Le nouveau Président du conseil Constitutionnel, Jean-Louis Debré - accessoirement fils du rédacteur de la Constitution - risque d'être aux premières loges pour assister à la profanation du texte de son père. Pour les candidats la machine institutionnelle est grippée. Chacun dans sa frénésie réformatrice y va de sa proposition pour améliorer, amender, ou ajuster les institutions.

François Bayrou
Le candidat centriste est celui qui a le programme le plus étoffé sur cette question. Selon lui, le salut viendra d'une VIème République, où le Parlement sera fort. Il souhaite que le président ne puisse exercer qu'un mandat, qu'il soit responsable devant les parlementaires, et que les affaires étrangères ne soit plus son domaine réservé.
Il veut introduire une part de proportionnelle aux législatives, et lancer un nouvel élan de régionalisations en fusionnant les conseils généraux et régionaux et en attribuant de nouveaux pouvoirs aux régions. Pour redonner le pouvoir au peuple il veut soumettre à référendum tous les grands projets de l'Etat, et permettre aux citoyens de saisir des autorités de contrôle des politiques.

Nicolas Sarkozy
Sur ce volet il n'est pas dans l'air du temps, c'est peut-être son côté gaulliste qui le pousse à vouloir conserver la Vème République.
Il concède que certains points doivent être modifiés mais il préfère adapter les institutions existantes. S'il est élu il redonnera du pouvoir au Parlement qui aura un droit de regard sur son ordre du jour, et il dotera l'opposition d'un statut renforcé en soumettant les grandes décisions et nominations au consensus.
Le président ne devrait avoir accès qu'à deux mandats et être responsable devant le Parlement. Au niveau de la réforme du fonctionnement de l'Etat, la rationalisation est le maître-mot. Un fonctionnaire partant à la retraite sur deux ne sera pas remplacé, et les services publics devront assurer un service minimum notamment dans les transports. Pour exécuter ses politiques il souhaite s'entourer d'un gouvernement resserré de quinze ministres maximum.

Ségolène Royal
En annonçant sa volonté de fonder la VIème République elle a semé le trouble jusque dans son propre camp. Cette décision a ravi Arnaud Montebourg qui est un fervent militant du changement institutionnel.
Les propositions au coeur de la réforme concernent le fonctionnement du Parlement, elle veut injecter une dose de proportionnelle aux élections législatives et interdire le cumul des mandats. Pour donner plus de pouvoir aux députés elle souhaite abolir l'article 49-3 qui permet au gouvernement de faire passer un texte de loi par décret sans qu'il soit voté à l'assemblée.
Dans un souci d'équilibre au sein du Palais Bourbon, elle propose que la commission des finances soit confiée à l'opposition. Pour rétablir un lieu direct entre le peuple et la politique elle veut permettre à un texte qui a été approuvé par plus d'un millions de citoyens soit examiné par les parlementaires.

Jean-Marie Le Pen
Son schéma institutionnel débouche sur une république référendaire et plébiscitaire. Il veut que les grandes réformes soit d'abord validées par référendum, et mettre en place la proportionnelle intégrale à toutes les élections, seul moyen selon lui d'avoir une réelle démocratie.
Bien qu'il soit considéré comme un personnage autoritaire, son programme écarte la tentation de confiscation du pouvoir par un homme, pour lui le président ne doit pas effectuer plus d'un mandat de sept ans. Pour optimiser le fonctionnement de l'Etat il ne remplacera qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, et réorganisera les corps de fonctionnaires.
Enfin une mesure qui lui est chère, inscrire le principe de préférence nationale dans le préambule de la Constitution.

Olivier Besancenot
Il fait partie de ceux qui pensent que la Vème à vécu. Il veut changer de Constitution, pour mettre en place la proportionnelle intégrale, et la parité obligatoire à toutes les scrutins. Concernant le train de vie des élus, il veut les mettre au régime.
Sa méthode :instauration du mandat unique, interdiction du cumul, et en alignement des indemnités sur le salaire moyen des citoyens. Le président sera dépossédé de son pouvoir « monarchique », et le Sénat disparaîtra. Les activités bancaires seront nationalisées et les anciennes entreprises d'Etat (types EDF, et Air France) reviendront dans le giron publique, sans aucune indemnisation pour les actionnaires.

José Bové
Le candidat altermondialiste propose la mise en place d'un droit d'initiative populaire, la convocation d'une assemblée constituante et la ratification du nouveau texte par référendum.
Pour le reste cf Besancenot.

Marie-George Buffet
Elle partage les mêmes opinions qu'Olivier Besancenot sur les modes de scrutins, la parité, le statut des anciens monopoles d'Etat et du Sénat. Elle rejoint José Bové sur la convocation d'une constituante. Elle a quand même quelques propositions bien à elle, comme l'élection du Président de la République au suffrage indirect. Elle veut offrir la possibilité aux citoyens d'organiser des référendums d'initiatives populaire. Idéologie communiste oblige, elle mettra en place un haut conseil de la laïcité car pour Karl Marx « la religion, c'est l'opium du peuple ». Enfin elle souhaite exclure le président et le garde des sceaux du Conseil supérieur de la justice.

Arlette Laguiller
Elle souhaite inverser le mouvement de décentralisation en transférant les charges des collectivités locales à l'Etat. Elle aussi renationalisera tout ce qui pourra l'être.

Philippe de Villiers
Son programme est proche de celui de ses voisins de droite, en ce qui concerne les fonctionnaires il est aussi d'accord pour n'en remplacer qu'un sur deux, les obliger à assurer un service minimum,et les soumettre à des objectifs de résultats.
Il est pour les référendums d'initiatives populaire sur les grands sujets de société, et la mise en place de la proportionnelle pour un tiers des sièges aux législatives. Il veut inscrire le droit au travail dans la constitution et en finir avec l'immunité parlementaire.

Dominique Voynet
Ses propositions se mêlent avec celles sur l'immigration. Elle veut accorder les droits civiques à tous les étrangers vivant en France, et dessaisir le ministère de l'intérieur de ses prérogatives en matière d'immigration. Les verts attribueront la gestion de l'eau aux services publics.

Frédéric Nihous
il fait partie de ceux qui veulent renforcer le Parlement et organiser des référendums sur les grands sujets.

Gérard Schivardi
Son programme devrait ravir Olivier Besancenot, il est obsédé par la Poste, il souhaite la réouverture des bureaux de poste en milieu rural, que le timbre soit à un tarif unique, et que la procédure de privatisation soit stoppée. Lui aussi restituera à l'Etat la gestion de ses anciens monopoles et nationalisera le secteur bancaire.

Mounir Soussi