Dominique Voynet essaie de diminuer l'effet vote utile dont les Verts patissent lourdement. Considéré comme un satellite ecolo-libertaire du PS, le parti ne finira-t-il pas par choisir l'autonomie comme l'UDF de François Bayrou ?
Un petit millier de militants et sympathisants réunis dans la maison de la mutualité. Un globe qui pend du plafond, quelques plantes au fond de la scène, la couleur des affiches, la scène ressemble plus au congrès départemental des agriculteurs bios qu'au meeting parisien du parti le plus progressiste de France. 32 heures, fédéralisme européen, développement des énergies renouvelables ou promotion de nouvelles règles internationales motivées par les avancées sociales, les propositions des écologistes tranchent avec une gauche qui n'assume pas son passé gouvernemental - sur fond d'échec de Jospin en 2002 - et une droite au discours de plus en plus autoritaire, les deux flirtant avec une rhétorique nationaliste au sein d'une campagne très franco-française.
Seulement voilà, les Verts restent inaudibles et isolés. Problème majeur : le manque de crédibilité gestionnaire au sein de la société. Sur scène Dominique Voynet tentera donc (de ) convaincre qu'elle trouve écho chez les pêcheurs à la criée de Lorient ou les producteurs picards de pomme de terre. Ce que nous avons discuté en matière de préservation de la ressource halieutique est très proche de ce qu'ils vivent ( à propos des premiers) « si on m'avait dit qu'un jour on aurait un fou rire ensemble (à propos des 3seconds). Dans le texte d'origine distribué à la presse, les allusions sont nettement moins personnalisées.
Pourquoi a-t-on cette campagne de merde ?
C'est Alain Lipietz qui inaugure son intervention par cette phrase. Après une petite seconde d'effroi, le public comprend qu'il parle de la campagne électorale en général. Le député européen enchaine ensuite sur l'empreinte écologique que chaque pays devrait réduire à son territoire et la nécessité de permettre au sein d'organisations internationales le boycott des produits issus de pays ne respectant par exemple pas le protocole de Kyoto et brasse ensuite un large éventail de thématiques.
« On a une campagne trop large, les thèmes environnementaux ne sont pas assez mis en avant », estime Jean-Marc collaborateur de Partis de campagne. Un comble quand on sait que le réchauffement climatique a été un des thèmes principaux de la campagne, sur lequel Nicolas Hulot a fait un hold-up, même si à la tribune Voynet refuse toute rancune : « il a découvert l'écologie après d'autres ?La belle affaire ! Il va moins loin que nous ? Où est le problème, si ça permet à ceux qui hier encore niaient la réalité de la crise de sauver la face et de reconnaître que oui c'est un sujet, que oui il faut s'y coller ».
Toujours est-il que les Verts ont été incapables de capitaliser dessus. Capitaliser le mot est lâché : « On ne fait pas de marketing politique », clame à la tribune Cécile Duflot,. « Les sondages, et bien... on s'en fiche (...) Si Jaurès avait cru aux sondages, Ségolène Royal ne pourrait se prévaloir du socialisme aujourd'hui ».
La secrétaire nationale name-droppe ensuite son argument phare, Si René Dumont (premier candidat écologiste)en 1974 etc.. et va jusqu'à citer Martin Luther King. Mais la jeune femme peine à faire vibrer l'assistance.
Alors qu'on sort fumer une cigarette - le meeting où vont s'exprimer six ou sept intervenants est un vrai marathon abandonné rapidement par bon nombre de journalistes - on entend s'exprimer un cadre du parti. « Juan Carlos Lecompte ( le mari d'Ingrid Betancourt, fondatrice du parti ecolo Oxigeno et retenue par les FARC en Colombie) m'a demandé ce qu'il pouvait dire à la tribune pour soutenir Dominique. Je lui ai dit explique qu'Ingrid n'a pas regardé les sondages pour se lancer dans l'aventure au Sénat ». Dominique Voynet en parle également dans son discours, ce qui commence à faire beaucoup pour des gens que les sondages n'intéressent pas.
Un satellite libertaire
Outre la mainmise de Hulot sur la question environnementale, les Verts sont ceux qui patissent le plus de la culpabilté des gens de gauche qui n'ont pas voté Lionel Jospin au premier tour en 2002. A l'époque Noël Mamère dépasse les 5 % notamment grâce à une partie d'électeurs plutôt socialistes qui souhaitaient renforcer les petites composantes de la gauche plurielle. Et pourquoi pas les Verts, satellite libertaire et progressiste du parti socialiste. Cette fois le vote utile risque de faire descendre le score. D'autant qu'entretemps on ne peut pas dire que les Verts se soient autonomisés par rapport au PS. Bien qu'elle appelle les sympathisants de l'écologie à "voter pour eux" , et vitupère Ségolène Royal qui affirme être la seule candidate écologiste, Dominique Voynet parle encore beaucoup de l'apport essentiel des Verts dans un gouvernement de gauche piloté par le PS. Dehors (deuxième pause cigarette) on spécule d'ailleurs déjà sur les accords de second tour : " Des accords à 1 % à mon avis c'est vite vu/ Mais non, 1 % ça compte dans une élection aussi serrée."
Vers une stratégie à la Bayrou ?
Pour exister réellement au sein de l'espace politique, les Verts pourraient peut-être choisir une stratégie de rupture, même si en la matière la tentative communiste du moment n'est pas exactement convaincante. En grossissant le trait, Les Verts sont un peu l'équivalent à gauche de l'UDF d'avant Bayrou avec le même poids électoral mais nettement plus d'idées. Est-ce ainsi qu'il faut comprendre cette affirmation de Dominique Voynet ?
"Oui il nous faudra après la séquence électorale et quels que soient ses résultats, nous atteler à la construction d'un grand parti écologiste qui aille bien au-delà des te rangs des Verts, qui soit rénové et ouvert, divers et populaire. (...)Nous ne servons et nous ne servirons la soupe à personne. Il y a mille autre façons pour un militant écologiste de servir ses idées que de participer d'un gouvernement qui ne change pas les choses".

Illustrations : Reportage photos Julien Foucher (dr)
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