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A partir du 13 avril à 21h sur TPS Star
Auteur de la série mythique The West Wing, Aaron Sorkin revient après trois ans d'absence avec une nouvelle série située dans l'univers de la télévision : Studio 60 On The Sunset Strip. Les audiences en berne risquent cependant de la condamner à peine la première saison achevée - pendant que les fans hardcores s'acharnent à coup de pétition sur Internet.
Pipe à crack
Avec Studio 60, Aaron Sorkin attaque donc un milieu qu'il connaît par cœur. Il en profite d'ailleurs pour y glisser quelques notes autobiographiques, sur ses problèmes de drogue entre autres. Le pilote, épisode intense et prometteur, place avec subtilité les éléments du programme.
Sunset Blvd, Hollywood. L'agitation règne dans les locaux de "Studio 60". Simon Stiles chauffe le public avant l'émission. Dans un coin de la scène, deux hommes s'énervent : d'un côté, Jerry, avocat de la chaîne ; de l'autre, Wes Mendel (Judd Hirsch), producteur de l'émission depuis sa création, vingt ans auparavant. Wes veut maintenir un sketch "très drôle", que Jerry veut absolument retirer car tendancieux (on apprendra plus tard que le sketch en question s'appelle "Crazy Christians", ce qui, en soit, ne paraît pas tordant, mais Aaron Sorkin n'est pas un auteur comique non plus). Wes réclame à corps et à cris d'appeler Jack Rudolph (PDG de NBS) et Jordan McDeere (nouvelle directrice de l'antenne, nommée le jour même). Impossible de les joindre. Wes : "Et si je le passe quand même ?" ; Jerry : "Je ne répondrais pas : si vous aviez les couilles de le faire, vous ne demanderiez pas". Logique. Le sketch est coupé. Mais Wes ne va pas en rester là. Il oblige les comédiens à stopper le premier sketch et prend le contrôle de l'antenne. Il se lance alors dans une diatribe contre la télévision : "Avant, ce show était rentre-dedans, ciselé, chargeait la politique et la société. Mais il a été lobotomisé par une chaîne mièvre et consensuelle. Changez de chaîne ! Cette télécommande dans vos mains, c'est une pipe à crack". L'antenne est coupée. Quelques heures après, Wes est viré et Jordan McDeere va devoir faire face à sa première crise. Elle décide de réembaucher, pour reprendre le show, Matt Albie et Danny Trip, anciens de "Studio 60" et remerciés deux ans auparavant par les mêmes Wes Mendel et Jack Rudolph.
Succès public en berne
Diffusé depuis le mois de septembre, Studio 60 peine à rencontrer son public. Malgré un tapis de fans transis, les résultats d'audience n'ont guère enthousiasmé la chaîne NBC, acheteur de la série après un combat héroïque contre CBS. Il faut dire qu'Aaron Sorkin et Thomas Schlamme ont choisi un univers lourd, complexe et onéreux.
Lourd. Un show télé américain mobilise à lui seul une quarantaine de personnes. SNL, l'émission équivalente au "Studio 60" fictif emploie facilement une vingtaine de scénaristes pour les sketches, jusqu'à dix acteurs permanents chaque semaine sans oublier la partie technique et les multiples assistants. Et puis, le soir de l'enregistrement, il y a l'inévitable public. Comme le budget figuration de Studio 60 n'est pas extensible à l'infini, la production a décidé d'employer des mannequins ce qui n'est pas toujours une réussite (cf image).
Complexe. Avec pas moins de six personnages principaux et au moins huit personnages secondaires, les intrigues s'enchevêtrent et un personnage peut disparaître subitement d'un (ou plusieurs) épisode pour laisser le temps d'exister aux autres.
Onéreux. Outre le problème de casting et de son coût (qui s'est soldé au bout de huit épisodes par une opération de licenciement massive d'acteurs, justifiée dans la série par le départ de l'équipe d'auteurs du show passée d'une dizaine à trois), la réalisation de Thomas Schlamme connue sous le nom de "Walk & Talk" et qui consiste à filmer deux personnages en train de marcher le long de corridors jusqu'à arriver dans une salle de réunion mobilise une équipe complète et de nombreux décors. À nouveau, pour réduire les coûts, la production a décidé de concentrer la majorité de l'action dans les studios de Studio 60 : les personnages passent ainsi leur temps à monter le même escalier puis à parcourir le même couloir.
