethiopie, se range après n’avoir pu sauver la vie d’un ami. Planqué dans les montagnes avec son chien comme compagnon, il reçoit rapidement la visite d’obscurs membres du gouvernement voulant le recruter comme expert pour déjouer une tentative d’assassinat sur le président. Très vite la vérité surgit, Wahlberg était la cible, le faux coupable d’un coup monté. En fuite et aidé par un membre du FBI, il va démonter le réseau de conspiration qui, bien entendu, n’avait qu’une idée en tête, protéger ses intérêts pétroliers.
Grande course poursuite
Shooter reprend ainsi tous les archétypes possibles. La théorie du complot post Kennedy très seventies ravivée par le 09/11 et culminant aujourd’hui dans 24. Un contexte de thriller géopolitique éveillant le souvenir des aventures de Jack Ryan (Patriot Games, Danger immédiat). Une grande course poursuite où l’on joue à cache-cache, façon Traqué, Le fugitif et plus récemment Prison Break (saison 2). Des mises en situations permanentes où les talents de tireur d’élite de Wahlberg trouvent manière à être représenté façon Jason Bourne (La mémoire dans la peau). Et bien sûr l’image du super soldat invincible, moral, en prise avec des valeurs bafouées, rappelant encore Rambo et ses clones. C’est donc tout un cinéma d’action, passant de Bruce Willis à Stallone et autres modernes qui trouve refuge dans Shooter. Sauf que si pour la forme le jeu des références ne propulse pas le film vers des strates inédites (Antoine Fuqua n’est pas un styliste), il en est autrement du fond.
Prendre les armes
Ce qui distingue notre ami Markie Mark (toujours bon) de ses ancêtres tient ici à un parti pris radical, étonnant, et limite inédit (sauf dans 24), qui nous oblige à révéler l’inévitable twist final. Sylvester Stallone incarnait avec Rambo une sorte de conscience maudite, refoulée de l’Amérique. Il était la guerre, ce Viêt-Nam que les Etats-unis n’osait plus regarder en face. Wahlberg dans Shooter incarne également cette mauvaise conscience venue d’Irak, sauf qu’ici il n’est plus ce corps symbolique, théorique, d’un pays dont la nouvelle idéologie chercherait à effacer son passé trop récent. Dans Shooter, Wahlberg choisit de ne plus être une victime, juste un corps, une pathologie, il décide de faire justice soi-même. Lorsque l’administration ne peut rien faire contre les pourris de l’Etat qui exploitent des pays sous-développés à coups de crimes de masse : qu’une solution, prendre les armes, éliminer les responsables. A une autre époque, on aurait dit « lutte armée », aujourd’hui on dirait terrorisme. Le message est clair, pas du tout responsable, mais après tout c’est aussi ça l’Amérique et ses contraires. Et puis Wahlberg n’a jamais cessé d’être un bad boy, il n’allait pas nous demander de voter démocrate.
Shooter
D'Antoine Fuqua
Avec Mark Wahlberg, Michael Pena
Sortie en salles le 18 avril 2007
© Paramount Pictures France
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