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Petite histoire de l'electronica (5/7)
Fatigués des rythmes par trop prévisibles d'une techno devenue ennuyeuse - mais surtout de la constante célèbration béate (et parfois idiote) de la danse et de l'hédonisme bon teint -, les artistes étiquetés IDM (bientôt rebaptisée electronica, un terme prêtant moins à la polémique), vont désormais privilégier le hasard, l'inattendu et l'art du bruit. De quoi accoucher d'œuvres souvent étranges, à écouter dans son salon.
Le duo Sean Booth et Rob Brown d'Autechre, par exemple, paraît partager une complicité quasi-symbiotique avec la machine. Fans tardifs de musique concrète, ils passeront d'une électronique tonitruante inspirée du hip hop à une musique electroacoustique quasi-concrète, qui doit beaucoup aux travaux du français Bernard Parmegiani. D'autres, comme Richard D. James d'Aphex Twin, appliquent une recette plus organique, où rires et chuchotements remplacent le hoquet des computers dans une fiction non narrative pleine de fantasmes et de folie. Une sorte de psychédélisme de l'âge électronique, bientôt remplacé par un art savant - et violent -, du breakbeat accéléré, aussi nommé drill'n'bass. Hors des murs du label Warp, en Allemagne plus exactement, Jan St Werner et Markus Popp poussent l'expérience encore plus loin avec leurs projets respectifs : Mouse on Mars et Oval / Microstoria.
Processus de saturation sonore, mais aussi saturation du logiciel d'édition musicale, support audionumérique et softwares endommagés élevés au statut d'instruments malgré eux (les CD sont scarifiés, les logiciels défectueux), Mouse on Mars, mais surtout Oval, explorent toutes les possibilités offertes par les nouveaux médias que sont les supports de stockage musical et informationnel numériques proposés par le marché. Le compositeur d'aujourd'hui, à la merci des fluctuations accidentelles des machines, doit savoir faire face et même user de ses carences de manière créative.
Pour les uns, cette démarche rapproche la musique électronique du milieu des 90's de celle des pionniers de la musique concrète de l'école française (Pierre Schaeffer) ou de celle électronique, en Allemagne (Karlheinz Stockhausen). Pour d'autres, comme le critique allemand Diedrich Diederischen, ce rapprochement est involontaire : «Au contraire de la musique concrète pour qui le son - ou son agencement - est un instrument, ou encore de la musique pop, qui n'utilise le numérique que pour optimiser la pratique musicale, la scène electronica s'approprie le traitement numérique du son lui-même, comme une partie intégrante et fondamentale de leurs compositions», argumente-t-il. Pourtant la différence entre les deux époques vient surtout d'un contexte technologique.

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