Suspecté d'arrogance
Les seize épisodes de Studio 60, s'ils sont prometteurs, n'ont convaincu ni le public, ni les annonceurs, ni NBC. La série peine à trouver son rythme. Les fautes semblent partagées. D'abord, il y a une certaine arrogance dans l'écriture d'Aaron Sorkin qui est mal perçue par ce qu'on appelera pour faire court l'américain moyen. Le monde de la télévision, branché, sous amphétamine ou coke, n'a pas forcément le vent en poupe dans des régions moins citadines que New York ou Los Angeles. Ensuite, l'univers de Studio 60 n'a rien de nouveau. L'angle "Derrière le rideau" des show télés a largement été exploité. On peut citer le film Network de Sydney Lumet (1976) - d'ailleurs, le pilote de Studio 60 ne cesse d'y faire allusion. Mais surtout, la série a un précédent mythique dans le registre comique : The Larry Sanders Show créée par (et avec) Garry Shandling.
Autre mauvais calcul : en parallèle de Studio 60, NBC a diffusé la première saison de 30 Rock, l'envers du décor d'un magazine télé féminin, avec Tina Fey (ex-SNL) et Alec Baldwin. L'ambition des deux émissions est très différente, mais l'univers est similaire. Enfin, et c'est peut-être le problème le plus fâcheux pour NBC, Studio 60 est difficilement exploitable en dehors du territoire des États-Unis. La série ne cesse d'aligner les allusions à des stars de la télé US et si Jay Leno et David Letterman sont sensiblement connus en dehors du territoire américain, le télévangéliste Pat Robertson l'est un peu moins. Il faut également réviser ses classiques de la comédie musicale britannique : le second épisode s'achève sur une reprise de "I am the very model of a modern Major-General" du "Pirates of Penzance" de Gilbert et Sullivan (1880). Difficile également de repérer qui est Bill Parcells (entraîneur de baseball des Dallas Cowboys) au premier coup d'œil ou de reconnaître "The 700 Club", un Talk-Show sur ABC. Ce qui ne nous arrêtera pas, mais exclut largement une bonne exposition sur une chaîne hertzienne.
Ainsi, Studio 60 demande un léger effort pour se plonger dans l'univers de la télé américaine et de garder une page en permanence bloquée sur Wikipedia. Si les seize premiers épisodes diffusées sont inégalement palpitants, la série semble avoir trouvé un angle d'attaque sérieux (et tenu) depuis quelques épisodes. Reste à savoir si NBC va commander une seconde saison tant la chaîne semble embarrassée par la première qui n'a toujours pas retrouvé la voie de l'antenne depuis février.
Studio 60 on the Sunset Strip, à partir du 13 avril à 21h sur TPS Star.

Casting :
Matthew Perry (Matt Albie) : l'inénarrable Chandler de Friends revient à la télévision avec Studio 60. Il incarne la tête pensante des auteurs du show. Matthew Perry est impeccable dans ce rôle qu'il interprète avec talent.
Bradley Whitford (Danny Tripp) : Apprécié par nombre de fans dans The West Wing, il suit Aaron Sorkin sur Studio 60 et interprète Danny, le nouveau producteur exécutif.
Amanda Peet (Jordan McDeere) : Long parcours pour cette actrice américaine qui a enchaîné les petits rôles et a joué dans vingt épisodes de Jack & Jill. Elle joue la directrice de NBS fraîchement nommé et qui doit faire face à la crise du départ de Wes. Le personnage est inspiré d'une ancienne directrice d'ABC. Pour obtenir le rôle, Amanda Peet aurait caché sa grossesse ce qui a nécessité des aménagements scénaristiques à la va-vite.
Steven Weber (Jack Rudolph) : Parcours entièrement télévisuel ou presque pour cette excellent acteur qui se dévoile tout en finesse et rugosité dans Studio 60. Il joue le PDG de NBS.
Sarah Paulson (Harriet Hayes) : Vue dans Jack & Jill et Deadwood, Sarah Paulson obtient ici son premier rôle d'importance dans une série américaine. Elle est Harriet Hayes, fervente chrétienne, membre permanente du cast de Studio 60 et muse de Matt Albie.
Sur le web
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