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Random House et Bloomsbury, Etats-Unis, mai 2006
Sorti en 2006 aux Etats-Unis, JPod de Douglas Coupland n'est pas prêt d'arriver en France. Le dernier Coupland consacre l'entrée dans la société de l'information (et du jeu vidéo) des rejetons de la X Génération. Une tentative d'incursion pop de la littérature dans la sphère du game design ? Pas seulement.
JPod se déroule à Vancouver et présente un groupe de trentenaires qui travaillent dans l'univers du jeu vidéo. Ces jeunes gens, dont le personnage principal Ethan, occupent des fonctions mi-créatives (ils conçoivent un univers de jeu vidéo, avec ses personnages, ses décors...), mi-rébarbatives (leur création est encadrée sévèrement par le marketing de leur boîte, les ravalant au rang de simples codeurs). Ils s'ébattent entre leurs heures de bureau (14 heures par jour en moyenne), passées à tromper l'ennui et accessoirement à produire, et des sous-intrigues de plus en plus abracadabrantes. Le livre se développe autour de cette sitcom bobo qui a fait la réputation de l'écrivain canadien, mêlant les rapports d'Ethan avec ses amis et l'ensemble d'une famille déjantée.
Dynamitant la structure « tranquille » utilisée jadis pour Generation X, Coupland y greffe d'une façon étonnante la folie psychodramatique qui traversait Toutes les Familles sont Psychotiques. Du coup, JPod, au lieu d'être une simple peinture de milieu, part complètement « en vrille » et emporte tout sur son invraisemblable passage. L'un des consultants tombe sous l'emprise de la mère du héros, elle-même sous l'emprise de quelqu'un d'autre, des mafieux interviennent, castagnent, emmènent tout le monde en Asie, pour un effroyable business qui enrichira toute la troupe, sauf Ethan, étrangement tenu à part.
Raconter ce qui se passe dans la seconde moitié du roman est carrément impossible. On retiendra que Coupland mène son intrigue tambour battant, au risque de faire passer la dimension analytique et l'évolution des personnages au second plan. Les rapports entre Ethan, sa simili-girlfriend et ses amis ne sont pas ce qu'il y a de plus intéressant et de plus crédible. Douglas Coupland essaie quelques inventions formelles qui sentent l'artifice et la naphtaline (pages de nombres premiers, inserts façon Génération X, blagues de potache). Par contre, saisi par l'avancée de son intrigue, il délaisse la forme traditionnelle du roman pour placer l'émotion dans des « séquences » ou des soliloques qui émeuvent, à la façon de pop songs littéraires, plus par leur langue et leur poésie, que par leur insertion dans la trame narrative.
En s'offrant un cameo en démiurge à la fin du roman - l'auteur sauve la mise au héros, en très mauvaise posture, et participe au business de la troupe -, le Canadien illustre à la fois les limites de sa narration (le démiurge apparaît généralement pour terminer une intrigue mal entamée, comme c'est le cas ici) mais aussi l'infinie liberté dont il dispose pour arranger ses effets.
On notera aussi, étrange coïncidence, que Bret Easton Ellis et lui auront choisi le même moment pour se poser en tant que personnage de leur propre littérature. Si Coupland est moins présent que Bret Easton Ellis sur Lunar Park, ce procédé partagé témoigne de leur questionnement sur leur position d'écrivain culte, faisant de cette interrogation l'un des caractères identifiables des œuvres post-modernes. Faut-il y lire un assèchement ou une nouvelle veine pour l'un et l'autre ? Il faudra attendre le prochain roman pour y voir plus clair. Si on s'en tient à la réponse JPod, Coupland n'est pas sorti d'affaire. Ellis, de son côté, est en train de s'attaquer à la reprise des univers des Lois de l'Attraction et de Moins que Zéro, soit ce que Coupland a fait avec JPod.... Itinéraires croisés pour écrivains prodiges ?
JPod
Douglas Coupland
Random House, Canada (première édition) et Bloomsbury,Etats-Unis, mai 2006
Pas de sortie prévue en France avant 2008

Sur le web :
- Le site officiel du livre (dans le code et en engl.)
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