Le Prix à payer de Alexandra Leclère

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Les jeux de l'amour et de l'argent

Le couple, la solitude et le fric. Trio de choc, réuni par Alexandra Leclère dans cette comédie efficace, bien écrite, plus subtile qu'il n'y paraît. Et pour ne rien gâcher, après Isabelle Hupert et Catherine Frot, la réalisatrice s'offre Christian Clavier, Gérard Lanvin et Nathalie Baye. A croire que le beau monde, ça la connaît.

Voiture avec chauffeur, splendide appartement parisien, épouse apprêtée, il ne manque qu'une chose à Jean-Pierre Ménard : des ébats un peu plus réguliers, un peu plus passionnés. Des ébats tout court, en fait, pour commencer. Marre de faire chambre à part et de payer, payer, payer sans recevoir grand-chose en échange. Puisque c'est comme ça, il va suivre le conseil de son chauffeur Richard et couper les vivres à sa femme. Peut-être que pour récupérer sa carte bleue, elle se montrera un peu plus câline ?

Pas de cul, pas de fric. Dit comme ça, c'est un peu sec mais ça fait la blague. Ce qui est bizarre, en revanche, c'est que le deal n'étonne pas vraiment dans le fond. Comme si la résonance entre argent et sexe parasitait les rapports homme femme depuis la nuit des temps. Vilain cliché, pourtant toléré. Parfois avéré ? Une chose est sûre, les questions d'argent ne sont pas étrangères à celles du couple, voyez la tradition de la dot, et cette image d'Épinal du mari travailleur et de la bonne épouse qui le satisfait à la maison... Pas de cul ? Pas de fric ! L'accroche fonctionne et même si le parti pris peut choquer, le thème ne manque finalement pas d'intérêt.

Un peu limite mais assumé Alors évidemment c'est un brin rétrograde et carrément réducteur de concevoir l'homme comme machine à sous et la femme comme payeuse en nature. Mais le film creuse assez finement la question du « Prix à payer » justement. Ose s'aventurer jusqu'à la prostitution, assumant son sujet sans se dégonfler. Quel est le prix de l'amour, d'une vie de couple réussie, de l'équilibre (pas celui des comptes) ? Des liasses et des cadeaux peuvent-ils compenser le don de soi ? Des chaussures de marque peuvent-elles acheter le désir ? On comprendra que le prix est bien entendu avant tout symbolique, émotionnel, humain. Et la comédie se pique d'autre chose, un grain triste par-ci, un élan nostalgique par-là, atteint sa démonstration, échappant de peu au cynisme.

Après ses « Sœurs fâchées », Alexandra Leclère explore une autre facette de la famille, en somme. Même support, la comédie, et des armes pour faire mouche : sens du dialogue, sobriété de la mise en image, humour sans lourdeur, casting réussi. Elle parvient à faire vivre son micro univers autour d'un nombre réduit de personnages, et trouve le ton juste dans cette espèce de minimalisme. A l'écran, même axe. Les cadres sont simples, la caméra fixe, les plans captent l'essentiel, et le montage net va droit au but sans effets superflus. Le pitch est énorme, il n'en fallait pas plus. Porté par une écriture bien pesée, le film puise ainsi sa force dans cette épure de la forme qui laisse la place à l'émergence du rire sans s'affranchir d'une part de réflexion.

Le prix à payer
Réalisé par Alexandra Leclère
Avec Christian Clavier, Nathalie Baye, Gérard Lanvin, Géraldine Pailhas
Sortie en salles le 4 avril 2007

Le Prix à payer
Julie Deh Le 02 April 2007

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